Ceta: âpres débats à l’Assemblée sur la ratification, avant le vote mardi
Accord "gagnant pour la France" ou porteur de multiples "périls"? La ratification du traité de libre échange entre l'UE et le...

Ceta: âpres débats à l’Assemblée sur la ratification, avant le vote mardi

Accord "gagnant pour la France" ou porteur de multiples "périls"? La ratification du traité de libre échange entre l'UE et le...
Public Sénat

Par Charlotte HILL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Accord "gagnant pour la France" ou porteur de multiples "périls"? La ratification du traité de libre échange entre l'UE et le Canada (Ceta) a donné lieu mercredi à de vifs débats à l'Assemblée jusque tard dans la nuit, avant un vote finalement repoussé à mardi.

Dans un hémicycle fourni, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a défendu d'emblée un "accord important" dans un climat mondial "préoccupant", vantant le bilan "positif" de son application provisoire depuis près de deux ans.

Le texte controversé supprime notamment les droits de douanes sur 98% des produits échangés entre les deux zones.

Il doit être ratifié par les 38 assemblées nationales et régionales d'Europe, d'où son examen à l'Assemblée, puis au Sénat à une date qui reste à définir. Après des protestations des oppositions, le vote des députés initialement prévu en fin de soirée a été repoussé in extremis à mardi.

Le texte suscite des réticences jusque dans la majorité LREM-MoDem. La "marcheuse" Martine Wonner a notamment déploré mercredi qu'il "laisse de côté" la défense de l'environnement.

D'autres élus de la majorité n'ont cessé ces derniers jours de défendre un accord "gagnant pour la France" avec un pays ami n'ayant rien du "Far West!", certains insistant encore mercredi sur les vertus d'un "libre-échange régulé".

Mais les oppositions de droite comme de gauche sont très remontées au nom de risques environnementaux, agricoles et sanitaires.

Au cours d'une bataille d'environ 10 heures dans l'hémicycle, les socialistes ont défendu en vain une motion de rejet, repoussée par seulement 136 voix contre 110, puis LR a plaidé sans succès pour un "ajournement" de la ratification (134 voix contre 116).

"On a failli faire le coup de l'année!", a commenté un élu au vu du scrutin serré. Un LR y a vu un signe de "fragilité" de la majorité sur ce texte et Matthieu Orphelin (ex-LREM) un "avertissement politique très fort" pour les prochains accords s'ils ne sont pas "meilleurs".

- "Mensonges" et "cochonnerie" -

Pas moins d'une soixantaine d'orateurs se sont succédé dans la soirée, avec des échanges parfois houleux et accusations réciproques de "contre-vérités".

A l'exception de quelques élus en défense comme Nicolas Turquois (MoDem), "un agriculteur qui va assumer" un vote pro-Ceta, tous ont fustigé le traité, avec lequel l'acte II du quinquennat promis comme plus vert "prendra fin mardi", selon l'ex-ministre de l'Ecologie Delphine Batho (non-inscrite).

Les Républicains pointent un "double risque" sur la viande bovine : "sanitaire" et de "déstabilisation de la filière". Ils accusent gouvernement et majorité de "mensonges" sur les farines animales qui seront "bel et bien consommées par les bovins qui vont atterrir dans nos assiettes", selon Pierre-Henri Dumont (LR).

Les UDI et indépendants évoquent de "vraies menaces", et "Libertés et Territoires" l'"accord de trop".

Pour Marine Le Pen (RN), le traité est "un danger", Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) en appelant à la "conscience" des "marcheurs".

Même hostilité à gauche, PS, PCF et LFI dénonçant notamment un texte "incompatible avec les accords de Paris" et avec un "veto" climatique "introuvable".

"C'est +make our planet great again+ pour les multinationales et les gros investisseurs", a fustigé Laurence Dumont (PS), tandis qu'Olivier Faure a souligné l'"alerte venue de partout", des agriculteurs comme des écologistes.

"Vous êtes seuls", a aussi lancé François Ruffin (LFI) à la majorité, estimant que le gouvernement sert les farines animales "avec beaucoup de salades", et qualifiant le Ceta de "cochonnerie" inspirée par les lobbies.

