Didier Migaud, le sérieux budgétaire en bandoulière
Nommé par la droite mais n'épargnant aucune majorité: en près de dix ans à la tête de la Cour des comptes, l'ex-député socialiste...

Didier Migaud, le sérieux budgétaire en bandoulière

Nommé par la droite mais n'épargnant aucune majorité: en près de dix ans à la tête de la Cour des comptes, l'ex-député socialiste...
Public Sénat

Par Marie HEUCLIN

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Nommé par la droite mais n'épargnant aucune majorité: en près de dix ans à la tête de la Cour des comptes, l'ex-député socialiste Didier Migaud s'est fait le chantre de la rigueur budgétaire tout en rendant plus visibles les travaux de l'institution.

Proposé par l'Elysée pour prendre la tête de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), Didier Migaud va quitter les "Sages" de la rue Cambon un peu plus d'un an avant d'avoir atteint la limite d'âge de 69 ans qui l'aurait contraint de toute façon à céder ses fonctions en juin 2021.

Installé en 2010 par Nicolas Sarkozy comme premier président de la Cour des Comptes, il a succédé à l'emblématique Philippe Séguin. Bien plus mesuré que son flamboyant prédécesseur, il n'a cependant pas mâché ses mots pour critiquer le laxisme budgétaire des différents gouvernements et des collectivités locales.

Jusqu'à dénoncer par exemple le manque de "sincérité" du dernier budget du mandat de François Hollande, suscitant l'ire du ministre des Finances d'alors, Michel Sapin.

"Notre pays doit cesser de s'abandonner à l'un de ses travers: celui de toujours reporter à plus tard les efforts à fournir" sur la dette et le déficit, soulignait-il pour la énième fois devant la presse en juin dernier.

Présidant également le Haut conseil pour les finances publiques, qui évalue les lois de finances, "il a bien manoeuvré pour faire en sorte que l'autorité et la crédibilité de la Cour soient renforcées sur ces sujets", note un conseiller maître au sein de l'institution, souhaitant garder l'anonymat.

Didier Migaud a aussi "très bien compris l'esprit de la maison", notamment l'importance de la collégialité, ajoute ce même conseiller maître. Ce qui ne l'a pas empêché de poursuivre la politique de modernisation de l'institution, notamment la suppression de plusieurs chambres régionales des comptes.

Surtout, il a impulsé un mouvement de transparence, en augmentant considérablement le nombre de rapports et référés rendus publics. Nucléaire, gestion de la SNCF ou d'EDF, sécurité sociale, forces de sécurité...: nombreux sont les rapports de la Cour ayant suscité le débat dans la classe politique et le monde économique.

- jamais ministre -

Avant cette carrière nationale, le parcours politique de Didier Migaud débute dans l'Isère dans les années 1980. Il y est élu député en 1988, un mandat qu'il conservera sans interruption jusqu'en 2010, mais aussi maire de Seyssins et président de la communauté d'a0gglomération de Grenoble.

Proche de Laurent Fabius, spécialiste des arcanes budgétaires et figure respectée de l'Assemblée nationale, il préside à partir de 2007 la prestigieuse commission des Finances, en vertu d'une promesse de campagne de Nicolas Sarkozy d'attribuer cette fonction à un élu de l'opposition.

L'homme, tout en mesure, a su tenir l'équilibre entre son rôle institutionnel et ses critiques constantes contre la politique économique de Nicolas Sarkozy, le tout dans un style austère, teinté d'ironie, qu'il a conservé rue Cambon.

"Il a été un président de commission au sens anglais de +chairman+, capable de bien organiser les débats. Il n'a jamais trahi ses idées et ses convictions. Il a su concilier les deux", témoignait lors de sa nomination à la Cour le rapporteur général du Budget d'alors Gilles Carrez (Les Républicains).

Manque toutefois dans son parcours un poste de ministre. Lionel Jospin, premier ministre entre 1997 et 2002, ne le nomme pas au Budget, mais il sera finalement rapporteur général du Budget à l'Assemblée et "père" de la Lolf (loi organique, nouvelle architecture des lois de finances) avec le sénateur de droite Alain Lambert.

Avant sa nomination à la HATVP, son nom avait déjà circulé début 2019 pour siéger au Conseil constitutionnel. Finalement c'est Alain Juppé qui avait été choisi.

A la HATVP, il pourra encore distribuer bons et mauvais points, cette fois sur la probité des responsables publics. Il a promis mercredi, dans un message aux personnels de la Cour, d'y mettre "la même impartialité et la même indépendance" que rue Cambon.

Partager cet article

Dans la même thématique

6min

Politique

Municipales 2026 : les prisons privées du vote par correspondance

Conformément à la loi promulguée en juillet 2025, les détenus ne pourront plus voter par correspondance aux scrutins locaux, dans le souci d’éviter toute distorsion électorale. Au mois de mars, les municipales seront les premières élections concernées par ce changement.

Le

image prétexte écran ordinateur
5min

Politique

 « Où va ma France ? » : Guillaume Gontard, président du groupe écologiste au Sénat, juge l’initiative « totalement scandaleuse et illégale ».

La députée écologiste Sabrina Sebaihi a dénoncé, lundi 5 janvier sur le réseau social X, le site « Où va ma France ? », qu’elle accuse de constituer un « fichage dangereux ». La plateforme cartographiant mosquées, quartiers dits « sensibles » et hébergements pour migrants, fait désormais l’objet de plusieurs saisines judiciaires.

Le

Le Senat, Paris.
5min

Politique

Fin de vie : « Un référendum sur le texte inopérant du Sénat, n’aurait pas de sens », considère Olivier Falorni

Cette semaine, la commission des affaires sociales du Sénat a restreint la portée de la proposition de loi établissant « un droit à l’aide à mourir », le remplaçant par une « assistance médicale à mourir ». L’auteur de la proposition de loi, le député Olivier Falorni, juge la version du Sénat « inopérante » et espère « un dernier mot » de l’Assemblée avant l’été. Le chef de l’Etat a rappelé qu’il était prêt à aller au référendum si la navette parlementaire était interrompue.

Le