Après la débâcle de la présidentielle, le retour complexe d’Anne Hidalgo à Paris
Face à une opposition remontée à bloc, Anne Hidalgo a retrouvé mardi le Conseil de Paris. Dès les premières minutes, la socialiste a été taclée sur son score à la présidentielle par Rachida Dati, leader de l’opposition de droite. Par ailleurs, les dossiers chauds s’accumulent sur le bureau de la maire de Paris, dans un contexte politique particulièrement délicat.

Après la débâcle de la présidentielle, le retour complexe d’Anne Hidalgo à Paris

Face à une opposition remontée à bloc, Anne Hidalgo a retrouvé mardi le Conseil de Paris. Dès les premières minutes, la socialiste a été taclée sur son score à la présidentielle par Rachida Dati, leader de l’opposition de droite. Par ailleurs, les dossiers chauds s’accumulent sur le bureau de la maire de Paris, dans un contexte politique particulièrement délicat.
Romain David

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À peine commencé : un rappel au règlement et une suspension de séance. Le faux départ du Conseil de Paris, mardi 31 mai, le premier depuis l’élection présidentielle, trahit l’attention particulière – pour ne pas dire la tension – qui s’est formée autour du retour d’Anne Hidalgo sur la scène parisienne. « Votre présence ici est aussi anecdotique que votre score à la présidentielle, 1,7 % », lui a lancé Rachida Dati, la maire Les Républicains du VIIe arrondissement, réputée pour tirer régulièrement à boulets rouges lors de ces séances, où elle préside le principal groupe d’opposition « Changer Paris ». Anne Hidalgo, qui ne sera pas présente mercredi pour la traditionnelle séance des questions d’actualité en raison d’un déplacement à Madrid, dans le cadre de la préparation des Jeux olympiques 2024, lui a rétorqué avoir reçu de la droite une fin de non-recevoir lorsqu’elle a proposé aux élus de réajuster le calendrier du Conseil. Ce n’est qu’au prix d’une suspension d’une vingtaine de minutes que son premier adjoint, Emmanuel Grégoire, qui présidait la séance, a pu obtenir le calme nécessaire avant l’examen des comptes administratifs 2021. Prévue pour durer jusqu’à vendredi, cette séance du Conseil de Paris pourrait voir les accrochages de ce genre se multiplier.

22 936 voix à Paris

Depuis son maigre score au premier tour, Anne Hidalgo a opéré un retour discret sur le terrain. Dans l’Est parisien notamment, en soutien aux candidats investis pour les législatives. C’est la première fois, en revanche, qu’elle se replonge dans le débat politique municipal, sous l’œil des caméras et handicapée par un parcours à la présidentielle que ses opposants ne manquent pas de lui jeter à la figure. Car derrière ses 1,7 % à la présidentielle, il y a aussi son score parisien : 22 936 voix dans la capitale, soit dix fois moins qu’aux dernières municipales. Dans le dernier pointage de notre baromètre politique Odoxa, la maire de Paris arrive en deuxième position des personnalités suscitant le plus de rejet (50 %), derrière Éric Zemmour. Sa cote d’adhésion ne dépasse pas les 11 %.

« Oui, le résultat de la présidentielle est une déception. Mais Rachida Dati prend ses rêves pour des réalités lorsqu’elle déclare qu’Anne Hidalgo n’a plus de légitimité pour diriger Paris. Les votes locaux et nationaux sont décorrélés. La présidentielle n’a pas d’impact sur la vie municipale », veut croire le sénateur socialiste Rémi Féraud, qui est également à la tête du groupe « Paris en commun », celui de la majorité municipale, au Conseil de Paris.

Les finances de la ville et les grands projets d’urbanisme dans le viseur de l’opposition

Au-delà des attaques politiques, les sujets de discorde entre Anne Hidalgo et son opposition ne manquent pas. D’abord la question des finances, avec une gestion jugée hasardeuse par la droite. En janvier 2021, le ministère de l’Economie chiffrait à 7,7 milliards la dette de Paris, en tenant compte des mesures mises en place pour faire face à la crise sanitaire. « Comment pouvez-vous comptabiliser 40 000 euros de plantations d’arbres dans les dépenses Covid ? », interrogeait mardi Marie-Claire Carrère-Gée, conseillère LR du 14e arrondissement. Et puis il y a la longue liste des projets d’urbanisme sur lesquels s’affrontent deux visions différentes du développement de Paris. Anne Hidalgo mise sur une réduction de la circulation automobile dans les arrondissements centraux, la végétalisation de la capitale et la suppression d’ici 2030 d’une voix du périphérique, cet anneau de 35 kilomètres qui enserre la capitale. Il y a aussi cette nouvelle épine dans le pied de la majorité : l’ouverture d’une information judiciaire sur les conditions d’attribution du contrat de la future tour Triangle, porte de Versailles.

