« Aucun texte » ne soumet le ministre au secret: la défense d’Urvoas plaide la relaxe
"Aucun texte ne dit que le ministre est soumis au secret professionnel": la défense de Jean-Jacques Urvoas, jugé devant la Cour...

« Aucun texte » ne soumet le ministre au secret: la défense d’Urvoas plaide la relaxe

"Aucun texte ne dit que le ministre est soumis au secret professionnel": la défense de Jean-Jacques Urvoas, jugé devant la Cour...
Public Sénat

Par Sofia BOUDERBALA

Temps de lecture :

4 min

Publié le

"Aucun texte ne dit que le ministre est soumis au secret professionnel": la défense de Jean-Jacques Urvoas, jugé devant la Cour de justice de la République pour avoir transmis à un député des éléments d'une enquête qui le visait, a plaidé vendredi la relaxe.

Jeudi, l'accusation a requis un an de prison avec sursis contre l'ex-garde des Sceaux, affirmant qu'il "était soumis à un secret professionnel du fait de ses fonctions", en tant que "dépositaire" d'informations qu'il ne recevait que du fait de sa position de supérieur hiérarchique du parquet, au "sommet de la chaîne" du secret.

L'ancien ministre socialiste sera fixé sur son sort lundi à 17H00.

Il est jugé pour avoir transmis les 4 et 5 mai 2017 au député LR (depuis LREM) Thierry Solère des éléments de l'enquête qui le visait pour fraude fiscale et trafic d'influence, via la messagerie cryptée Telegram.

"Une pratique sans précédent" a rappelé l'accusation, qui fait de M. Urvoas le huitième ministre à comparaître depuis 1999 devant la CJR, une juridiction controversée, seule habilitée à juger des actes commis par des membres du gouvernement dans l'exercice de leurs fonctions.

"Intuitivement", avance l'avocat de l'ancien ministre, on pourrait penser qu'une information couverte par le secret "reste secrète". "Mais, ajoute-t-il, l'intuition ce n'est pas le droit".

"Avez-vous un seul texte qui dit que le ministre est tenu au secret prévu par la loi dans le cadre des remontées d'informations individuelles (des parquets vers le garde des Sceaux)? La réponse est non", assène Me Emmanuel Marsigny.

Jean-Jacques Urvoas ne nie pas la matérialité des faits, mais conteste que les documents transmis soient couverts par un quelconque secret. "Si on me donne un document, c'est pour que je m'en serve!", a-t-il répété à l'audience.

- "Peur de l'électeur" -

Son avocat résume sa position: "Le secret n'existe pas" car les fiches transmises au ministre sont des documents administratifs expurgés d'éléments sensibles, et "le ministre n'est pas soumis au secret" car il ne concourt pas à l'enquête et qu'aucun texte ne conditionne sa liberté de parole.

Puis il s'adresse à cette cour si particulière, composée de douze parlementaires et trois magistrats - dont les voix se valent toutes.

"La défense de Jean-Jacques Urvoas a peur. Peur que vous ne puissiez pas vous départir de cette crainte que si vous le relaxiez, comme la défense vous le demande", vous soyez, en rentrant dans vos circonscriptions, "nécessairement pris à partie(...) sur les petits arrangements entre politiques".

Il appelle ces juges-parlementaires, qui ont longtemps côtoyé M. Urvoas, ancien président apprécié de la commission des lois à l'Assemblée nationale, à ne pas se laisser "prendre en otage" par les magistrats, à ne céder ni à "la peur de l'électeur" ni à "la peur du chaos" promise par l'accusation.

La veille, le procureur général François Molins avait mis en garde contre une relaxe qui "signerait la fin du ministère public à la française" car "s'il n'y a plus de secret partagé, il n'y plus de confiance", condition indispensable à toute "remontée d'informations".

L'avocat s'interroge aussi sur le secret de l'instruction, battu en brèche, et raille les "fuites" incessantes dans la presse qui ne seraient que des "indélicatesses" quand les magistrats reprochent à l'ancien garde des Sceaux une "trahison".

Soucieux de ne rien laisser dans l'ombre, Me Marsigny s'attaque enfin au "mobile" de Jean-Jacques Urvoas: pourquoi donner des informations à Thierry Solère, un adversaire politique, entre les deux tours d'une présidentielle qui allait bouleverser le paysage politique français?

Pour François Molins, M. Urvoas "a jugé plus important", à l'heure où il "se trouvait en difficulté pour sa réélection dans sa circonscription, de ménager un autre homme politique plutôt que, en tant que garde des Sceaux, protéger une enquête judiciaire en cours".

"Ce geste ne lui a rien rapporté", affirme l'avocat. Jean-Jacques Urvoas avait lui-même expliqué qu'au moment où il avait transmis ces documents, il y avait déjà des candidats investis contre lui dans le Finistère. Une explication qui n'a jamais semblé satisfaire pleinement la Cour.

Partager cet article

Dans la même thématique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027
7min

Politique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027

Les groupes engagés dans l’ancien socle commun attendent que le gouvernement sorte du bois, s’agissant des pistes pour les prochains textes budgétaires. Cette année, ils n’ont pas adressé de propositions précises au gouvernement mais des grandes orientations, laissant à Matignon le point de départ des discussions. Alors que l’équation budgétaire se complique avec le ralentissement de la croissance, les rapporteurs généraux craignent le pire dans les prochains mois.

Le

Illustration in India.
2min

Politique

Cabinet de conseils : le parquet national financier annonce une saisie de 65 millions d’euros dans l’enquête pour fraude fiscale autour de McKinsey

Le parquet national financier a annoncé vendredi la saisie, avec la justice belge, d’une somme de 65 millions d’euros dans le cadre de l’enquête pour blanchiment aggravé de fraude fiscale autour du cabinet de conseil McKinsey. L’enquête avait été ouverte en mars 2022 dans le prolongement de la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017.

Le

FRA – GARCHES – HOPITAL RAYMOND-POINCARRE – PMR
6min

Politique

Fauteuils roulants, prestations sociales, école inclusive, accessibilité : quel est le bilan d’Emmanuel Macron en matière de handicap ?

Après deux quinquennats, la situation pour les personnes handicapées est mitigée. Des progrès sont là, avec le remboursement des fauteuils roulants, une hausse des aides sociales ou une présence accrue des élèves en situation de handicap à l’école. Mais les difficultés d’emploi, le manque de places dans le secteur médico-social ou des problèmes d’accessibilité rendent encore la vie des personnes handicapées difficile.

Le

Drought severely weakens maize crops. A lack of rainfall and high temperatures cause water stress, which can slow plant growth and reduce yields. Faced with these weather conditions, farmers must adapt their practices and optimize water use to safeguard th
7min

Politique

Plan d'aide d'1 milliard pour les agriculteurs : « Le gouvernement doit sortir de la perpétuelle urgence », demande Guillaume Gontard

Après un été de canicules, d'incendies et de sécheresse exceptionnels, le gouvernement a annoncé vendredi plus d'1 milliard d'euros d'aides d'urgence pour soutenir une agriculture française durement éprouvée. Insuffisant pour les syndicats qui réclament au moins le double. Le président du groupe écologiste du Sénat, Guillaume Gontard, demande au gouvernement une réponse structurelle à une crise systémique qui passe par une réduction des émissions et l'adaptation au climat.

Le