Cazeneuve: un discours de politique générale qui devrait rassembler à gauche

Cazeneuve: un discours de politique générale qui devrait rassembler à gauche

Bernard Cazeneuve, promis au bail à Matignon le plus court de la Ve République, devrait réunir une majorité assez large mardi autour de sa...
Public Sénat

Par Marc PRÉEL, Anne Pascale REBOUL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Bernard Cazeneuve, promis au bail à Matignon le plus court de la Ve République, devrait réunir une majorité assez large mardi autour de sa déclaration de politique générale, lui qui ne veut pas se contenter d'"éteindre la lumière" du quinquennat Hollande.

Une semaine après la passation de pouvoirs avec un Manuel Valls lancé dans la course à la primaire de la gauche, le nouveau Premier ministre est attendu à la tribune de l'Assemblée nationale à 15H00 pour environ une heure de discours. S'ensuivra un débat et un vote de confiance au résultat attendu vers 19H00.

Dans la soirée, l'ancien ministre de l'Intérieur défendra, dans le même hémicycle, une cinquième prolongation de l'état d'urgence, jusqu'au 15 juillet.

A 130 jours du premier tour de la présidentielle et deux mois et demi de la fin de la session parlementaire, M. Cazeneuve aurait pu renoncer à engager la responsabilité de son gouvernement.

Manuel Valls son épouse  Anne Gravoin et le nouveau Premier ministre Bernard Cazeneuve lors de la passation de pouvoir le 6 décembre 2016 à Matignon à Paris
Manuel Valls son épouse Anne Gravoin et le nouveau Premier ministre Bernard Cazeneuve lors de la passation de pouvoir le 6 décembre 2016 à Matignon à Paris
AFP

Cela aurait assurément alimenté les critiques de la droite, qui raille déjà un Premier ministre devant "fermer les lumières" après la renonciation de François Hollande à briguer un second mandat. "A défaut d'avoir de la matière", M. Cazeneuve va "prendre un plaisir infini à s'écouter parler", a grincé mardi le patron des députés LR, Christian Jacob.

Egalement contre, les élus UDI ne veulent pas "servir de roue de secours dans les cinq derniers mois", selon leur président Philippe Vigier.

Lors de la passation à Matignon, Bernard Cazeneuve avait déjà essayé d'effacer cette image, lui qui va battre le record des dix mois à Matignon d'Edith Cresson: "Chaque jour est utile, chaque jour compte".

Les Premiers ministres de la Ve République
Manuel Valls et son épouse Anne Gravoin, et son successeur à Matignon, Bernard Cazeneuve, à l'issue de la passation de pouvoirs le 6 décembre 2016 à Paris
AFP

Le troisième Premier ministre de François Hollande a placé son quinquamestre sous le mot d'ordre de la "protection" des Français face à la menace terroriste mais aussi pour la protection sociale, alors que la gauche donne de la voix contre la "purge" du candidat de la droite, François Fillon.

- 'Standing ovation' -

Autre objectif, selon son entourage: "mener à son terme l'action de redressement engagée par ses prédécesseurs" en finalisant quelques dossiers (investissements d'avenir, compte pénibilité...) et en prenant les cruciaux décrets d'application de lois du quinquennat.

François Hollande et Bernard Cazeneuve à l'issue du conseil des ministres le 10 décembre 2016 à l'Elysée à Paris
François Hollande et Bernard Cazeneuve à l'issue du conseil des ministres le 10 décembre 2016 à l'Elysée à Paris
AFP/Archives

Il ne prononcera pas un discours d'annonces, mais Cazeneuve entend aussi "préparer l'avenir", notamment revenir sur la "transition énergétique" après le dernier pic de pollution.

Si l'enjeu reste limité, le vote aura aussi valeur de nouveau test pour la majorité.

Fidèle appui du chef de l'Etat, Bernard Cazeneuve crispe moins l'aile gauche que Manuel Valls, qui avait dû batailler avec les "frondeurs" du PS.

