Congrès LR : que contiennent les programmes d’Éric Ciotti et de Valérie Pécresse ?
Économie, société, écologie, sécurité, justice, immigration… Public Sénat passe en revue les principales mesures des deux finalistes du congrès LR. Le vainqueur, officiellement investi pour la présidentielle, sera désigné samedi en début d’après-midi.

Congrès LR : que contiennent les programmes d’Éric Ciotti et de Valérie Pécresse ?

Économie, société, écologie, sécurité, justice, immigration… Public Sénat passe en revue les principales mesures des deux finalistes du congrès LR. Le vainqueur, officiellement investi pour la présidentielle, sera désigné samedi en début d’après-midi.
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Cela se jouera donc entre Éric Ciotti et Valérie Pécresse. Le député des Alpes-Maritimes et la présidente de la région Île-de-France sont arrivés en tête, jeudi, du premier tour du congrès LR, pour sélectionner la personnalité qui sera officiellement investie par le parti en 2022. Si Éric Ciotti marque une légère avance sur sa concurrente (25,59 % des suffrages contre 25 %), Valérie Pécresse fait d’ores et déjà figure de grande favorite, au regard du soutien que lui ont apporté les trois autres candidats malheureux à cette primaire interne. Le second tour s’est ouvert dans la foulée, vendredi à 8 heures, il sera clos samedi à 14 heures, et le nom du vainqueur révélé quelques minutes plus tard par Christian Jacob, le président des Républicains, depuis le siège du parti dans le 15e arrondissement de Paris.

Ce dernier tour de scrutin doit aussi permettre de départager deux lignes politiques au sein du parti, celle décomplexée et identitaire d’Éric Ciotti, qui assume une filiation avec le François Fillon de 2017, et que d’aucuns, à l’image de Renaud Muselier, le président de la région PACA, estiment trop proche de l’extrême droite. Et celle, présentée comme plus libérale, de Valérie Pécresse, qui s’est toutefois positionnée très à droite au cours de cette campagne, notamment sur les questions d’immigration, de sécurité et de justice. Pour tenter d’y voir plus clair, Public Sénat s’est plongé dans les programmes des deux candidats : la vingtaine de pages du projet de Valérie Pécresse, et les 150 propositions « pour que la France reste la France » d’Éric Ciotti, afin d’en dégager quelques mesures phares.

Sur le plan économique

Valérie Pécresse promet une hausse des salaires de 10 % pour ceux qui gagnent moins de 3 000 euros par mois, en passant notamment par une baisse progressive des cotisations vieillesse. Elle souhaite que 10 % du capital des entreprises cotées en Bourse puissent être détenus par les salariés. Son programme porte également sur un retour aux 39 heures, mais les entreprises qui le souhaitent pourront, après accords, rester aux 35 heures. Elle se prononce pour une augmentation graduelle de l’âge de départ à la retraite, qu’elle veut voir passer « à 65 ans à l’horizon 2030 ».

Afin d’alléger les dépenses de l’État, Valérie Pécresse table sur la suppression de 200 000 postes de fonctionnaires. Elle évoque toutefois la création de 50 000 postes dans les domaines de la sécurité, de l’éducation et de la santé. Elle mise également sur la création d’un « comité de la hache », pour mettre en œuvre une simplification administrative d’envergure.

Éric Ciotti promet de réduire l’écart entre le brut et le net pour les salaires inférieurs à 3 000 euros, sans indiquer de quelle manière il compte y parvenir. À l’image de sa concurrente, il est favorable à la fin des 35 heures : les entreprises pourront « fixer elles-mêmes, par le dialogue social, le temps de travail qu’elles souhaitent appliquer ». Son programme ne donne pas de seuil limite. Il veut faire passer l’âge de départ à la retraite à 65 ans, et à 63 ans pour les carrières longues.

Le député des Alpes-Maritimes milite pour supprimer la dégressivité de l’impôt sur le revenu, qui sera remplacé par une flat-tax, c’est-à-dire une imposition unique de 15 %. Éric Ciotti promet de mettre fin aux droits de succession et de donation. « Je supprimerai ces impôts pour faire circuler le patrimoine plus facilement vers les générations qui en ont besoin », explique-t-il.

Des cinq candidats au Congrès LR, il est celui qui fixait le plus haut la barre de réduction des effectifs dans les services publics, avec 250 000 postes de fonctionnaires supprimés, en dehors des secteurs hospitaliers, policiers, judiciaires et de la défense.

Sur la sécurité et la justice

Valérie Pécresse est favorable au recours aux drones dans les manifestations – un dispositif initialement prévu dans la loi sécurité globale mais censuré en mai dernier par le Conseil constitutionnel –, ainsi qu’à l’utilisation de systèmes de reconnaissance faciale dans les transports en commun. Elle souhaite armer les polices municipales dans les communes de plus de 5 000 habitants. Elle réclame des peines plus sévères dans les territoires sous tension, et veut également mettre en place des peines plancher contre les atteintes aux forces de l’ordre et aux dépositaires de l’autorité publique. Pour régler le problème de l’engorgement de la justice, la candidate entend augmenter de 50 % le nombre de magistrats et porter d’ici à la fin de son quinquennat le budget annuel des tribunaux à 9 milliards d’euros.

Elle souhaite faire de la radicalisation un motif de licenciement dans le secteur privé comme dans le public. Elle veut également étendre l’incrimination « d’intelligence avec l’ennemi » aux personnes soupçonnées d’entente avec des réseaux terroristes, « pour pouvoir les juger et les mettre hors d’état de nuire avant qu’elles ne commettent un nouvel attentat ».

