Baisse des aides sociales : La communication de B. Le Maire a crispé le débat
18 mai 2018, le journal Le Monde diffuse une note confidentielle qui met le feu aux poudres : le gouvernement souhaiterait réduire les aides sociales. Tour à tour, les ministres réagissent… et se contredisent, donnant le coup d’envoi à plusieurs semaines de communication chaotique autour de la politique sociale mise en œuvre par l’Élysée.

Baisse des aides sociales : La communication de B. Le Maire a crispé le débat

18 mai 2018, le journal Le Monde diffuse une note confidentielle qui met le feu aux poudres : le gouvernement souhaiterait réduire les aides sociales. Tour à tour, les ministres réagissent… et se contredisent, donnant le coup d’envoi à plusieurs semaines de communication chaotique autour de la politique sociale mise en œuvre par l’Élysée.
Public Sénat

Par Prescillia Michel

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Trois ministres, trois argumentaires

Suite à la note de Bercy sur la réduction des aides sociales, chaque ministre réagit individuellement.
Bruno Le Maire ouvre le bal en ne fermant pas la porte à une possible réduction des aides. Une mauvaise stratégie pour Thierry Herrant, consultant en stratégie de communication : « Suite à la diffusion de cette note, Bruno Le Maire n’opte pas pour le bon démarrage car il rentre plutôt sur une problématique d’équations budgétaires. Cette approche, c’est le meilleur moyen de toute de suite crisper le débat ».

3_le_maire_cnews.jpg
Capture d'écran « Le Grand Rendez-Vous »

Gérald Darmanin tente alors de rectifier le tir, en déplaçant la question sur les critères d’attributions de ces aides.

7_darmanin_ass_nat_22_mai.jpg
AFP

Pour Thierry Herrant, « on rentre alors dans une problématique assez classique pour ce gouvernement quand il veut faire bouger les choses : d’abord on dramatise la situation, en disant qu’il y a trop d’aides puis on cherche à être en résonance avec ce que pense l’opinion et les gens pensent qu’il y a trop d’aides ».
Deux voix dissonantes au sein du gouvernement auxquelles s’ajoute celle de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn.

9_buzyn_elysee.jpg
AFP

Pour Mariette Darrigrand, sémiologue et fondatrice du cabinet Des Faits et des Signes, il y a une vraie gradation dans le discours de chacun. Pour elle, « Bruno Le Maire a un discours de droite sur ces questions alors qu'Agnès Buzyn rejoint la vision sociale d'Emmanuel Macron ». Une gradation symptomatique de la ligne gouvernementale sur ce sujet :

« Le problème qui explique ces argumentaires différents, c’est que le président n’a pas aujourd'hui stabilisé son discours et c’est pour cela que ses ministres rament ».

C’est donc le Premier ministre qui va tenter de remettre à plat les objectifs de son gouvernement.

Édouard Philippe, médiateur de la question sociale ?

Les désaccords et imprécisions des ministres conduisent le Premier ministre à réagir à plusieurs reprises.
1ère étape, le 30 mai, lors d’un séminaire gouvernemental. Pour Régis Lefèbvre, communicant et enseignant à l’Université Paris II :

« Édouard Philippe cherche alors à bien repositionner le débat sur les aides sociales ce qui est très compliqué »

Le communicant assure pourtant que c’est la bonne stratégie car « le Premier ministre cherche d’abord à mettre le sujet au niveau des enjeux : savoir quels sont les objectifs que le gouvernement et l’État s’assignent ». Édouard Philippe privilégie alors la pensée macronienne : accompagner les personnes en difficulté.

11_philippe_seminaire.jpg
AFP

Alors, pourquoi tant de cafouillages autour des questions de politique sociale ?
Comme l’explique Mariette Darrigrand, ces couacs sont peut-être le reflet d'un président "peu à l'aise" sur cette question. Une thèse corroborée par le report de l’annonce du plan pauvreté par Emmanuel Macron à septembre prochain…

Retrouvez l’intégralité de l’émission Déshabillons-Les, Quand le gouvernement fait couac sur le social, samedi 7 juillet à 15h sur Public Sénat.

 

 

Partager cet article

Dans la même thématique

CANIS LUPUS
10min

Politique

Gestion de l’eau, pesticides, prédation du loup… Ce que contient le projet de loi d’urgence agricole adopté par le Sénat

Le Sénat a adopté le projet de loi d'urgence agricole, après l’avoir profondément durci sous l’impulsion de sa majorité de droite et du centre. Le texte multiplie les concessions au monde agricole, de la réintroduction dérogatoire de certains pesticides au doublement des capacités de stockage en eau, ce que la gauche n’a pas manqué de dénoncer. Tour d’horizon des principales dispositions du texte.

Le

France, Pyrenees-Orientales, July 2, 2026: Wildfire between Canet-en-Roussillon and Sainte-Marie-la-Mer
7min

Politique

Incendies : « Il faut arrêter avec l’idée de l’État nounou. La responsabilité individuelle est essentielle », alerte la sénatrice Lauriane Josende

Le violent incendie qui a frappé jeudi Sainte-Marie-la-Mer et Canet-en-Roussillon (Pyrénées-Orientales) a entraîné l’évacuation de près de 3 000 personnes et détruit des centaines de bungalows dans plusieurs campings. Si le feu est désormais maîtrisé, les autorités redoutent une saison des incendies particulièrement intense, sur fond de canicule et de sécheresse persistante.

Le

BIDONVILLE A MAYOTTE
7min

Politique

Inégalités dans les outre-mer : école, santé, pouvoir d’achat… Les propositions de la commission d’enquête du Sénat pour combler les disparités avec la métropole

La commission d’enquête sénatoriale sur les « inégalités systémiques » frappant les territoires ultramarins a rendu ses conclusions ce jeudi. Lancée par les sénateurs communistes, elle formule une soixantaine de propositions balayant le spectre des difficultés outre-mer, de la gestion sanitaire à la souveraineté économique.

Le