Collectivités : Les sénateurs s’insurgent contre l’annulation de 300 millions d’euros de dotations
Un décret publié en juillet, peu après la Conférence des territoires, sème l’émoi chez les sénateurs.

Collectivités : Les sénateurs s’insurgent contre l’annulation de 300 millions d’euros de dotations

Un décret publié en juillet, peu après la Conférence des territoires, sème l’émoi chez les sénateurs.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le « pacte de confiance » avec les collectivités territoriales voulu par le gouvernement a-t-il du plomb dans l’aile ? L’annulation de 300 millions d’euros de dotations, révélée ce matin dans la presse, a eu l’effet d’une bombe auprès des élus locaux et de leurs représentants, les sénateurs.

Le ministère de la Cohésion des territoires a expliqué à l’AFP que ces annulations « porteront sur des projets non engagés ». Interrogé à l’issue du Conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner a considéré qu’il s’agissait d’un « exercice plus comptable que politique ».

Très remonté contre ces réductions, le député socialiste Olivier Dussopt, par ailleurs président de l'Association des petites villes de France, a pris à parti le gouvernement lors des questions d’actualité à l’Assemblée nationale ce mercredi. Le ministre de l'Action et des Comptes publics Gérald Darmanin lui répondu, martelant une fois de plus l’insincérité du budget 2017 et relativisant le montant : « C’est 0,3% des crédits de l’ensemble des concours financiers de l’État aux collectivités qui sont prévus par ce décret ».

« Ce gouvernement fait les poches des collectivités territoriales »

Les élus au Sénat, chambre qui représente les collectivités territoriales, ne mâchent pas leurs mots. « Ce gouvernement fait les poches des collectivités territoriales », a réagi à notre micro le chef de file des Républicains Bruno Retailleau, qui juge la mesure « injuste ». Énumérant la polémique sur le nombre d’élus locaux, la suppression progressive de taxe d’habitation, les 13 milliards d’économies ou encore la fin programmée de la réserve parlementaire, le sénateur de la Vendée y voit une nouvelle illustration d’un « positionnement anti-collectivités locales ».

« Ce gouvernement fait les poches des collectivités territoriales », s'insurge Bruno Retailleau
01:03
Images : Aurélien Romano

 « M. Macron était bien au courant, lorsqu’il était candidat, des difficultés du pays », a observé le sénateur écologiste Jean Desessard, qui pointe un revirement par rapport aux engagements de campagne du candidat.

Collectivités : « M. Macron était bien au courant, lorsqu’il était candidat, des difficultés du pays », critique Jean Desessard
00:27
Images : Aurélien Romano

Un « décret scélérat »

Sur Twitter, les réactions des sénateurs sont tout aussi vives. « C'est à la sulfateuse que le gouvernement Macron s'occupe des collectivités », attaque le sénateur socialiste Gilbert Roger.

Un « décret scélérat », pointe de son côté la sénatrice de l’Orne Nathalie Goulet (Union centriste).

Ce décret en question a été signé quelques jours après la Conférence des territoires qui s’était réuni au Sénat, ce que rappelle son président Gérard Larcher, qui dénonce une « brutalité qui fragilise quartiers et territoires ruraux ».

Lors de cette conférence du 17 juillet, le président de la République s’était « engagé » à « ne pas procéder par baisse brutale de dotations. Du moins, pour l’année 2018 :

 « Moi je vous fais confiance. La logique budgétaire, c’est de couper les dotations budgétaires en 2018. Nous ne le ferons pas. Mais avec un pari, c’est que les collectivités locales, avec toutes leurs composantes, sauront prendre pour 2018 la part de ce qu’il leur revient, en baisse de dépenses de fonctionnement et d’investissements bien comprises sans que nous ayons à passer par les dotations, considérant que la dotation c’est ce qui donne de la lisibilité. »

"Nous ne procéderons pas par baisses brutales de dotations", déclarait Emmanuel Macron à la Conférence des territoires
01:29
Emmanuel Macron, lors de la Conférence des territoires, le 17 juillet 2017

Malgré les justifications du gouvernement, la colère des élus locaux ne semble pas retomber. Le maire socialiste André Laignel, premier vice-président de l’Association des maires de France, voit dans ce décret une trahison fragilisant la reprise et les collectivités territoriales ». Pour l’édile, ce « coup de rabot en toute discrétion » et un « non-sens économique ».

L'opposition des sénateurs, qu'elle vienne de la droite comme de la gauche, est d'autant plus virulente que des dizaines d'entre eux font actuellement campagne auprès des élus locaux pour assurer leur réélection le 24 septembre, lors des prochaines élections sénatoriales.

Partager cet article

Dans la même thématique

French Prime Minister Sébastien Lecornu Chairs Crisis Cell in Marseille Over Heatwave
6min

Politique

« La chaleur monte encore d’un cran » : la canicule inquiète l’exécutif, entre feux de forêt record et passages aux urgences en hausse

Pour la première fois, le gouvernement a déployé ce vendredi le plan Orsec de lutte contre les catastrophes et accidents pour faire face aux chaleurs extrêmes dans les départements en vigilance rouge canicule. Les températures vont encore grimper ce week-end, renforçant les inquiétudes sur les fronts de l’hôpital et des feux de forêt.

Le

FRA – ASSEMBLEE – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT
9min

Politique

Présidentielle 2027 : le PS enterre la primaire ouverte et fragilise Olivier Faure

Après avoir été mis en minorité par les députés socialistes sur la stratégie à adopter lors de la motion de censure déposée par les Écologistes en pleine canicule, Olivier Faure a essuyé un deuxième revers, cette fois devant les militants de son propre parti. En rejetant sa proposition de primaire ouverte, le PS fragilise son premier secrétaire et ouvre une nouvelle phase de la course à la présidentielle. Au centre de toutes les interrogations désormais, la place que choisira d’occuper Raphaël Glucksmann.

Le

Paris: Debat reforme des retraites au Senat
5min

Politique

Sénatoriales : Guillaume Gontard va quitter la présidence du groupe écologiste, après six années passées à sa tête

Après le prochain renouvellement sénatorial du 27 septembre prochain, Guillaume Gontard quittera la présidence du groupe écologiste qu'il occupe depuis 6 ans. L'élu de l'Isère n'est pas renouvelable, mais a décidé de passer la main à la rentrée prochaine. Il se dit fier du travail accompli et « d'avoir pu instaurer une parole écologiste qui compte » au sein de la Haute Assemblée.

Le