Budget 2019: le gouvernement à l’offensive sur le pouvoir d’achat
Le gouvernement, critiqué pour sa politique jugée trop favorable aux plus aisés, a promis lundi de redonner du pouvoir d'achat aux ménages dans...

Budget 2019: le gouvernement à l’offensive sur le pouvoir d’achat

Le gouvernement, critiqué pour sa politique jugée trop favorable aux plus aisés, a promis lundi de redonner du pouvoir d'achat aux ménages dans...
Public Sénat

Par Antonio RODRIGUEZ, Boris CAMBRELENG, Valentin BONTEMPS

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Le gouvernement, critiqué pour sa politique jugée trop favorable aux plus aisés, a promis lundi de redonner du pouvoir d'achat aux ménages dans son projet de budget 2019, malgré les mesures d'économies décidées pour contenir la dépense publique.

"L'objectif à long terme de ce budget, c'est de construire une nouvelle prospérité", bénéficiant "à tous les Français et à tous les territoires", a assuré le ministre des Finances Bruno Le Maire en présentant à la presse le projet de loi de finances (PLF) 2019.

Cette "prospérité ne doit pas reposer sur plus de dépenses publiques et plus d'impôts mais sur plus de création de valeurs", a ajouté le locataire de Bercy, en promettant que les engagements de l'exécutif seraient "tenus", vis-à-vis des contribuables comme des chefs d'entreprises.

D'après Bercy, le deuxième budget du quinquennat Macron, qui sera débattu à l'automne au parlement, intègrera ainsi 18,8 milliards d'euros de baisses d'impôts pour les entreprises, grâce à la diminution de l'impôt sur les sociétés et à la transformation du Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) en baisses de charges.

Les ménages, quant à eux, verront leurs prélèvements obligatoires baisser de six milliards d'euros, malgré les hausses de taxes sur les carburants et sur le tabac, évaluées par le gouvernement à 2,3 milliards d'euros.

"C'est la plus grande baisse d'impôts pour les ménages depuis 2008", a insisté le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin, insistant sur les gains de pouvoir d'achat liés à la nouvelle baisse de la taxe d'habitation (-3,8 milliards d'euros l'an prochain) et sur la suppression des cotisations sur les heures supplémentaires.

Le pouvoir d'achat en 2019
Le pouvoir d'achat en 2019 avec les mesures prévues par le gouvernement
AFP

Un message martelé par le gouvernement mais contesté par l'opposition, qui a dénoncé lundi une "opération de communication".

Ce que l'exécutif "donne d'une main, en réalité il le reprend d'une autre", a estimé le premier secrétaire du PS Olivier Faure, en rappelant que l'Observatoire français de la conjoncture économique (OFCE) avait évalué à 3,5 milliards d'euros - et non à 6 milliards d'euros - le gain de pouvoir d'achat prévu pour les ménages l'an prochain.

"Le problème, c'est que le ressenti des Français ne correspond pas aux chiffres du gouvernement", a renchéri le président de la Commission des finances à l'Assemblée nationale, Eric Woerth (LR). Ce budget "comprend des mesures dans tous les sens, parfois des contresens... Le message est brouillé", a-t-il ajouté.

- "Réaliste" -

La présentation du projet de loi de finances 2019 survient à un moment compliqué pour le gouvernement, confronté à des critiques persistantes sur le pouvoir d'achat mais aussi à un tassement de la croissance, qui a réduit les marges de manoeuvres de Bercy pour financer les promesses d'Emmanuel Macron.

Budget 2019 : crédits des ministères
Crédits des différentes missions du budget général de l'Etat 2019
AFP

Selon l'exécutif, la hausse du produit intérieur brut devrait ainsi plafonner à 1,7% en 2019, au lieu des 1,9% initialement attendus. Un chiffre qualifié de "réaliste" par le Haut conseil des finances publiques (HCFP), organe indépendant chargé d'évaluer la crédibilité des prévisions de Bercy.