"Ce n'est pas le Ceta, c'est la cata", a encore déclaré Pierre Dharréville (PCF), André Chassaigne déplorant qu'on cherche à opposer des protectionnistes "archaïques" aux partisans du libre-échange "vertueux".

Pour les viandes, "ce sont les normes européennes qui s'appliquent", a insisté M. Le Drian, le secrétaire d'Etat Jean-Baptiste Lemoyne s'efforçant de répondre point par point à certaines "craintes imaginaires".

"Fake news" et "fausses querelles", balaie aussi la majorité, qui pointe que seules 36 fermes canadiennes peuvent exporter aux normes européennes. Roland Lescure (LREM) a évoqué un maximum de "100 grammes de viande par habitant et par an", "un tout petit steak".

Partager cet article

Dans la même thématique

Ceta: âpres débats à l’Assemblée sur la ratification, avant le vote mardi
4min

Politique

« On surmonte nos rancœurs » : Agnès Evren (LR) défend un mariage de raison entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel pour battre la gauche à Paris

À Paris, la fusion des listes entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel relève davantage du réalisme politique face à l’avance de la gauche que d’un rapprochement sincère et naturel. Il a fallu surmonter « une forme d’inimitié » entre les deux candidats, reconnait la vice-présidente de LR et sénatrice de la capitale Agnès Evren, qui compte aussi sur les reports de voix des électeurs de Sarah Knafo.

Le

Ceta: âpres débats à l’Assemblée sur la ratification, avant le vote mardi
5min

Politique

Municipales à Montpellier : sécurité, gestion des déchets, transports… Que retenir du débat d’entre deux tours ?

