Quelque 10.500 "foulards rouges", selon la préfecture de police de Paris, ont défilé dimanche, sous la pluie, de la place de la Nation à la Bastille pour "défendre la démocratie et les institutions" face aux violences qui ont émaillé la crise des "gilets jaunes".
Le chiffre est finalement conforme à l'espoir d'avoir 10.000 participants "minimum" affiché par les organisateurs de cette "Marche républicaine des libertés".
Alors que la tête du cortège scandait "Oui à la démocratie, non à la révolution !" sous une banderole "Stop aux violences", les manifestants, avec dans leurs rangs une proportion élevée de tempes grises et de sympathisants de La République en marche (LREM), arboraient quelques drapeaux français et une poignée de drapeaux européens.
Ils répondaient à un "appel à la majorité silencieuse qui reste terrée chez elle depuis dix semaines", selon les termes de l'initiateur de la marche, l'ingénieur toulousain Laurent Soulié. C'est depuis sa page Facebook que celui-ci a lancé mi-décembre l'idée de cette marche, avant d'être rejoint par le collectif des "foulards rouges", né fin novembre pour protester contre les blocages des "gilets jaunes".
Ce collectif a pu se joindre au défilé à condition qu'il ne se soit pas une manifestation de soutien au président Macron mais, plus largement, à la République.
- "Les extrêmes à longueur d'interview" -
Début de la manifestation des "foulardss rouges" le 27 janvier 2019 à Paris
AFP
Le cri de "Le fascisme ne passera pas" a été souvent entendu dans la manifestation.
"Je ne veux pas voir mon pays basculer dans la dictature", a témoigné Christine, 63 ans, une cadre bancaire retraitée venue de Villeparisis (Seine-et-Marne).
Selon elle, "tous les extrêmes sont en train de parler à longueur d'interview, et on voit la montée des extrémistes partout en Europe, avec des chefs d'Etat comme Trump qui ont envie de voir l'Europe se liquéfier".
"Je comprends qu'il y ait des problèmes de fin de mois, mais quand on veut évoluer on doit faire ce qu'on doit faire pour réussir", poursuivait-elle. "On ne peut pas attendre gentiment dans son fauteuil des aides qui vont tomber".
Nombre des "foulards rouges" prévoyant de participer à la manifestation disent avoir partagé certaines revendications des "gilets jaunes", mais rejeter la violence "contre les institutions".
Manifestation de "foulards rouges" à Paris, le 27 janvier 2019
AFP
Marie-Line, 62 ans, est venue de Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne). Cette cadre infirmière dans un hôpital public, qui n'était "pas contre l'idée originale (des "gilets jaunes") de râler un peu", est "venue pour dire stop aux violences verbales ou physiques."
"Ce n'est pas une manifestation contre les +gilets jaunes+, c'est une manifestation pour (leur) dire: vous avez des revendications, nous les entendons mais il y a un autre lieu que la rue pour discuter, on ne va pas bloquer le pays et l'économie parce qu'on considère que le président est illégitime", a déclaré à l'AFP le sénateur François Patriat (LREM), qui était sur place.
- LREM en retrait -
Si Laurent Soulié est un sympathisant assumé de La République en marche (LREM), le parti présidentiel et la majorité se tiennent pourtant à l'écart de cette initiative, malgré la présence d'une quinzaine de députés -dont Olivia Grégoire et Jean-Michel Fauvergue- et de six sénateurs à la manifestation.
"Cette marche et cette démarche ont toute ma sympathie, et pourtant je n'y participerai pas", car "on dirait tout de suite que c'est une récupération", a ainsi déclaré Richard Ferrand, le président de l'Assemblée nationale, au micro du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI.
A l'arrivée place de la Bastille, les participants ont essuyé les huées et invectives de quelques dizaines de "gilets jaunes" postés sur les marches de l'opéra, sous deux banderoles : "Macron Destitution", et "Tout brûle déjà".
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