Loi de programmation énergie climat : des sénateurs dénoncent les « tergiversations » de l’exécutif

Crise énergétique, violences… Une enquête révèle la forte inquiétude des maires

Alors que démarre le congrès annuel de l’Association des maires de France, une enquête du Cevipof révèle les fortes préoccupations des élus confrontés à la crise énergétique, au durcissement des opinions politiques et à de la violence de leurs administrés.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Si en 2020, la gestion de la crise sanitaire était au centre des préoccupations des élus, en 2022, les sources d’inquiétudes ne manquent pas pour les édiles. C’est ce qui ressort de la nouvelle enquête réalisée par le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) pour l’Association des maires de France (AMF).Pour mémoire, la guerre en Ukraine a entraîné une hausse des prix du gaz et de l’électricité comprise entre 30 % et 300 % pour les communes. 35 % des maires interrogés se déclarent très préoccupés (42 % préoccupés) par le renchérissement des prix de l’énergie. En conséquence, 90 % d’entre eux envisagent de réduire l’intensité ou l’amplitude horaire des éclairages publics, 86 % évoquent la réduction du chauffage dans les installations sportives et 81 % veulent réduire le chauffage dans les bâtiments municipaux.

46 % des maires annoncent vouloir renoncer à mettre en œuvre les projets de transition énergétique

Cette hausse des prix pourrait impacter aussi durablement la politique de transition écologique du gouvernement. La Première ministre, Élisabeth Borne avait, dès le début de son mandat, promis création d’un « fonds vert » de 1,5 milliard d’euros, destiné à soutenir les collectivités territoriales face au défi de la transition écologique. Il devrait finalement être abondé de 2 milliards en 2023.Mais face aux difficultés financières, 46 % des maires annoncent vouloir renoncer à mettre en œuvre les projets de transition énergétique (38 % déclarent les maintenir et 16 % n’ont pas de tels projets).

« Près d’un maire sur deux observe un durcissement des opinions politiques »

Quarante ans après les lois de décentralisation portées par l’ancien ministre de l’Intérieur Gaston Defferre, les demandes en faveur des libertés locales sont de plus en plus prégnantes. Ils sont 45 % à soutenir une réforme institutionnelle leur donnant plus de libertés ou de compétences locales et 28 % à aller un peu plus loin que la situation actuelle. À l’inverse, seuls 5 % d’entre eux privilégient le statu quo et 9 % souhaitent une reprise en main par l’État central.Un autre sujet d’inquiétude est lié aux taux d’abstention historique aux dernières élections municipales, présidentielle et législatives. « Près d’un maire sur deux observe un durcissement des opinions politiques. La polarisation de l’espace politique en trois blocs (extrême-gauche, bloc central et extrême-droite) débouche sur une plus grande difficulté des citoyens aux opinions opposées à discuter entre eux. Ce durcissement, sans être la seule explication, va de pair avec le maintien à des niveaux élevés de violences physiques ou symboliques portées à l’endroit des maires », note Martial Foucault, professeur des universités à Sciences Po et directeur du CEVIPOF.

