Comment fonctionne la Cour de justice de la République ?
Souvent conspuée, cette juridiction particulière dont le rôle est de juger les membres du gouvernement pour les actes délictueux ou criminels commis dans l’exercice de leurs fonctions, se retrouve sur le devant de l’actualité. Au moins 71 plaintes ont été déposées auprès de la Cour de justice de la République depuis le début du confinement.

Comment fonctionne la Cour de justice de la République ?

Souvent conspuée, cette juridiction particulière dont le rôle est de juger les membres du gouvernement pour les actes délictueux ou criminels commis dans l’exercice de leurs fonctions, se retrouve sur le devant de l’actualité. Au moins 71 plaintes ont été déposées auprès de la Cour de justice de la République depuis le début du confinement.
Public Sénat

Par Héléna Berkaoui

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Ironie de l’histoire, la Cour de justice de la République (CJR) est née suite à une crise sanitaire, celle du sang contaminé. La pandémie de Covid-19 a mis en lumière cette juridiction dont deux présidents ont annoncé la suppression. Après François Hollande, Emmanuel Macron avait prévu la disparition de la Cour dans le cadre de la réforme constitutionnelle aujourd’hui en suspens. Depuis le début du confinement, au moins 71 plaintes visant des membres du gouvernement lui sont parvenues (lire notre article).   

La Cour de justice de la République est créée en 1993, suite aux travaux du comité consultatif pour la révision de la Constitution présidé par Georges Vedel. La juridiction est « compétente pour juger les membres du gouvernement (Premier ministre, ministres, secrétaires d’État) pénalement responsables des actes accomplis dans l’exercice de leurs fonctions, qualifiés de crimes ou délits au moment où ils ont été commis ». Les infractions commises par des membres du gouvernement, sans lien avec leur politique, relève en revanche des juridictions pénales de droit commun.

« Archaïque », « trop lente », « complaisante ». La Cour de justice de la République est la cible de nombreuses critiques. Sa composition est régulièrement mise en cause. « Le soupçon de partialité entache les arrêts de la Cour (…) Douze des quinze membres sont, en effet, des parlementaires », reproche par exemple l’association de lutte contre la corruption, Anticor. Parmi les quinze juges de cette juridiction, douze sont en effet des parlementaires : six sénateurs et six députés. Les trois autres juges sont des magistrats du siège à la Cour de cassation.

La Cour de justice de la République a pourtant été créée pour renforcer la lutte contre la corruption dans un contexte de scandales politico-financiers à la fin du second mandat de François Mitterrand. La juridiction a été bâtie sur les ruines de la Haute Cour de justice qui, elle, était uniquement composée de parlementaires. Contrairement à la Haute Cour, les plaintes déposées devant la Cour de justice de la République sont saisies et instruites par des magistrats professionnels.

Autre différence notable, à l’époque de la Haute cour de justice, seul le Parlement pouvait engager des poursuites contre un membre du gouvernement. Devant la Cour de justice de la République, toute personne sans distinction de nationalité peut saisir la juridiction si elle s’estime victime d’un crime ou d'un délit imputé à un membre du gouvernement dans l’exercice de ses fonctions. Cependant, les plaignants ne peuvent pas se porter partie civile et il n’est pas de possible de faire appel d’une décision de la CJR. Le seul recours possible est le pourvoi en cassation.

Depuis la création de la CJR, sept ministres ont été jugés. L’affaire sans doute la plus retentissante a été celle du sang contaminé. En 1999, l’ancien Premier ministre Laurent Fabius et les ex-secrétaires d’État Georgina Dufoix et Edmond Hervé comparaissent devant la Cour de justice de la République pour « homicide involontaire ». Seul Edmond Hervé, ex-secrétaire d’État à la Santé, a été condamné mais dispensé de peine car, il « n’a pu bénéficier totalement de la présomption d’innocence », ayant été « soumis, avant jugement, à des appréciations souvent excessives », justifiait la Cour.

