Déficit : qu’est-ce que la règle européenne des 3 % ?
Pour ne pas « désobéir à l’Europe », faudra-t-il revenir dans les clous des 3 % de déficit dès l’année prochaine comme l’affirme Jean-Luc Mélenchon ? Décryptage avec nos partenaires Les Surligneurs.

Déficit : qu’est-ce que la règle européenne des 3 % ?

Pour ne pas « désobéir à l’Europe », faudra-t-il revenir dans les clous des 3 % de déficit dès l’année prochaine comme l’affirme Jean-Luc Mélenchon ? Décryptage avec nos partenaires Les Surligneurs.
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Jean-Luc Mélenchon, le leader de la Nouvelle union populaire écologique et sociale, a, avec beaucoup d’ironie, rappelé à Clément Beaune, Secrétaire d’État chargé des Affaires européennes qui critiquait la volonté de la gauche de vouloir désobéir à l’Europe, la nécessité de respecter la règle des 3 % de déficit public. Sans quoi, il y aurait désobéissance de la part de la majorité au pouvoir.

Il estime que la France et plus généralement « tout le monde désobéit déjà » notamment sur les règles de discipline budgétaire. Mais Jean-Luc Mélenchon confond dérogation accordée aux États et désobéissance. La différence ? L’une est légale, l’autre non.

Le Pacte de stabilité et de croissance contient la règle des 3 %

En période normale, et afin notamment de ne pas déstabiliser l’euro, les États membres de l’Union européenne doivent respecter les critères du Pacte de stabilité et de croissance, dont l’objectif est d’assurer la stabilité des prix et la croissance économique.

Pour ce faire, un arsenal de règles a été adopté, parmi lesquelles la « règle des 3 % », c’est-à-dire l’exigence pour un État membre de maintenir son déficit public annuel à moins de 3 % de son PIB.

Jean-Luc Mélenchon en déduit que la France devrait « revenir dans le prochain budget » dans les clous si la France ne veut pas désobéir à l’Union européenne.

Le message de La France insoumise semble clair : « Ne nous reprochez pas de vouloir désobéir, alors que vous le faites vous-mêmes ».

La règle des 3 % de déficit est actuellement suspendue

Mais Jean-Luc Mélenchon ignore ou feint d'ignorer un élément important : la pandémie de covid-19. Depuis 2020 et jusqu’au 1er janvier 2023, une clause dérogatoire générale a été activée par l’Union européenne, qui donne aux États membres plus de souplesse.

Les règles de discipline budgétaire telles que l’exigence de maintenir son déficit en dessous de 3 % du PIB sont en ce moment partiellement suspendues pour permettre aux États membres de consolider leurs économies.

Et quand bien même cette clause dérogatoire générale n’aurait pas été activée, les traités européens prévoient que les États puissent avoir la possibilité de creuser leur déficit au-delà de 3 %, tant que cela est temporaire.

Signalons en outre que le Pacte de stabilité et de croissance fait l’objet de réflexions en vue d’un assouplissement. On ne saurait trop conseiller à Jean-Luc Mélenchon de s’inscrire, pour respecter l’État de droit, dans cette réflexion européenne. Cela tombe bien, La France insoumise dispose de députés au Parlement européen bien placés pour y participer.

 

» Voir aussi l’interview de Sandrine Rousseau sur la désobéissance européenne

Partager cet article

Dans la même thématique

Déficit : qu’est-ce que la règle européenne des 3 % ?
6min

Politique

Breturn : « La porte est ouverte, ils n'ont qu'à revenir ! » lance cet eurodéputé espagnol

Alors que la présidente de la Commission a annoncé vouloir faire du Canada le premier « membre associé » de l’UE, les 27 s’interrogent : faut-il créer un nouveau statut ? Cette piste est aussi explorée dans le cas de la Grande-Bretagne qui exprime ses regrets et son envie de se rapprocher de l’Union, dix ans après le référendum sur le Brexit. Alors faut-il que l’Europe s’ouvre et jusqu’où ? On en débat dans Ici l’Europe avec les eurodéputés Nicolas Bay (France, ECR) et Javier Moreno Sanchez (Espagne, S&D).

Le

FRA – VOEUX DU CONSEIL CONSTITUTIONNEL
11min

Politique

Marine Le Pen demande la démission de Richard Ferrand : le président du Conseil constitutionnel est-il vraiment sorti de sa réserve ?

Les parlementaires du RN et de l’UDR ont saisi le Conseil constitutionnel pour demander la « démission d'office » de son président, Richard Ferrand. Celui-ci a estimé publiquement que la révision de la Constitution proposée par Marine Le Pen n’était pas faisable. Interrogés par Public Sénat, plusieurs constitutionnalistes considèrent qu’il a pris parti sur une question de droit toujours en suspens depuis plus de soixante ans. D’autres, comme Dominique Rousseau et Benjamin Morel, dénoncent une tentative de déstabilisation de la part de l’extrême droite, contre une institution susceptible de jouer les garde-fous face à l’application du programme du RN.

Le

France, Perpignan, October 13, 2026: High school and university students demonstrate with trade union support
7min

Politique

Vote à 16 ans : la jeunesse doit-elle avoir son mot à dire dans les urnes ?

Comme d’autres avant lui, Jean-Luc Mélenchon veut ouvrir les urnes aux lycéens, alors que les mobilisations de la jeunesse se multiplient. Raphaël Glucksmann et Marine Tondelier défendent aussi la mesure. Pourtant, malgré des retours réguliers dans le débat présidentiel, le vote à 16 ans reste lettre morte. Plusieurs universitaires analysent les résistances à cette réforme et ses effets possibles sur la participation politique.

Le