Déconfinement : les sénateurs mitigés sur le fond et critiques sur « l’omniprésence » de Macron
Le président de la République a dévoilé ce mardi soir un allègement des restrictions avant les vacances de fin d’année. Les sénateurs saluent des mesures qui vont dans le « bon sens », mais regrettent la forme adoptée.

Déconfinement : les sénateurs mitigés sur le fond et critiques sur « l’omniprésence » de Macron

Le président de la République a dévoilé ce mardi soir un allègement des restrictions avant les vacances de fin d’année. Les sénateurs saluent des mesures qui vont dans le « bon sens », mais regrettent la forme adoptée.
Public Sénat

Par Pierre Maurer

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« Le retour à la normale ne sera pas pour demain ». De l’aveu d’Emmanuel Macron, le deuxième déconfinement n’aura pas lieu. Du moins, pas de la même manière que celui de mai dernier. Le président de la République s’est adressé de nouveau aux Français ce mardi soir pour desserrer un peu l’étreinte du confinement, alors que le pays espérait une bouffée d’air à l’approche des fêtes de Noël. Les quatre semaines de confinement ont permis de « freiner » la circulation du virus cet automne et de franchir le pic épidémique de la deuxième vague a insisté Emmanuel Macron, même si la France a passé la barre des 50 000 décès liés au coronavirus.

Les sénateurs saluent pour la plupart les annonces d’allègement, mais fustigent la forme, pas à la « hauteur d’un président de la République », et les incertitudes qui demeurent. Le président du groupe Socialiste, Écologiste et Républicain (SER), Patrick Kanner, balance « entre un discours de père de la nation et celui d’un maître d’école parlant à des petits Français transformés en écoliers », quand le président du groupe Union Centriste, Hervé Marseille, est frappé par un discours « d’homme à tout faire de la République ». Tous deux fustigent la forme empruntée par Emmanuel Macron. « Il y a des détails qui ne sont pas du niveau du président de la République », estime le socialiste. « Je suis frappé par l’omniprésence du président qui devrait fixer le cap. Là on a l’impression qu’il n’y a pas de gouvernement », renchérit le centriste, qui juge tout de même que ces annonces vont « dans le bon sens ». « Il y a une adaptation de plus en plus souple ».

Le cadre général des annonces était déjà connu et filtrait depuis plusieurs jours dans la presse. Les présidents de groupe au Sénat avaient quant à eux eu un avant-goût des nouvelles mesures vendredi soir dernier lors d’une réunion à Matignon avec le Premier ministre. Le détail des annonces a été arrêté ce matin en conseil de défense. L’allègement des contraintes se fera donc en trois phases : le samedi 28 novembre au matin, le confinement sera maintenu mais l’attestation permettra de se déplacer à 20 km du domicile, au lieu de 1, et pendant trois heures au lieu d’une. Tous les commerces dits « non essentiels » comme les librairies ou les boutiques de vêtements, rouvriront jusqu’à 21h00. Avec, à la clé, « des protocoles sanitaires stricts ». Ce que salue la présidente les Républicains de la commission des Affaires économiques du Sénat, Sophie Primas. « Je suis satisfaite pour le commerce et le surplus de liberté pour bouger », réagit-elle. La réouverture des lieux de culte sera aussi effective ce week-end mais avec une jauge de 30 personnes maximum.

Puis le 15 décembre, le confinement sera levé si la situation sanitaire continue à s’améliorer et sera remplacé par un couvre-feu national de 21 heures à 7 heures, avec une exception pour les soirées du 24 et du 31 décembre où la circulation sera libre. Une exception nécessaire et « essentielle » afin d’amoindrir « la déprime généralisée », affirme Sophie Primas. Patrick Kanner a lui été « agacé » par les consignes données par Emmanuel Macron aux Français sur la bonne façon de fêter Noël en famille. « La tendance autoritaire et infantilisante de son gouvernement se confirme dans son discours », cingle-t-il. Il raille également le manque de « transparence des décisions prises en conseil de défense », alors qu’Emmanuel Macron a insisté sur le caractère « transparent » de ses annonces. Les cinémas, théâtres et musées pourront également rouvrir le 15 décembre mais les rassemblements et les événements festifs resteront prohibés. Mais, a averti Emmanuel Macron « il me semble impossible d’envisager une ouverture pour les fêtes » des stations de ski. Ce que regrette vivement le sénateur centriste de Haute-Savoie, Loïc Hervé. « Sur les stations de ski, dire que c’est fichu pour Noël alors qu’il y a une concertation en cours… », désespère-t-il.

Inquiétudes persistantes pour les restaurateurs

Enfin, la troisième phase d’évolution du dispositif interviendra le 20 janvier 2021. « Nous pourrons alors prendre de nouvelles décisions d’ouverture. Les salles de sport et les restaurants pourront rouvrir si le seuil de contamination reste sous la barre des 5000 personnes par jour », a promis Emmanuel Macron. Aucune date n’est en revanche fixée pour les bars et les discothèques. « Pour les restaurants se posera la question de la rapidité de mise en œuvre de l’indemnisation des établissements, mais aussi de leurs fournisseurs et prestataires. L’impact sur l’agriculture est très important sur certaines filières… », alerte Sophie Primas. Le chef de l’Etat a annoncé que les bars, restaurants et salles de sport pourront bénéficier d’aides complémentaires, allant jusqu’à 20 % de leur chiffre d’affaires si ce montant dépasse les 10.000 euros que peut au maximum verser le fonds de solidarité pour les entreprises. « Je suis très inquiet par la lenteur du redémarrage des choses. Je pense aux cafetiers, restaurateurs. Leur donner la perspective d’une réouverture dans deux mois si tout va bien… C’est vraiment encore leur demander des efforts », déplore Loïc Hervé. « Il y a encore beaucoup d’hypothèques sur l’avenir de ces professions », juge Hervé Marseille. Patrick Kanner, lui, ne comprend tout simplement pas « l’enjeu scientifique » de la fermeture des restaurants. « Leur sort est terrible. Des milliers d’emplois sont menacés », répète-t-il. Et en direction des jeunes, les annonces présidentielles lui paraissent insuffisantes. « Il y a des angles morts nous avait alerté Jean Castex la semaine dernière ». Il promet que le groupe socialiste déposera une proposition de loi en leur faveur.

Organiser au plus vite la logistique de vaccination

Le chef de l’Etat a par ailleurs souhaité que le gouvernement et le Parlement prévoient « les conditions pour s’assurer de l’isolement des personnes contaminées, y compris de manière plus contraignante ». « Un vrai débat démocratique doit se tenir », selon lui. « Des débats au parlement auraient dû avoir lieu avant », rétorque Hervé Marseille. Enfin, la vaccination, qui ne sera pas obligatoire, pourra démarrer « fin décembre début janvier » pour « les personnes les plus fragiles », a indiqué Emmanuel Macron. La France a, avec l’Union européenne « sécurisé le nombre de doses » nécessaires, a-t-il assuré, soit environ 90 millions de doses. Hervé Marseille prévient : « il va désormais falloir s’atteler à l’organisation de la vaccination ». « Il faut la recommander le plus possible », ajoute Patrick Kanner. « Le confinement a porté ses effets, c’est tant mieux. Mais cette série de trois étapes… Je ne suis pas sûr que tous les Français comprennent », conclut-il.

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