L'un d'entre eux glisse n'avoir "rien à lui reprocher", et "on peut discuter" avec lui. "On va voter la confiance", pronostique Pascal Cherki.

"C'est quelqu'un de très respectueux des différentes sensibilités dans l'hémicycle", renchérit André Chassaigne (Front de gauche), même si son groupe votera contre car Bernard Cazeneuve "ne sera que l'exécuteur testamentaire de la politique de François Hollande et Manuel Valls".

Les socialistes apporteront un "soutien plein et entier à un Premier ministre qu'ils respectent", a glissé Olivier Faure, tout nouveau président du groupe, dont l'élection a créé la surprise car il n'était pas le favori des légitimistes. M. Cazeneuve a eu droit à une "standing ovation" en réunion de groupe.

Voulant donner "une image de fierté" du travail accompli et créer "toujours les conditions du rassemblement" à l'approche de la primaire, le chef du gouvernement a aussi promis "une loyauté impeccable" envers François Hollande. Et si cette valeur est démodée, "comme on me dit que je le suis, je l'assume totalement", a-t-il souri, selon des propos rapportés.

M. Valls s'était soumis à deux déclarations de politique générale: début avril 2014 après sa nomination, en septembre suivant après l'éviction d'Arnaud Montebourg et Benoît Hamon du gouvernement.

Au premier vote, M. Valls avait réuni 306 voix pour lui. Au second, 269 voix, bien en-dessous du seuil des 289 de la majorité absolue.

En parallèle mardi après-midi au Sénat, le numéro deux du gouvernement, Jean-Marc Ayrault, lira la même déclaration, et il y aura mercredi après-midi dans la haute assemblée un débat, mais sans vote, en présence de M. Cazeneuve.

Dans la même thématique

Paris : Speech of Emmanuel Macron at La Sorbonne
6min

Politique

Discours d’Emmanuel Macron sur l’Europe : « Il se pose en sauveur de sa propre majorité, mais aussi en sauveur de l’Europe »

Le chef de l'Etat a prononcé jeudi 25 avril à la Sorbonne un long discours pour appeler les 27 à bâtir une « Europe puissance ». À l’approche des élections européennes, son intervention apparait aussi comme une manière de dynamiser une campagne électorale dans laquelle la majorité présidentielle peine à percer. Interrogés par Public Sénat, les communicants Philippe Moreau-Chevrolet et Emilie Zapalski décryptent la stratégie du chef de l’Etat.

Le

Paris : Speech of Emmanuel Macron at La Sorbonne
11min

Politique

Discours d’Emmanuel Macron sur l’Europe : on vous résume les principales annonces

Sept ans après une allocution au même endroit, le président de la République était de retour à La Sorbonne, où il a prononcé ce jeudi 25 avril, un discours long d’1h45 sur l’Europe. Se faisant le garant d’une « Europe puissance et prospérité », le chef de l’Etat a également alerté sur le « risque immense » que le vieux continent soit « fragilisé, voire relégué », au regard de la situation internationale, marquée notamment par la guerre en Ukraine et la politique commerciale agressive des Etats-Unis et de la Chine.

Le

Police Aux Frontieres controle sur Autoroute
5min

Politique

Immigration : la Défenseure des droits alerte sur le non-respect du droit des étrangers à la frontière franco-italienne

Après la Cour de Justice de l’Union européenne et le Conseil d’Etat, c’est au tour de la Défenseure des droits d’appeler le gouvernement à faire cesser « les procédures et pratiques » qui contreviennent au droit européen et au droit national lors du contrôle et l’interpellation des étrangers en situation irrégulière à la frontière franco-italienne.

Le

Objets
4min

Politique

Elections européennes : quelles sont les règles en matière de temps de parole ?

Alors que le président de la République prononce un discours sur l’Europe à La Sorbonne, cinq ans après celui prononcé au même endroit lors de la campagne présidentielle de 2017, les oppositions ont fait feu de tout bois, pour que le propos du chef de l’Etat soit décompté du temps de parole de la campagne de Renaissance. Mais au fait, quelles sont les règles qui régissent la campagne européenne, en la matière ?

Le