A Montpellier, c’est une triangulaire qui opposera, dimanche prochain, le maire sortant socialiste Michaël Delafosse, en tête avec 33,41 % au premier tour, la candidate LFI, Nathalie Oziol, deuxième avec 15,36 % et le candidat indépendant, Mohed Altrad (11,31 % des voix). Si dans de nombreuses grandes villes de France, comme Lyon, Toulouse, Nantes… LFI et le reste de la gauche se sont unis au deuxième tour des élections municipales, dans l’Hérault, il n’en a pas été question, tant les deux gauches semblent irréconciliables. Pas d’union à gauche Lors du débat organisé Public Sénat, France Télévisions ICI Occitanie et la radio ICI Hérault organisaient, les protagonistes ont rappelé leur position. « Je constate que depuis que j’ai l’honneur d’être maire de Montpellier, LFI pilonne l’ensemble des mesures que nous portons et met plus d’énergie dans la critique de l’action d’un maire de gauche que contre l’extrême droite », a justifié Michaël Delafosse qui précise, néanmoins, n’avoir eu qu’un adversaire lors de cette campagne : c’est l’extrême droite. Nathalie Oziol a estimé que l’absence de l’extrême droite au second tour à Montpellier, c’était grâce à la France Insoumise. Dans cette configuration, l’union de la gauche n’était pas nécessaire car le choix des électeurs, selon elle, résidait entre le « système socialiste en place » et les Insoumis. L’homme d’affaires, milliardaire, propriétaire du club de rugby local, Mohed Altrad qui, contrairement à 2020, n’a pas fait d’alliance pour le second tour avec l’humoriste Rémi Gaillard et une autre candidate de gauche Alenka Doulain, s’est présenté comme un homme qui n’était pas politique mais qu’il s’éloignerait « le plus possible » de son entreprise s’il était élu. Transports Michael Delafausse a défendu la mesure phare de son mandat, la gratuité des transports, financée par le versement mobilité, même si un rapport de la Cour des comptes a jugé la mesure coûteuse et peu efficace pour inciter les Montpelliérains à ne pas prendre leur voiture. Nathalie Oziol soutient la mesure mais la considère mal appliquée. « Des trams et des bus ont diminué en fréquence. Nous n’avons pas vérifié si le maillage territorial était suffisant », a-t-elle reproché. Autre dossier, le COM (le Contournement Ouest de Montpellier), une voie qui doit relier deux autoroutes pour désengorger la circulation en centre-ville, dont les travaux doivent démarrer cette année, est contesté par les adversaires du maire sortant. « Le COM permettra de contourner Montpellier plutôt que d’envoyer tout le trafic vers l’avenue de la Liberté. C’est financé par les péages », a défendu Michaël Delafosse. « Hors de question. C’est notre A69 à nous. C’est une aberration environnementale, les arbres coupés… C’est une 10 voix qui va passer sous les fenêtres des Montpelliérains », a dénoncé la candidate LFI. Mohed Altrad s’y est montré lui favorable mais à condition que le COM ne soit pas payant pour les Montpelliérains. Sécurité En ce qui concerne la police municipale, Nathalie Oziol, a défendu son désarmement. « Il faut que la police municipale devienne une police de proximité qui fasse le lien avec les habitants ». Prenant l’exemple de la ville de Béziers, la mesure phare de Mohed Altrad est celle d’un couvre-feu au moins de 16 ans à partir de 22h, mais aussi doubler les effectifs de la police municipale et renforcer la vidéoprotection. Le maire sortant a défendu l’armement de la police municipale, la création d’une police des transports, le recrutement de 100 agents supplémentaires et le doublement des caméras de surveillance. Traitement des déchets La validation par le conseil de la Métropole de Montpellier d’une unité de valorisation énergétique par combustibles solides de récupération (CSR) est l’autre dossier chaud de l’élection. « C’est de la folie, c’est la pollution, c’est le cancer […] C’est une technologie expérimentale. Comme toute technologie récente, on a besoin de temps pour l’expérimenter », a dénoncé Mohed Altrad. Nathalie Oziol regrette qu’il n’y ait pas d’autres solutions envisagées. « Ce que nous proposons, c’est une convention populaire sur toute la gestion des déchets. L’objectif que nous devons viser, c’est l’objectif zéro déchet ». Michaël Delafosse a rappelé que le CSR était une solution préconisée par l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie). « Il nous faut continuer à mieux collecter les biodéchets comme le verre », a-t-il ajouté. Pour conclure sur les défis de la nouvelle mandature, comme l’augmentation de la population dans la ville, en moyenne 8 000 habitants par an, Nathalie Oziol a estimé que rien n’a été fait pour accueillir les gens ». Mohed Altrad a aussi jugé que la ville n’était pas à la hauteur des autres villes de taille similaire. Il propose de mieux gérer l’argent public en économisant 25 % de ce qu’il considère comme du « gaspillage ». Mickaël Delafosse s’engage à construire 1 000 nouveaux logements étudiants dans le secteur d’Agropolis et des logements pour seniors mais aussi le développement des BRS (bail réel et solidaire) qui ne permette à personne en logement sociaux d’accéder à la propriété ou encore poursuivre l’encadrement des loyers et la lutte contre Airbnb.  

Le

FRA – LR RETAILLEAU – ELECTION MUNICIPALES 2026
8min

Politique

Municipales : en lâchant Christian Estrosi à Nice, Bruno Retailleau enflamme toute la droite, avec 2027 en ligne de mire

À quelques jours du second tour des municipales à Nice, Bruno Retailleau, le patron des LR, a déclenché une crise ouverte au sein de sa propre famille politique et du bloc central, en refusant de soutenir le maire sortant Christian Estrosi face à Éric Ciotti, allié du RN. Plus largement, le psychodrame azuréen fragilise l'accord national passé avec Horizons, mais révèle aussi les fractures d’une droite à la recherche de sa boussole stratégique pour 2027.

Le

Paris : Sarah Knafo – Meeting au Dome de Paris
6min

Politique

Municipales : le retrait calculé de Sarah Knafo recompose le jeu à Paris

Qualifiée de justesse pour le second tour des municipales parisiennes avec 10,4 % des voix, la candidate Reconquête, Sarah Knafo, a finalement choisi de se retirer « pour Paris », sans toutefois donner de consigne de vote, mais « pour battre la gauche ». Une décision présentée comme un « choix de responsabilité », mais qui soulève autant de questions stratégiques que politiques.

Le