"Il y a un menteur dans cette affaire", constate le président, qui cherche à savoir qui est propriétaire d'un somptueux riad à Marrakech, au...
Au procès Balkany, le fidèle et le milliardaire
"Il y a un menteur dans cette affaire", constate le président, qui cherche à savoir qui est propriétaire d'un somptueux riad à Marrakech, au...
Par Sofia BOUDERBALA
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"Il y a un menteur dans cette affaire", constate le président, qui cherche à savoir qui est propriétaire d'un somptueux riad à Marrakech, au coeur du procès pour blanchiment des Balkany. La confrontation mercredi entre un fidèle des édiles de Levallois et un milliardaire saoudien fut violente.
Le procès, qui suit la piste de savants montages offshore, venait de quitter le rivage des Antilles pour s'engager dans la palmeraie de Marrakech. Avec pour enjeu de dissiper l'épais nuage entourant la transaction marocaine autour d'un riad saharien, qu'Isabelle et Patrick Balkany nient posséder avec la dernière énergie.
Ce sera d'abord le supplice d'un fidèle, dévoué jusqu'au bout: Jean-Pierre Aubry, un grand gaillard président du club de basket de Levallois et surtout ancien directeur général de la Semarelp, la société d'économie mixte en charge de l'aménagement de la ville.
A la barre, jamais il ne trahit la confiance de Patrick Balkany, auquel il doit presque tout aux dires de témoins. Sa ligne de défense est simple: il a participé au complexe montage de sociétés panaméennes (Hayridge et Himola) impliquées dans l'acquisition du riad en 2010, mais il n'est bénéficiaire que "sur le papier" de titres "au porteur".
"Je le dis et le redis, je ne suis pas le propriétaire de cette maison. Je n'ai pas pris un rond dans cette affaire", affirme-t-il.
Les débats sont entrés dans le vif. Les opérations autour du riad représentent les faits les plus graves reprochés aux Balkany: blanchiment et, pour le seul maire de Levallois, corruption passive. Des délits passibles de dix ans de prison.
Patrick Balkany (g) et l'un de ses avocats Me Antoine Vey arrivent au tribunal, le 23 mai 2019 à Paris
AFP/Archives
Jean-Pierre Aubry est considéré par les enquêteurs comme ayant eu, avec l'avocat Arnaud Claude, un "rôle central" dans l'acquisition du riad. Quant au promoteur saoudien Mohamed Al Jaber, il est poursuivi pour corruption active pour avoir réglé une partie du prix de la villa en échange de délais de paiement supplémentaires dans un juteux marché immobilier à Levallois.
Après avoir louvoyé, Jean-Pierre Aubry affirme que la villa "appartient à M. Al Jaber", mais que "tout cela n'a rien à voir avec (le projet immobilier des) Tours de Levallois".
- "Escroc" -
"Des mensonges à 100%", clame Mohamed Al Jaber, aussi petit et rond qu'Aubry est grand et carré. Quatre ans qu'il attend de pouvoir dire sa vérité, roulant les "r" et brandissant des documents.
"Je suis homme d'affaires depuis 40 ans, dans plus de dix pays, sur quatre continents. Je suis propriétaire de 8 villas, rien qu'à Paris, j'en ai trois, deux appartements et un château, tout en mon nom propre. J'ai 160 sociétés, toutes à mon nom", assène le promoteur, qui évalue sa fortune à entre 7 et 9 milliards de dollars.
Nul besoin de "se cacher" derrière d'audacieux montages offshore. Le milliardaire insiste pour "réclamer une fiscalité", paye l'ISF en France selon son conseil. "Vous m'étonnez", sourit le président.
D'Aubry qui le disait son "ami", prêtant volontiers son jet et offrant des montres de valeur, il dit sèchement qu'à chaque fois qu'il l'a vu dans l'entourage de Patrick Balkany -- "trois ou quatre fois maximum" quand il visait un marché à Levallois --, il pensait que "c'était le garde du corps".
"Pour moi, devenir propriétaire d'une maison, c'est comme un mariage avec une femme. Il faut aller lui rendre visite. Si la maison me plaît, plaît à ma femme, à mes enfants, alors je l'achète", dit-il, ajoutant qu'hélas, il n'a pas de maison au Maroc où il n'a pas mis les pieds depuis 1988.
Le président insiste: "Si je comprends bien, vous n'avez besoin ni de Patrick Balkany ni de Jean-Pierre Aubry pour acheter une maison?" Mohamed Al Jaber est ravi de confirmer.
Patrick Balkany n'y tient plus et se lève. "Monsieur le président, je voudrais aller à la barre". Sans attendre, il explique au micro que Mohamed Al Jaber est aux abois, "ne paye jamais ses dettes", qu'il doit encore "20 millions à la ville de Levallois".
"Vous n'êtes pas là pour donner des leçons", intervient Hervé Temime, l'avocat du promoteur saoudien.
- "C'est un escroc que vous défendez", hurle Patrick Balkany, cramoisi.
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