Economie : pourquoi la France résiste mieux que ses voisins européens ?

La croissance allemande est en berne, l’inflation s’envole au Royaume-Uni mais la France, elle, semble tirer son épingle du jeu. Chômage en baisse, croissance en hausse, tous les indicateurs sont au vert. Deux économistes nous expliquent pourquoi.
Public Sénat

Par Samia Dechir

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

C’est un chiffre qui a dû redonner le sourire à Bercy en plein marathon législatif pour l’adoption du projet de loi pouvoir d’achat. Au deuxième trimestre, la croissance française est meilleure que prévue : le PIB a progressé de 0,5%, c’est plus que les 0,2% attendus par la Banque de France. Une « victoire de l’économie française » pour Bruno Le Maire. A l’issue du dernier Conseil des ministres avant les vacances,  ce vendredi, il a affiché sa confiance dans la capacité du pays à atteindre l’objectif de 2,5% de croissance en 2022. Sur la même période, la croissance allemande a stagné, et les Etats-Unis frôlent désormais la récession.

Bruno Le Maire : « Nous ferons les 2,5% de croissance en 2022 »
00:25

Des « performances inespérées »

Autre bonne nouvelle sur le front économique : le chômage a reculé de 0,8% au deuxième trimestre. Seule ombre au tableau, l’inflation progresse - 6,1% en juillet sur un an - mais reste bien dessous de la moyenne de la zone euro à 8,9%. « L’économie Française résiste bien, on a des performances relativement inespérées sur l’emploi. Jusqu’à présent, la France a fait les bons choix » reconnaît Henri Sterdyniak. « On a limité l’inflation grâce au blocage des prix de l’électricité et du gaz, et du soutien massif apporté aux entreprises en 2020 et 2021 » rajoute le co-fondateur des Economistes Atterrés, association pourtant critique de la politique d’Emmanuel Macron.

Les vertus du « quoiqu’il en coûte »

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, l’Etat français a débloqué 41 milliards d’euros d’aide aux entreprises à travers le Fonds de solidarité. « Le "quoiqu’il en coûte" a permis de préserver l’outil industriel. De ce point de vue-là, c’est un succès » juge également Jean-Dominique Giuliani. Le Président de la Fondation Robert Schuman (think-tank libéral) en veut pour preuve la comparaison entre Air France-KLM et la Lufthansa. Au deuxième trimestre, l’entreprise franco-néerlandaise a dégagé un bénéfice de 324 millions d’euros, premier résultat positif depuis 2019. Un contraste avec la compagnie aérienne allemande. « Lufthansa a licencié à tour de bras pendant la crise (…) et a annulé 3 000 vols cet été » rappelle l’économiste.

Un automne à risques

La France finira-t-elle par être rattrapée par la crise qui semble s’installer chez ses voisins ? « Il ne faut jamais se réjouir trop vite » prévient Jean-Dominique Giuliani. A terme, il craint un effet à retardement de la politique du « quoiqu’il en coûte ». « Dans la restauration, beaucoup ferment parce qu’ils ne trouvent plus de personnel qui a pris l’habitude d’être payé sans travailler. Ça peut remettre en cause la croissance à l’automne ». Henri Sterdyniak se montre plus optimiste. « Tout dépend de l’évolution du prix de l’énergie. S’il y a un blocage des importations de gaz russe, ça aura un impact sur l’Allemagne et l’Autriche, et la France en subira le contre-coup. Mais le plus probable, c’est qu’on aura une croissance modérée qui nous permettra de limiter la croissance du chômage ».

Partager cet article

Dans la même thématique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027
7min

Politique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027

Les groupes engagés dans l’ancien socle commun attendent que le gouvernement sorte du bois, s’agissant des pistes pour les prochains textes budgétaires. Cette année, ils n’ont pas adressé de propositions précises au gouvernement mais des grandes orientations, laissant à Matignon le point de départ des discussions. Alors que l’équation budgétaire se complique avec le ralentissement de la croissance, les rapporteurs généraux craignent le pire dans les prochains mois.

Le

Illustration in India.
2min

Politique

Cabinet de conseils : le parquet national financier annonce une saisie de 65 millions d’euros dans l’enquête pour fraude fiscale autour de McKinsey

Le parquet national financier a annoncé vendredi la saisie, avec la justice belge, d’une somme de 65 millions d’euros dans le cadre de l’enquête pour blanchiment aggravé de fraude fiscale autour du cabinet de conseil McKinsey. L’enquête avait été ouverte en mars 2022 dans le prolongement de la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017.

Le

FRA – GARCHES – HOPITAL RAYMOND-POINCARRE – PMR
6min

Politique

Fauteuils roulants, prestations sociales, école inclusive, accessibilité : quel est le bilan d’Emmanuel Macron en matière de handicap ?

Après deux quinquennats, la situation pour les personnes handicapées est mitigée. Des progrès sont là, avec le remboursement des fauteuils roulants, une hausse des aides sociales ou une présence accrue des élèves en situation de handicap à l’école. Mais les difficultés d’emploi, le manque de places dans le secteur médico-social ou des problèmes d’accessibilité rendent encore la vie des personnes handicapées difficile.

Le

Drought severely weakens maize crops. A lack of rainfall and high temperatures cause water stress, which can slow plant growth and reduce yields. Faced with these weather conditions, farmers must adapt their practices and optimize water use to safeguard th
7min

Politique

Plan d'aide d'1 milliard pour les agriculteurs : « Le gouvernement doit sortir de la perpétuelle urgence », demande Guillaume Gontard

Après un été de canicules, d'incendies et de sécheresse exceptionnels, le gouvernement a annoncé vendredi plus d'1 milliard d'euros d'aides d'urgence pour soutenir une agriculture française durement éprouvée. Insuffisant pour les syndicats qui réclament au moins le double. Le président du groupe écologiste du Sénat, Guillaume Gontard, demande au gouvernement une réponse structurelle à une crise systémique qui passe par une réduction des émissions et l'adaptation au climat.

Le