63 % reconnaissent subir des formes d’incivilité

Selon l’enquête les maires perçoivent ce durcissement des opinions politiques de leurs administrés majoritairement en raison de questions liées aux fractures territoriales (55 %), aux questions d’inégalités sociales (53 %), ou encore en lien avec le rejet de certains élus politiques (44 %).La semaine dernière, le Sénat a adopté à l’unanimité, en première lecture, avec le soutien du garde des Sceaux, une proposition de loi portée par Nathalie Delattre (RDSE) visant à permettre aux différentes associations d’élus de se constituer partie civile pour soutenir un élu victime d’agression.L’enquête relève enfin une nette progression des actes de violence (souvent symbolique mais parfois physique) à l’endroit des maires par rapport à 2020. Alors que 53 % des maires déclaraient avoir été victimes d’actes d’incivilités (impolitesse, agressivité…) en 2020, ils sont désormais 63 % à reconnaître subir de telles formes d’incivilité depuis qu’ils exercent la fonction de maire (+10 points en 2 ans). La même tendance se confirme pour les insultes ou injures puisque 37 % des maires déclarent en avoir été victimes (+ 8 points en 2 ans) et pour les menaces verbales ou écrites qui progressent de 11 points pour s’établir à 39 %. Et plus d’un maire sur quatre (27 %) fait l’objet d’attaques sur les réseaux sociaux ou internet.MéthodologieÀ partir du fichier des maires de l’AMF, une enquête comprenant 62 questions a été administrée en ligne par le Cevipof entre le 7 octobre et le 8 novembre 2022. Envoyée auprès de 34 950 maires, le taux de réponse s’établit à 10,5 % (soit 3 696 réponses complètes de maires) et 13,5 % si l’on tient compte des réponses incomplètes (soit 4 654 maires). La représentativité de l’enquête est assurée par une proportion équivalente de maires répondants dans chacune des strates de population des communes françaises (malgré un déficit de répondants parmi les communes de plus de 30 000 habitants). L’enquête réalisée par Martial Foucault comportait quatre volets ayant trait à l’environnement de travail du maire, aux relations entre l’État et les communes, la gestion de la crise énergétique et les crispations.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

FRA – BOOK – CONSENTEMENT
2min

Politique

Crise chez Grasset : la sénatrice Sylvie Robert (PS) propose de créer une clause de conscience pour les auteurs

Alors que plus de 150 écrivains annoncent quitter la maison d’édition Grasset pour protester contre le renvoi du PDG Olivier Nora, la sénatrice socialiste Sylvie Robert propose une « loi d’urgence » pour « protéger les auteurs ». Le but : permettre aux auteurs d’activer une clause de conscience en cas de changement radical de la ligne éditoriale de leur éditeur.

Le

FRA – ELECTIONS MUNICIPALES – LR RETAILLEAU
10min

Politique

« Il faut qu’il abatte son jeu et rentre sur le terrain » : Bruno Retailleau pourrait être candidat officiel des LR pour 2027 dès dimanche

Les militants LR sont appelés à choisir le mode de désignation de leur candidat ce week-end. Mais entre primaire fermée, primaire semi-ouverte et président du parti propulsé candidat, c’est la troisième option qui tient la corde. De quoi permettre au président des LR de lancer le second étage de la fusée et dévoiler son programme « de rupture ». Un meeting est en préparation avant l’été. Il pourrait se faire au Parc floral de Paris, le 20 juin.

Le

Crise énergétique, violences… Une enquête révèle la forte inquiétude des maires
4min

Politique

Loi-cadre sur les transports : « Nous allons donner des moyens supplémentaires pour investir dans les transports », promet le ministre Philippe Tabarot

Alors que le projet de loi-cadre sur les transports est examiné en séance au Sénat, Philippe Tabarot a égrené les grandes lignes de « son » texte, jeudi 16 avril, au micro de Public Sénat. Le ministre des transports veut assurer la pérennité des financements du secteur, notamment via les recettes des péages autoroutiers et un nouveau contrat avec SNCF Réseau.

Le

Marine Le Pen and Jordan Bardella Hold Campaign Rally in Chalons-en-Champagne
6min

Politique

Présidentielle : « Une inclinaison libérale plus prononcée au RN, incarnée par Jordan Bardella, ne sera pas forcément de nature à rebuter son électorat »

Jeudi et vendredi, les cadres du RN se retrouvent dans un lieu secret pour « un séminaire présidentiel ». Le parti, qui est toujours suspendu à la décision de la Cour d’appel sur l’inéligibilité de Marine Le Pen, n’est pas encore tout à fait en ordre de marche. Au fil des mois, Jordan Bardella semble s’éloigner de la ligne souverainiste et étatiste prônée lors des précédentes campagnes présidentielles. Faut-il y voir un antagonisme ou une manière d'accéder à un dernier territoire de conquête électorale ?

Le