Affaire des « écoutes »: Nicolas Sarkozy bientôt jugé pour « corruption »
Pour la première fois sous la Ve république, un ancien président sera jugé pour corruption: la justice a définitivement validé le renvoi de...

Affaire des « écoutes »: Nicolas Sarkozy bientôt jugé pour « corruption »

Pour la première fois sous la Ve république, un ancien président sera jugé pour corruption: la justice a définitivement validé le renvoi de...
Public Sénat

Par Nathalie ALONSO et Juliette MONTESSE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Pour la première fois sous la Ve république, un ancien président sera jugé pour corruption: la justice a définitivement validé le renvoi de Nicolas Sarkozy devant le tribunal correctionnel dans l'affaire dite des "écoutes".

La Cour de cassation a rejeté mardi les derniers recours formés par l'ancien chef de l'Etat, son avocat et ami Thierry Herzog et l'ex-haut magistrat Gilbert Azibert qui tentaient d'éviter un procès, a appris l'AFP de sources concordantes mercredi.

Le procès de Nicolas Sarkozy, 64 ans, sur qui pèse par ailleurs la menace d'un procès pour "financement illégal" de sa campagne de 2012 dans l'affaire Bygmalion, devrait se tenir dans les prochains mois.

L'ancien président Jacques Chirac, avait été déjà jugé dans une affaire politico-financière mais pour des faits différents: il avait été condamné en 2011 pour "détournements de fonds publics" dans l'affaire des emplois fictifs de la ville de Paris.

Nicolas Sarkozy, retiré de la vie politique depuis sa défaite à la primaire de la droite fin 2016, est soupçonné d'avoir tenté d'obtenir début 2014, par l'entremise de Thierry Herzog, des informations secrètes auprès de Gilbert Azibert dans une procédure concernant la saisie de ses agendas en marge de l'affaire Bettencourt (soldée pour lui par un non-lieu en 2013) et ce, en échange d'un coup de pouce pour un poste à Monaco.

Au terme de leur instruction, les juges avaient ordonné le 26 mars 2018 un procès pour "corruption" et "trafic d'influence" contre les trois hommes, conformément aux réquisitions du Parquet national financier (PNF). MM. Herzog et Azibert seront aussi jugés pour "violation du secret professionnel".

Dans un réquisitoire sévère en octobre 2017, le PNF avait comparé les méthodes de Nicolas Sarkozy à celles d'"un délinquant chevronné" et stigmatisé les nombreux recours intentés par ses avocats qui avaient "paralysé" l'instruction.

- Alias "Paul Bismuth" -

L'affaire trouvait son origine dans les interceptions de conversations téléphoniques de l'ex-chef de l'Etat avec son avocat, diligentées dans le cadre de l'enquête sur les accusations de financement libyen de sa campagne de 2007.

Les affaires judiciaires autour de Nicolas Sarkozy
Affaires dans lesquelles Nicolas Sarkozy a été cité ou impliqué
AFP

Les policiers avaient découvert que Nicolas Sarkozy utilisait un portable secret ouvert au moyen d'une carte pré-payée sous l'alias de "Paul Bismuth" pour communiquer avec un unique interlocuteur: son avocat.

D'après les écoutes, Nicolas Sarkozy semblait s'engager à intervenir en faveur de Gilbert Azibert pour un poste de prestige sur "le Rocher", qu'il n'a finalement jamais eu.

Nicolas Sarkozy avait renoncé à cette démarche au dernier moment, toujours d'après ces interceptions. Pour les enquêteurs, ce revirement peut s'expliquer par le fait que l'ex-président et Thierry Herzog venaient d'apprendre que leurs téléphones secrets étaient sur écoute.

Les enquêteurs se sont aussi interrogés sur d'éventuelles interventions de Gilbert Azibert, que ce dernier réfute, pour tenter d'influer sur la décision des magistrats de la Cour de cassation concernant les agendas de l'ex-chef de l'Etat, dont le contenu était susceptible d'intéresser des juges dans d'autres dossiers, notamment l'arbitrage Tapie.

"M. Azibert n'a rien obtenu, je n'ai pas fait de démarche et j'ai été débouté par la Cour de cassation" concernant les agendas, s'était défendu l'ancien président après sa mise en examen.

Les écoutes policières, socle de l'accusation, avaient été validées par la Cour de cassation en mars 2016. Mais elles devraient encore alimenter une âpre bataille à l'ouverture du procès.

Dans ses derniers recours, la défense de Nicolas Sarkozy soulevait notamment une jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) de juin 2016, selon laquelle une retranscription d'écoutes peut être utilisée contre un avocat mais pas son client.

"La Cour de cassation n’a pas écarté les moyens de droit qui avaient été soulevés par la défense mais a choisi de laisser au tribunal le soin de les trancher", a réagi dans un communiqué à l'AFP son avocate, Jacqueline Laffont.

"Il appartiendra au tribunal de dire si une juridiction française peut s'affranchir d'une décision" de la CEDH, a-t-elle ajouté.

Nicolas Sarkozy, qui a exclu récemment tout retour au sein des Républicains, plombés par leur déroute aux européennes, vit sa retraite politique sous pression judiciaire: à côté des dossiers Azibert et Bygmalion, il a été mis en examen en mars 2018, notamment pour corruption passive, dans l'affaire libyenne.

Partager cet article

Dans la même thématique

Affaire des « écoutes »: Nicolas Sarkozy bientôt jugé pour « corruption »
3min

Politique

Crise énergétique : Sébastien Lecornu annonce l’interdiction des chaudières à gaz dans les logements neufs

Quelques jours après le cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran, Sébastien Lecornu a annoncé, ce vendredi, une série de mesures destinées à tirer les leçons » de la crise énergétique. Afin de dépendre moins des énergies fossiles, l’installation de chauffages au gaz serait interdite « dès la fin de cette année » dans les constructions neuves. Le gouvernement va aussi doubler son soutien à l’électrification des usages de 5,5 milliards à 10 milliards d’euros par an d’ici 2030.

Le

Philippe TABAROT visite du technicentre SNCF
6min

Politique

Sénatoriales : candidat dans les Bouches-du-Rhône, Renaud Muselier entend faire une liste commune avec LR

Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, parti chez Renaissance en 2022, a annoncé par surprise sa candidature aux sénatoriales de septembre prochain, entendant jouer un rôle au plan national, pour la présidentielle. Il veut mener une liste d’union avec la droite. Du côté de la sénatrice LR sortante, Valérie Boyer, on confirme que les discussions sont engagées.

Le

Hungary US Vance
7min

Politique

Elections en Hongrie : « Orban est comblement bousculé dans cette campagne »

Dimanche, les élections législatives en Hongrie s’annoncent à haut risque pour Viktor Orban. Le Premier ministre nationaliste, proche du Kremlin, est distancé dans les sondages par son principal opposant, Péter Magyar. L’eurodéputé a choisi de mener une campagne de terrain sur des thèmes de politique intérieure, en mettant en exergue les dérives du régime en place depuis 16 ans.

Le

illustration: petite Mairie et son drapeau francais.
3min

Politique

Une tribune signée Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christine Taubira appelle les femmes à « prendre le pouvoir » dans les intercommunalités

Avec seulement 12 % de femmes à la tête d’une intercommunalité, ces dernières restent exclues de ces postes clefs, en dépit de la parité. Une tribune, signée par Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christiane Taubira, dénonce la situation et appelle à changer la donne.

Le