Après les violences de samedi, l’exécutif veut répondre aux « gilets jaunes » sans reculer
"Pas de renoncement" mais "pas non plus l'aveuglement": Emmanuel Macron annoncera mardi des mesures "à court et à long terme"...

Après les violences de samedi, l’exécutif veut répondre aux « gilets jaunes » sans reculer

"Pas de renoncement" mais "pas non plus l'aveuglement": Emmanuel Macron annoncera mardi des mesures "à court et à long terme"...
Public Sénat

Par Ingrid BAZINET, Laurence BENHAMOU

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

"Pas de renoncement" mais "pas non plus l'aveuglement": Emmanuel Macron annoncera mardi des mesures "à court et à long terme" pour répondre aux "colères" exprimées par les "gilets jaunes".

En ouvrant le conseil des ministres lundi, le chef de l'Etat a regretté les "scènes de guerre" de samedi sur les Champs-Elysées, retransmises par les chaînes de télévisions à l'étranger, a indiqué le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux.

Mais Emmanuel Macron a pris acte des "colères et inquiétude" d'une partie de la France qui, selon lui, "n'a pas trouvé sa place dans l'Union européenne, qui n'a pas non plus trouvé sa place dans la mondialisation".

La réponse de l'exécutif sera "une réponse globale" qui "passera par une nouvelle méthode mais pas par un changement de cap", a-t-il dit. A priori, pas de grand geste financier ou de moratoire sur la hausse des taxes sur le carburant qui a mis le feu aux poudres.

Frappant du point sur la table, le Sénat, dominé par l'opposition de droite, a voté lundi le gel de la hausse de la taxe sur les carburants, une décision qui a peu de chance d'être validée au parlement, le parti présidentiel étant majoritaire à l'Assemblée nationale.

Sur l'île de La Réunion, le préfet a lui annoncé une baisse des prix des carburants et du gaz dès mardi, "à la demande de la ministre des outre-mer" Annick Girardin, qui sera dès mercredi sur l'île pour faire des annonces sur le coût de la vie et l'emploi.

A Paris, Emmanuel Macron présentera mardi ses arbitrages devant des élus, associations, syndicats et ONG sur la stratégie énergétique à long terme, par exemple le nombre de centrales nucléaires à fermer. Un discours que Jean-Luc Mélenchon a décidé de boycotter.

- "Extrême droite identitaire" -

Lundi matin, hasard du calendrier selon le gouvernement, la ministre des Transports, Elisabeth Borne, a présenté un projet de loi qui propose des aides à la mobilité durable, en faveur du vélo, de la voiture électrique ou encore du covoiturage.

Pour réduire la pollution, le gouvernement a annoncé l'élargissement du chèque énergie pour aider les ménages modestes ou encore la super prime à la conversion, ou l'exclusion des péages urbains du projet de loi pour ne pas "accentuer les fractures entre territoires".

Ces annonces n'ont pas entamé la mobilisation des "gilets jaunes", qui menaient lundi encore plusieurs blocages, après un week-end de mobilisations parfois émaillées de violences et dénoncées par l'exécutif qui pointe du doigt l'ultradroite, voire comme Gérald Darmanin "la peste brune".

Benjamin Griveaux a fustigé une minorité d'"extrême droite identitaire" qui, selon lui, a "usurpé l'identité des gilets jaunes", scandant des slogans comme: "On est chez nous".

Il a par ailleurs assuré que le gouvernement est "ouvert" à une rencontre avec des représentants du mouvement, qui a créé une "délégation" de huit "communicants officiels" pour engager une "prise de contact sérieuse et nécessaire" avec les autorités.

Ces "huit citoyens", "apolitiques", dont deux des initiateurs du mouvement, demandent aussi bien la suppression du Sénat que la baisse des charges patronales ou une hausse du smic et des retraites.

A quelques semaines de Noël, patrons, commerçants et artisans pressent le gouvernement de prendre des mesures rapides pour les soutenir. Selon de premières évaluations du ministère de l'Economie, "les baisses de chiffre d'affaires peuvent atteindre 60% à 70% pour certains artisans bouchers, coiffeurs ou boulangers".

Emmanuel Macron doit installer mardi un "Haut Conseil pour le climat", composé de 13 experts et scientifiques, décrié avant même d'être lancé.

Sur le terrain, certains "gilets jaunes" envisagent déjà un acte III le 1er décembre. "Si le gouvernement ne répond pas concrètement, on va avoir un mouvement encore plus fort", a mis en garde Jose Espinoza, coordinateur des "gilets jaunes" à Montreuil.

Pour le politologue Frédéric Dabi, "ce mouvement des +gilets jaunes+ (...) enracine ce quinquennat dans une bataille pour le pouvoir d'achat". "C'est un mouvement qu'on va retrouver (...) dans les mois, dans les années qui viennent", prophétise le sociologue Alexis Spire.

"Cette révolte fiscale risque de tourner à la crise démocratique", a estimé le chef de file des sénateurs Les Républicains, Bruno Retailleau.

La présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, a exigé un "moratoire" sur les hausses de taxes et une augmentation des salaires. Pour La France insoumise, Alexis Corbière a de nouveau réclamé, lundi sur franceinfo, le rétablissement de l'impôt sur la fortune et de soumettre à référendum les propositions d'Emmanuel Macron.

Partager cet article

Dans la même thématique

Clashes During Paris Austerity Protests
6min

Politique

Après les pillages du 17 octobre, faut-il couper les réseaux sociaux ?

Gabriel Attal relance l’idée d’un blocage temporaire des plateformes dans les zones touchées par les violences, après le chao du week-end. Elles facilitent les rassemblements et démultiplient les images de casse, mais leur rôle dépasse la seule organisation des émeutes.

Le

Paris France Protests
9min

Politique

Violences du 17 octobre : pourquoi l’état d’urgence est écarté par le gouvernement ?

Après un week-end marqué par des scènes de chaos et de pillages dans plusieurs villes, l’exécutif exclut pour le moment le recours à l’état d’urgence, préférant la mise en place de « couvre-feux localisés ». De quels moyens dispose l’exécutif pour rétablir l’ordre ? Inventaire de la boîte à outils sécuritaire dont dispose le gouvernement pour rétablir l’ordre.

Le

NORD – RASSEMBLEMENT MAIRIE
3min

Politique

Après les violences du 17 octobre, les maires font front devant leurs mairies

Au lendemain d’une mobilisation contre la vie chère qui a dégénéré en pillages et en assauts contre des hôtels de ville, l’Association des maires de France (AMF) appelle à un rassemblement ce lundi 19 octobre, à partir de midi. Les maires de Paris, Lyon et Marseille seront reçus par Sébastien Lecornu, à leur demande.

Le

France: Emmanuel MACRON Addresses The French People After Violent Protests
6min

Politique

Violences du 17 octobre : Macron exprime sa « colère » et sa « honte » et promet « toute la transparence »

Au lendemain des pillages et des dégradations qui ont frappé plusieurs villes françaises, le chef de l’État a promis de tirer « toutes les leçons » de la journée du 17 octobre. Face aux appels de la droite à décréter l’état d’urgence, il a privilégié le renforcement des mesures de protection et tenté de dissocier les violences des revendications contre la vie chère.

Le