Biélorussie : « Il faut dire à la Russie qu’il y a des lignes rouges à ne pas dépasser »
Christian Cambon, président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, estime qu'un soutien « sans réserve » à Loukachenko de la part de la Russie serait « un mauvais signe », mais prône le dialogue avec Moscou.

Biélorussie : « Il faut dire à la Russie qu’il y a des lignes rouges à ne pas dépasser »

Christian Cambon, président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, estime qu'un soutien « sans réserve » à Loukachenko de la part de la Russie serait « un mauvais signe », mais prône le dialogue avec Moscou.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

L'Union européenne (UE) se mobilise pour soutenir les manifestants et l'opposition biélorusses, dans une crise qui ne faiblit pas depuis la réélection contestée d'Alexandre Loukachenko le 9 août. Quelle est votre position sur ces évènements ?

Sur la Biélorussie et le régime de Loukachenko, nos analyses ont toujours été les mêmes : il s’agit d’un régime dictatorial qui a maquillé les résultats de l'élection. Une opposante est réfugiée, son mari a été arrêté, ce sont des manœuvres dictatoriales. Les protestations et la violence qui est utilisée contre le peuple, démontrent le coup de force opéré par Loukachenko pour se maintenir au pouvoir.

Dans une posture attendue, Loukachenko accuse les Occidentaux d'être à la manœuvre. Dans ce contexte, la position de l'Union européenne est-elle adaptée ?

L'Union européenne a parfaitement bien réagi, que ce soit dans le cadre du sommet extraordinaire du 19 août, ou encore à travers l’action de Charles Michel, le président du Conseil, qui s'est entretenu avec le président Vladimir Poutine.

Des sanctions ont été mises en place, l'opposition et les manifestants sont clairement soutenus par l'UE. Il ne faut se livrer à aucune provocation. Il faut être dans la retenue, tout en maintenant la pression vis-à-vis de ce régime dictatorial.

La Russie aurait grand tort d’ouvrir un deuxième foyer de difficultés avec les Occidentaux

Le 23 juin, le Sénat remettait un texte élaboré en commun avec le Conseil de la Fédération de Russie. Pour vous, le dialogue avec Vladimir Poutine doit être maintenu « coûte que coûte » car « aucun conflit international ne se réglera sans la Russie ». Connaissant sa proximité avec Minsk, Moscou peut-il être un interlocuteur fiable pour résoudre la crise biélorusse ?

Les liens entre Poutine et Loukachenko doivent justement permettre de faire cesser la répression et instaurer le dialogue. Notre rapport de juin s’inscrit dans cette ligne : la Russie doit se garder de mettre de l’huile sur le feu, et agir au contraire en tant que grande puissance mondiale pour essayer de trouver une solution à des crises telles que celle qui secoue la Biélorussie.

Tout comme le Président Emmanuel Macron et la Chancelière Angela Merkel le souhaitent, il faut que la Russie use de son influence. C’est ce que nous demandions : que des signes nous soient adressés afin de montrer que l’action de la Russie est une action qui va dans le sens de la paix et non pas dans le sens de la protection des dictateurs.

Plus que jamais, il est absolument nécessaire de maintenir ce dialogue avec la Russie, même si c’est un dialogue difficile. Aucun expert n’est en mesure de dire quelle est la position de la Russie. Mais je pense qu’après la crise ukrainienne, la Russie aurait grand tort d’ouvrir un deuxième foyer de difficultés avec les Occidentaux.

Que faut-il dire aux Russes ?

Je vais envoyer un message à mon homologue russe Konstantin Kosachev pour appuyer toute démarche de la Russie allant dans le sens du dialogue, tout en réaffirmant notre souhait de conserver le dialogue franco-russe, auquel tient beaucoup, également, le président du Sénat Gérard Larcher.

Plus que jamais, il faut parler avec la Russie et redire qu’il y a des lignes rouges à ne pas dépasser. En l'occurrence, un soutien sans réserve à Loukachenko serait un mauvais signe. On a besoin de la Russie pour résoudre les crises, non pour les alimenter.

Beaucoup de gens avaient intérêt à ce que Navalny se taise

L'empoisonnement de l'opposant russe Alexeï Navalny, transporté d'urgence de la Russie vers l'Allemagne, peut-il devenir un obstacle à ce dialogue entre l'UE et la Russie ?

Il est clair que si des preuves tangibles étaient rapportées, d’une part qu'il s'agit d'un empoisonnement, et d’autre part que l’État russe l'a organisé, ce serait une difficulté supplémentaire. Je condamne ce genre de méthodes. Il faut que les Allemands nous apportent des informations complémentaires.

Cela dit, je réserve mon jugement. J’essaye de m’en tenir aux faits, qui doivent encore être établis. Avec un immense courage, M. Navalny a dénoncé des oligarques, des scandales financiers, y compris dans le secteur de l’énergie. Beaucoup de gens avaient intérêt à ce qu'il se taise.

Je pense que ce n’est pas dans l’intérêt de M. Poutine de faire ça, bien qu'on sache que ce sont des méthodes qui ont déjà été utilisées.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: David Lisnard Cloture Congres des Maires 2025
11min

Politique

« Le congrès des maires de France ne peut pas devenir un temps de la présidentielle » : avec David Lisnard contesté, il se passe quelque chose… à l’AMF

Alors que se tient le congrès de l’Association des maires de France fin novembre, la candidature du président sortant, David Lisnard, est mise à mal. La gauche et le centre l’accusent d’un « mélange des genres », pour celui qui brigue aussi l’Elysée. Et les maires de gauche ne devraient pas se priver de voter pour le centriste Philippe Laurent, qui « pense que l’AMF est en danger ». S’il est réélu, l’entourage de David Lisnard assure qu’il se « mettra en retrait » de l’AMF et « il y aura une direction collégiale temporaire ».

Le

Orleans: Closing Ceremony of the Rassemblement National Rally’s Campaign Kickoff Event presidential
9min

Politique

Présidentielle 2027 : le débat sur l’inéligibilité de Marine Le Pen relancé

La semaine dernière, Didier Guérin, président de chambre honoraire à la Cour de cassation, a relancé le débat sur la légalité de la candidature de Marine Le Pen à la présidentielle. Dans les colonnes du Monde, ce haut magistrat a affirmé que la députée RN était actuellement inéligible tant que la Cour de cassation n’a pas rendu sa décision dans l’affaire des assistants parlementaires des députés européens de son parti. Les avocats de Marine Le Pen ont saisi le Conseil supérieur de la magistrature au sujet de Didier Guérin. Explications

Le

FRA – SENAT – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT 2
5min

Politique

« Le racisme ne naît pas de nulle part » : Les écologistes ont déposé une proposition de loi visant à interdire la théorie du grand remplacement

Au Sénat comme à l’Assemblée, les écologistes ont déposé une proposition de loi visant à « renforcer la lutte contre les discours incitant à la haine et aux actes racistes et xénophobes » via l’interdiction de la théorie du grand remplacement. Si, pour certains, cette proposition est « redondante » par rapport aux outils juridiques déjà existants, elle semble utile pour « faciliter les condamnations ».

Le

BLOCAGE LYCEE SAINT SERNIN
4min

Politique

Mouvement lycéen : où en est-on des blocus ?

Sur les 3700 lycées, 41 étaient bloqués ce lundi matin, jour de rentrée des vacances de la Toussaint, selon le ministère de l’Education nationale. Les organisations lycéennes et étudiantes appellent à reprendre les blocages malgré les annonces du gouvernement, la semaine dernière. Le Premier ministre se dit prêt à recevoir à nouveau les lycéens.

Le