Cette mauvaise nouvelle intervient alors que le budget 2019 était déjà particulièrement épineux, avec la réforme du CICE, qui implique une "année noire" pour l'Etat, qui devra supporter à la fois les remboursements liés à l'année 2018 et la baisse de cotisations de 2019, soit une facture de 40 milliards d'euros.

Malgré ces différents obstacles, "le cap" de réduction du déficit public sera "tenu", a assuré Bruno Le Maire.

Selon Bercy, il s'établira ainsi à 2,8% du PIB, un chiffre en hausse de 0,4 point par rapport à la dernière prévision du gouvernement (2,4%), mais dans les clous budgétaires européens. "Nous serons sous les 3% de déficit pour la 3ème année consécutive, ça n'était pas arrivé depuis l'an 2000", a insisté le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux.

Pour réussir ce numéro d'équilibriste, Bercy a dû se résoudre à procéder à un tour de vis sur les dépenses, quitte à recourir à la pratique du "rabot", pourtant régulièrement critiquée par le gouvernement.

Prévisions du gouvernement issues du projet de loi de finances 2019
Prévisions du gouvernement issues du projet de loi de finances 2019
AFP

Le PLF 2019 comprendra ainsi un quasi gel des pensions de retraite, des allocations familiales et des aides personnalisées au logement, qui ne seront revalorisées que de 0,3% alors que l'inflation est attendue à 1,3%.

Des efforts seront également demandés aux chambres de commerce et d'industrie, à l'audiovisuel public et à la politique de l'emploi, dont les crédits vont baisser de 2,1 milliards d'euros, en raison notamment d'une réduction du nombre de contrats aidés.

Côté fonction publique, cette cure d'amaigrissement se traduira par la suppression de 4.164 postes sur le périmètre de l'État, sur un total de 50.000 prévus d'ici à 2022. Les ministères les plus touchés sont les Comptes publics (2.000 postes) et l'Éducation nationale (1.800), l'Intérieur, la Justice et la Défense bénéficiant pour leur part d'effectifs en hausse.

Partager cet article

Dans la même thématique

Chanteloup-les-Vignes : inter-ministerial meeting on cities
9min

Politique

Elisabeth Borne prend ses distances avec Gabriel Attal : « Non-événement » ou symptôme « des doutes » chez Renaissance avant 2027 ?

En quittant la présidence du Conseil national de Renaissance, Elisabeth Borne marque son « désaccord avec la ligne » de Gabriel Attal et met à mal la future candidature à la présidentielle du patron du parti. Si les proches du secrétaire général minimisent, quelques voix pointent en interne l’excès de « com’ » et « la tendance aux coups médiatiques ». François Patriat, patron des sénateurs Renaissance, prend aussi ses distances : « Déclarer sa candidature aujourd’hui et figer les choses ne me paraît pas être le bon principe ».

Le

Budget 2019: le gouvernement à l’offensive sur le pouvoir d’achat
7min

Politique

Droits TV du football : la chaîne Ligue 1+ n’est qu’une « solution par défaut », reconnaît Nicolas de Tavernost

Interrogé au Sénat ce mercredi, le patron de la filiale média de la Ligue de football professionnelle (LFP), Nicolas de Tavernost, n’a pas caché les limites de la chaîne Ligue1 +, montée dans l’urgence par la ligue, pour le financement des clubs français. Il a été longuement interrogé sur son départ en fin de saison, perçu par plusieurs sénateurs comme la conséquence des conflits d’intérêts au sommet du football français.

Le

Budget 2019: le gouvernement à l’offensive sur le pouvoir d’achat
3min

Politique

Banquets du Canon français : « Il n’y a pas de risque de trouble à l’ordre public », assure Laurent Nunez qui reste toutefois « vigilant »

Lors des questions d’actualité au gouvernement du Sénat, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez a été interpellé par le sénateur (PS) du Finistère, Jean-Luc Fichet sur la campagne de haine dont a été victime la maire de Quimper pour avoir refusé d’accueillir dans sa ville un banquet du Canon Français, une organisation financée pour partie par le milliardaire d’extrême droite Pierre Edouard Sterin. « Ce qu’il s’est passé à Quimper est absolument ignoble » a dénoncé le ministre.

Le