« Nous ne sommes pas contre la réduction de la circulation automobile, c’est une évolution nécessaire », précise à Public Sénat la sénatrice LR Catherine Dumas, qui est la vice-présidente du groupe « Changer Paris ». « Mais on voudrait que les choses soient davantage pensées, faites par étapes et pas lancées tous azimuts. » Le préfet de police de Paris, Didier Lallement, a régulièrement marqué son opposition contre certains de ces projets, notamment ceux qui risquent d’impacter la circulation dans la capitale. Ces dernières années, il est devenu, avec Rachida Dati, l’une des figures de l’opposition à la politique urbaine de la socialiste. « Didier Lallement n’est pas un élu, c’est un fonctionnaire placé par le gouvernement. Le gouvernement serait donc opposé à des mesures de réduction de la pollution ? Cela n’a rien d’étonnant quand on voit les ambiguïtés d’Emmanuel Macron sur l’écologie », tacle Rémi Féraud. « Didier Lallement n’est pas aux côtés de l’opposition. En revanche, quand des décisions folles sont prises sans études d’impact, il est dans son rôle », nuance Catherine Dumas.

Des législatives orientées vers l’extrême gauche ?

Mais certains dossiers soulèvent aussi la contrariété des soutiens écolos et communistes de l’édile. À commencer par le projet « OnE ». Ce plan de réaménagement des abords de la Tour Eiffel et de la colline de Chaillot, qui prévoyait initialement l’abattage d’arbres centenaires, n’a pas manqué d’inquiéter les élus EELV. C’est à présent la construction d’une bagagerie en sous-sol qui interroge. Les communistes, quant à eux, trouvent que le tarif prévu pour le stationnement payant des deux-roues motorisés est trop élevé. « Cette mesure était dans notre projet de mandature. Il s’agit d’une mesure juste pour faire payer les véhicules qui contribuent à polluer la ville », défend Rémi Féraud. « Depuis le début de la mandature, Anne Hidalgo doit gérer les alliances complexes qu’elle a été contrainte de nouer aux municipales, et dont elle ne voulait pas. Cette majorité n’est pas facile », commente Catherine Dumas.

Néanmoins, l’alliance conclue entre les principaux partis de gauche (NUPES) pour les élections législatives contribue à préserver l’unité de la majorité municipale. Même si Anne Hidalgo n’a pas caché son scepticisme face à cet attelage. « Je ne souhaite pas empêcher un accord électoral qui vise à combattre la régression écologique et sociale », a fait savoir la maire dans un communiqué publié début mai, après avoir longuement énuméré ses points de désaccord avec La France insoumise « sur l’OTAN, l’Europe de la défense, la laïcité et les valeurs universelles. »

« Dans cet accord, le PS a été réduit à sa portion congrue », déplore Rémi Féraud. Sur les 18 circonscriptions de la capitale, seules deux ont été officiellement réservées au PS : la 2e et la 11e. Deux circonscriptions difficiles pour la gauche. La candidature dissidente de Lamia el Araaje dans la 15e circonscription, face à la LFI Danielle Simonnet qui s’est souvent opposée à la politique d’Anne Hidalgo, augmente toutefois les chances des socialistes dans la capitale. La candidate a d’ailleurs reçu la visite de deux anciens poids lourds du PS, Lionel Jospin et Bernard Cazeneuve. Une manière pour l’arrière-garde socialiste de rappeler son désaccord avec l’alliance proposée par Jean-Luc Mélenchon. Le risque pour Anne Hidalgo est de voir son espace politique dans la capitale se réduire, à la faveur d’une gauche plus radicale (la NUPES a réservé 10 circonscriptions aux candidats LFI et 5 aux écologistes). « Il n’y aura pas de rétrécissement », balaye Rémi Féraud. « En 2017, nous avons perdu pratiquement tous les députés PS de Paris, ce qui n’a pas empêché la victoire aux municipales ».

La carte des Jeux olympiques

Parmi les atouts que conserve Anne Hidalgo pour reprendre de l’envergure : l’organisation des Jeux olympiques de Paris. Si en 2017 le président de la République et la maire de Paris ont fait front commun pour permettre à la capitale française d’être sélectionnée pour accueillir cet événement international, l’exécutif surveille de très près ce dossier ambitieux, et prestigieux. En effet, il n’aura pas échappé à la Mairie que la nouvelle ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, est aussi en charge « des Jeux olympiques et paralympiques ». « Le message est clair : le président de la République reprend les choses en main », commente Catherine Dumas. « Une gestion autoritaire et solitaire est toujours un risque. Pour que les JO soient réussis, il faut que l’organisation soit commune », avertit Rémi Féraud. Et depuis samedi soir, la majorité municipale dispose au moins d’un nouvel angle d’attaque contre l’exécutif : « La finale de la Ligue des Champions voulue par Emmanuel Macron, avec la préfecture de police aux manettes, a abouti à une catastrophe ».

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