Action cœur de ville : « Beaucoup plus utile que des milliers d’heures de débats parlementaires » pour Emmanuel Macron
Le chef de l’Etat a profité d’un bilan d’étape du programme « Action cœur de ville » pour dessiner les politiques d’aménagement du territoire de demain. Ce faisant il a développé un modèle « pragmatique » de partenariats entre l’Etat, les collectivités et les acteurs économiques.

Action cœur de ville : « Beaucoup plus utile que des milliers d’heures de débats parlementaires » pour Emmanuel Macron

Le chef de l’Etat a profité d’un bilan d’étape du programme « Action cœur de ville » pour dessiner les politiques d’aménagement du territoire de demain. Ce faisant il a développé un modèle « pragmatique » de partenariats entre l’Etat, les collectivités et les acteurs économiques.
Louis Mollier-Sabet

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A l’occasion des quatrièmes rencontres nationales « Action cœur de ville » qui se tenaient aujourd’hui à Paris à la Cité de l’architecture et du patrimoine, Emmanuel Macron a prononcé un discours de clôture où il se félicite de la réussite du programme de revitalisation des villes moyennes. Mais le Président de la République a parfois semblé saluer une méthode au moins autant que des résultats. « Plus qu’une réussite » Action cœur de ville serait « un modèle de l’action publique de demain », d’après le chef de l’Etat. Ainsi Emmanuel Macron semble retenir, au-delà des chiffres du programme qui « parlent d’eux-mêmes », la méthode mise en œuvre. Or cette méthode c’est celle du pilotage par l’Etat de partenariats public-privé entre les collectivités et les acteurs économiques locaux.

« La seule décentralisation qui compte, c’est celle des projets »

Pour comprendre exactement pourquoi, dans le monde des collectivités et de l’aménagement du territoire, cela peut faire débat, il faut d’abord comprendre comment marche « Action cœur de ville ». C’est un programme de 5 milliards d’euros pour 5 ans lancé en mars 2018 pour « améliorer les conditions de vie des habitants des villes moyennes » et conforter leur « rôle moteur dans le développement du territoire ».

Plus concrètement, l’Etat, par différents intermédiaires comme la Caisses des dépôts et des consignations ou la Banque des territoires, finance des « projets » portés par des municipalités ou des intercommunalités en coopération avec des acteurs économiques locaux. 234 villes ont bénéficié d’un tel financement. Le point important est que ce programme est piloté et coordonné par l’Agence nationale de la cohésion des territoires (l’ANCT), qui est une agence de l’Etat. En dernière instance, c’est donc l’Etat qui décide qui reçoit quels financements, et pas les collectivités locales qui auraient un certain budget à allouer comme elles l’entendent. Cela peut paraître technique, mais c’est une différence de taille quand on parle de politiques territoriales.

D’autant plus qu’Emmanuel Macron critique par ailleurs les débats autour du rôle des collectivités territoriales et de la décentralisation nécessaire pour mener de tels projets d’aménagement : « La seule décentralisation qui compte c’est celle des projets, c’est celle de l’efficacité, celle que nos concitoyens voient. Je pense vous avez réalisé collectivement le plus bel exercice de décentralisation et de déconcentration dont notre pays avait besoin, beaucoup plus utilement que si nous avions passé des milliers d’heures de débats parlementaires pour savoir si le travail d’Action logement, de l’Agence nationale de l’habitat et de la Cour des Comptes devait aller à la région, au département ou à la ville. »

Action cœur de ville : « Ça va beaucoup plus vite et je crois que ça rend les gens plus heureux »

Un diagnostic qui sonne d’autant plus comme une réprimande quelques semaines après l’examen du projet de loi de décentralisation, de déconcentration et de différenciation (« 3DS ») au Parlement. Il y a un peu plus d’un mois, les parlementaires de la majorité et de l’opposition débattaient sur ces sujets, et le Président de la République explique aujourd’hui que la bonne méthode est simplement de « se poser la question de savoir comment on fait des projets utiles pour les villes […] sans modifications constitutionnelles et sans lois. » Et d’ajouter : « Ça va beaucoup plus vite et je crois que ça rend les gens plus heureux. »

En creux Emmanuel Macron explique par conséquent que les collectivités locales ne sont pas capables de revitaliser les villes moyennes et donc de mener à bien des aménagements du territoire, qui font pourtant partie de leurs compétences. Là-dessus le Président est clair, les collectivités locales n’ont pas mené à bien leur mission : « Nous avons très souvent confondu les compétences et les responsabilités. Tout le monde est volontaire pour prendre des compétences, rares sont ceux qui sont volontaires pour prendre des responsabilités et quand les choses vont mal on en appelle à la responsabilité de l’Etat. »

Le discours du chef de l’Etat laisse entendre que l’avenir de l’aménagement du territoire n’est pas une nouvelle loi de décentralisation, mais le « modèle pragmatique » ou « méthode partenariale » façon programme « Action cœur de ville » et donc piloté par une agence étatique. Dans un quinquennat marqué par des relations tumultueuse avec les élus locaux, ce genre de discours risque d’être accueilli avec une certaine retenue.

« Un projet éminemment politique »

Toujours est-il que d’après Emmanuel Macron, sur le fond, le but est « économique, démographique, écologique et social », en rapatriant des emplois industriels et donc des habitants dans les villes moyennes, en favorisant les circuits-courts et les trajets plus réduits et en « restaurant la beauté d’un cadre de vie ». Parce que dans la liste des objectifs qui, au premier regard, semble pourtant exhaustive, le chef de l’Etat en oublie un : l’objectif politique.

C’est pourtant lui qui en parle le mieux : « Ce sentiment de dépossession de son cadre de vie qui conduit aux pires projets politiques vient du fait que certains se disent que le beau n’est plus fait pour eux. » Avec « Action cœur de ville », Emmanuel Macron tient un projet « éminemment politique » pour ces « villes moyennes par leur taille, mais grandes par leur vocation »

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