Éric Ciotti souhaite la création d’un « grand ministère de la sécurité intérieure », dont il confierait le pilotage au filloniste Bruno Retailleau, le président du groupe LR au Sénat, selon des déclarations faites jeudi, après le premier tour (Sollicité par Public Sénat, l’intéressé n’a pas souhaité réagir, ndlr). Favorable à la déchéance de nationalité, Éric Ciotti veut mettre en place une rétention de sûreté des personnes radicalisées qui, après une peine de prison, continuent d’être considérées comme dangereuses. Dans un entretien au Point, il est même allé jusqu’à évoquer la création d’un « Guantánamo à la française ». Il veut atteindre les 100 000 places de prison d’ici 2027, et propose, pour tenir cet objectif, d’installer des modules préfabriqués dans les cours des prisons. Il veut aussi obliger les détenus à participer à leurs frais d’incarcération.

Partisan d’une « immunité zéro », ce spécialiste des questions de sécurité prône une « certitude de la sanction ». Il cite le rétablissement des peines plancher pour les récidivistes, les agresseurs des forces de l’ordre et d’élus. 3 000 postes de magistrats et 3 000 postes d’assistants de justice seront créés sous son mandat. Le candidat déroule également une série de mesures contre le trafic de drogue. Il veut, par exemple, chasser les dealers de leurs logements sociaux.

Sur l’immigration

Éric Ciotti assume la théorie du grand remplacement, généralement invoquée à l’extrême droite de l’échiquier politique, et notamment reprise par Éric Zemmour. Afin de limiter les entrées sur le territoire, il souhaite instaurer des plafonds migratoires « au plus strict minimum », et conditionner le droit d’asile à l’absence de casier judiciaire. Pour le reste, un « permis migratoire à points » sera instauré, mais le candidat n’a donné que peu de précisions quant à son fonctionnement.

Éric Ciotti demande la mise en place de la double peine : c’est-à-dire l’expulsion automatique de tous les criminels et délinquants étrangers. Il veut remplacer le droit du sol par le droit du sang et abroger le regroupement familial. Autres mesures restrictives : la suspension de l’aide médicale d’État, « sauf urgence vitale », et la fin des aides sociales pour les étrangers présents depuis moins de six ans en France. Enfin, il propose une préférence nationale et communautaire européenne sur l’emploi et les logements sociaux.

Valérie Pécresse souhaite l’instauration par le Parlement de quotas annuels par métier et par pays. Une telle mesure nécessiterait une révision constitutionnelle. « Je suis la seule candidate à avoir rédigé un projet de loi constitutionnelle, immédiatement applicable après son adoption par référendum », fait-elle valoir dans son programme. Les demandes d’asile ne se feront plus en France, mais depuis le pays de départ. Elle veut suspendre la délivrance de visas pour les habitants de pays qui s’opposent au retour de leurs ressortissants clandestins. Comme Éric Ciotti, elle souhaite soumettre les prestations sociales accordées aux étrangers à une durée minimale de séjour sur le territoire, en l’occurrence cinq années de séjour régulier.

Si la candidate ne revient pas sur le droit du sol, elle souhaite toutefois en durcir les conditions par une « vérification de l’assimilation » des enfants nés en France de parents étrangers.

Sur les questions de société

Éric Ciotti souhaite voir rétablie la loi qui porte son nom, promulguée en 2011 mais abrogée deux ans plus tard, et qui supprime les allocations familiales aux parents d’enfants absentéistes. Il réclame la déconjugalisation de l’allocation aux adultes handicapés, une mesure devenue l’un des chevaux de bataille de la droite sous le quinquennat d’Emmanuel Macron, ainsi que son indexation sur l’inflation. Il est favorable au port de l’uniforme à l’école.

Valérie Pécresse propose la création d’une nouvelle allocation familiale, baptisée « prime à la natalité », de 900 euros versés chaque année aux parents d’un premier enfant, jusqu’aux 18 ans de ce dernier. Plus généralement, elle veut revaloriser les allocations familiales versées aux familles de deux à trois enfants. Les pensions alimentaires seront défiscalisées pour les parents seuls. Elle s’engage également à déconjugaliser l’allocation aux adultes handicapés.

La présidente de la région Île-de-France milite aussi pour « une stratégie de peuplement » via une limitation à 30 % du nombre de logements sociaux par quartier. Une mesure qui, selon elle, devrait « éradiquer en dix ans les ghettos ».

Sur l’écologie

Éric Ciotti souhaite une taxe contre les États qui ne suivent pas les mêmes normes environnementales que celles définies par l’UE. Il revendique un renforcement de la part du nucléaire dans la production d’électricité, avec la construction de six nouveaux EPR, alors que celui de Flamanville, dont le lancement était initialement prévu en 2012, n’entrera pas en service en 2023. Le député réclame également un moratoire sur l’éolien « qui défigure nos territoires. »

Valérie Pécresse veut elle aussi créer une taxe carbone aux frontières de l’UE. Elle souhaite qu’en 2035 plus aucun véhicule neuf ne fonctionne aux énergies fossiles. Concernant la décarbonation de l’énergie, la candidate mise sur le nucléaire, là aussi avec le lancement de six nouveaux EPR. Elle veut relancer le projet Astrid de réacteurs de quatrième génération, et le développement de petits réacteurs modulaires.

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