Canicule : « On peut s’attendre à ce que les impacts sur notre économie s’accroissent dans les années à venir »
Un nouvel épisode de canicule s’est abattu sur l’hexagone. Le thermomètre a affiché près de 40 degrés dans plusieurs régions françaises en plein mois de juin. Notre pays a vécu concrètement les effets du réchauffement climatique, mais aussi ses conséquences sur l’économie. Sénateurs et scientifiques s’accordent, il faut agir maintenant.
Par Tessa Jupon
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Un épisode de canicule trop précoce aux conséquences effrayantes. Alors que l’été n’a même pas encore débuté, une vingtaine de départements français ont été placés sous vigilance orange en plein mois de juin. Cette vague de chaleur déployée sur tout le pays est arrivée d’Espagne. Une situation extrême, de plus en plus fréquente, qui inquiète experts et parlementaires. Les impacts sur notre environnement et nos modes de vie sont indéniables et signalés depuis longtemps par les scientifiques. Mais ses effets économiques se font également ressentir.
Des secteurs variés touchés par la canicule
Une étude de Santé publique France a démontré que les dernières vagues de canicule de 2015 à 2020 auraient coûté entre 22 et 37 milliards d’euros à la France. Lors des différents épisodes de canicule, les effets sur notre économie touchent des secteurs d’activité multiples. Les impacts sanitaires, après la crise du covid-19, déferlent de nouveau sur les hôpitaux. Les décès prématurés, la hausse des consultations chez SOS Médecins ou encore la restriction d’activité des personnes à risque sollicitent les ressources de notre système de santé. Notre économie subit également les autres effets non sanitaires tels que les feux de forêt et les coupures électriques.Pour Franck Montaugé, le contexte général est problématique. Le sénateur socialiste prend l’exemple de sa circonscription en Occitanie pour illustrer son ressenti. « Dans le Gers, les agriculteurs ont été victimes d’une très forte grêle début juin qui a lourdement impacté leurs cultures et ils ont dû aussi faire face à la canicule la semaine dernière. Leurs rendements sont fortement impactés ». Des économistes s’intéressent à cette question depuis les premiers phénomènes climatiques et observent l’évolution de ces dangereuses vagues de chaleur. « Ce qui est différent avec la canicule de juin, c’est qu’elle arrive aussi tôt dans l’année, la vigilance rouge a été annoncée relativement plus tôt qu’en 2019-2020. Il y a aussi le fait que le nombre de jours en situation d’alerte augmente dans le temps », explique Olivier Chanel, directeur de recherche au CNRS et membre du Laboratoire AMSE (école d’économie d’Aix-Marseille). Le chercheur est formel, « on peut s’attendre à ce que les impacts sur notre économie s’accroissent dans les années à venir ». En 2020, le bilan de l’été de Santé Publique France avait révélé une surmortalité dès 45 ans liée aux trois vagues de chaleur des mois de juillet et août sur l’hexagone.
Combiner écologie, économie et pédagogie
La période de canicule a été relativement courte, ce qui a permis à notre système de santé de résister. Pour les années à venir, Olivier Chanel explique qu’il nous faudra tendre vers une meilleure préparation de ces épisodes de fortes chaleurs. « Il faut prévenir la population en axant le plan national canicule là-dessus. On peut anticiper car nous avons les prévisions deux trois jours avant. L’objectif principal doit être de limiter les conséquences sur la population ».Face à la multiplication de ces phénomènes extrêmes, les entreprises devront s’adapter en modifiant leurs horaires de travail. Pour l’économiste de l’environnement, « dans le bâtiment, des mesures supplémentaires devront être prises pour protéger les travailleurs ». Actuellement, le Code du travail oblige l’employeur à « prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs ». En revanche, en cas de déclenchement de l’alerte rouge par Météo-France, l’arrêt des travaux peut être imposé si la situation l’exige. Le jeudi 16 juin dernier, douze départements étaient placés en alerte rouge. Dans son rapport d’information, « La France et les Français face à la canicule : les leçons d’une crise », publié en 2004, le Sénat indique que « tous les appareils et accessoires susceptibles de rafraîchir le corps […] ont été littéralement pris d’assaut au point pour certain de connaître des ruptures de stock ». La canicule devrait s’intensifier et notre économie devra répondre à cette demande croissante. Olivier Chanel semble confiant sur ce point, « des start-up relèvent les opportunités. Ingénieurs et financiers se mettent sur le credo ».
Des solutions à mettre en œuvre, mais aussi à trouver
La période de canicule que la France a traversée en plein de mois juin questionne le Sénat. Franck Montaugé s’interroge pour les années à venir, « comment va-t-on pouvoir faire face en matière de solidarité et d’accompagnement des victimes ? ». Le sénateur est également conscient des enjeux qui se présentent pour les générations futures. « On veut que notre pays avance sur la question du réchauffement climatique pour nos enfants et petits-enfants ». Pour lui, le problème majeur est de pouvoir « avancer vite sur ces sujets ». Les textes juridiques sur la question ne manquent pourtant pas. Franck Montaugé évoque la loi Énergie Climat de 2019 fixant la neutralité carbone d’ici 2050 en assurant que les parlementaires font leur possible mais que du côté de l’exécutif « ça ne va jamais assez loin, le gouvernement est défaillant ».Même si sa vision de notre avenir climatique est pessimiste, Olivier Chanel et ses collègues restent inventifs et continuent leurs recherches sur ces questions. « Il nous faut viser sur deux dimensions, la réduction des émissions et l’adaptation inévitable des populations, des modes de vie et des systèmes de soin ». Sénateurs et scientifiques s’entendent sur un point, l’économie devra nécessairement s’adapter au réchauffement climatique qui permettra des co-bénéfices tels que l’amélioration de la qualité de l’air, de l’eau ou des conditions de vie des individus.
Tenter de former et de réveiller les parlementaires
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