« Selon la CJR, Edmond Hervé mérite, certes, une sanction, mais il l’a déjà reçue, en quelque sorte, pour avoir, quinze ans durant, connu l’opprobre général sans être en état personnel de se défendre », analysait à l’époque un journaliste du Figaro. Ce premier arrêt ôtera, aux yeux de certains, toute crédibilité à cette juridiction particulière.

Dans le cadre de l’affaire Tapie, la Cour de justice de la République avait rendu une décision très critiquée à l’encontre de l’ancienne ministre de l’Économie, Christine Lagarde. La Cour l’avait jugée coupable de « négligence » en autorisant en 2007 une procédure arbitrale avec Bernard Tapie pour solder son litige avec l’ancienne banque publique Crédit lyonnais. Cet arbitrage avait attribué 400 millions d’euros à l’homme d’affaires. Néanmoins, l’ex-ministre de l’Économie a été dispensée de peine, son casier judiciaire ne porte pas mention de cette décision. Un arrêt là encore vivement critiqué.

« La CJR démontre une nouvelle fois son incapacité à se comporter comme une véritable juridiction, c’est-à-dire une juridiction impartiale, capable de sanctionner les coupables », écrivait alors Anticor. « Il est clair aujourd'hui que la Cour de justice de la République ne remplit plus la fonction essentielle de traiter de la responsabilité des ministres », déclarait aussi le président de la République devant de la Cour de Cassation, en janvier 2018.  En l’absence de réforme constitutionnelle, c’est pourtant la Cour de justice de la République qui traitera les quelque 71 plaintes en lien avec la crise du Covid 19 déposées contre des membres du gouvernement.

Partager cet article

Dans la même thématique

Comment fonctionne la Cour de justice de la République ?
2min

Politique

PMA : « pour un projet on ne peut plus intime on ne devrait pas avoir à traverser des frontières », déplore cette lyonnaise après neuf tentatives

C’est historique. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le nombre de décès en France a dépassé celui des naissances en 2025. Mais à rebours de cette tendance démographique, certains couples se battent pour avoir des enfants. C’est le cas d’Eugénie, originaire de Lyon, qui a été contrainte de partir à l’étranger pour bénéficier d’un parcours de PMA plus rapide. Interrogée par Quentin Calmet, elle témoignage de ses obstacles et difficultés dans l’émission Dialogue Citoyen.

Le

Paris : Vote on the 2026 budget bill at the Senate
8min

Politique

[Série 4/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : du « Sénat bashing » à « une forme d’aura » retrouvée

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Dix ans de macronisme auront finalement permis au Sénat, souvent critiqué, de redorer son blason. Rôle de contre-pouvoir renforcé avec les commissions d’enquête, travail législatif mis en lumière, hémicycle apaisé et constructif par rapport à l’Assemblée : c’est la recette qui a permis à la Haute assemblée de réaffirmer son rôle institutionnel.

Le

Comment fonctionne la Cour de justice de la République ?
3min

Politique

« Il peut y avoir des moments festifs sans pour autant être obligé de boire » juge la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly

En ce début d’année, un million de Français ont choisi de ranger leurs verres pour relever le défi du « dry january » ou « janvier sobre ». Une pause bienvenue dans un pays où l’alcool est omniprésent dans la vie sociale et reste responsable de milliers de morts chaque année. Souvent taboue et parfois accentuée par la pression sociale, l’addiction à l’alcool constitue un enjeu de santé publique majeur. Comment réduire les risques ? l’addictologue Delphine Moisan et la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly sont les invitées de l’émission Et la santé ça va ? pour en débattre.

Le

francois-patriat-en-septembre-dernier-photo-sipa-jeanne-accorsini-1680805422
6min

Politique

« Adieu Fanfan » : le sénateur François Patriat, ancien socialiste, fidèle d'Emmanuel Macron est mort à l'âge de 83 ans 

Le sénateur de Côte-d’Or est décédé à l’âge de 83 ans. En 2016, François Patriat avait été parmi les premiers soutiens d’Emmanuel Macron, au moment où il se lançait dans la campagne présidentielle. Jusqu’en 2026, le Bourguignon restera l’un des plus proches soutiens du président de la République. Le dernier acte d’une très longue carrière de parlementaire entamée dans les années 80.

Le