Elections régionales : dans les Pays de la Loire, la gauche rêve de reconquête
Duel très serré en perspective du second du tour des élections régionales en Pays de la Loire. Au coude à coude avec la droite, la gauche caresse l’espoir de reprendre cette région perdue en 2015.

Elections régionales : dans les Pays de la Loire, la gauche rêve de reconquête

Duel très serré en perspective du second du tour des élections régionales en Pays de la Loire. Au coude à coude avec la droite, la gauche caresse l’espoir de reprendre cette région perdue en 2015.
Public Sénat

Par Samia Dechir et Sandra Cerqueira

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Devant la gare d’Angers, Matthieu Orphelin distribue ses tracts aux voyageurs pressés. « Allez voter dimanche » lance celui qui incarne désormais l’union de la gauche dans la région. Au premier tour, sa liste écologiste, alliée à la France insoumise, a obtenu 18,7 % des voix. Celle de l’ancien ministre socialiste Guillaume Garot a rassemblé 16,3 % des suffrages. Désormais, leurs deux listes n’en forment plus qu’une, qui pèse 35 % des voix.

 

Laboratoire d’union pour la présidentielle

 

Cette alliance, prévue dès avant le premier tour, rassemble désormais une vingtaine de formations. Grâce à cette large union, la gauche espère mobiliser les abstentionnistes pour élargir son socle. « Beaucoup de gens m’ont dit ‘ce que vous avez fait là, on veut que ce soit fait en 2022’ » raconte Matthieu Orphelin. « C’est le laboratoire ici en Pays de la Loire, on a ce vent d’optimisme, on va gagner. Ça va être très court la victoire, peut-être 1000, 2000 voix » prédit le candidat. La bataille s’annonce en effet très serrée. Alors les états-majors parisiens envoient des renforts : Yannick Jadot, Eric Piolle ou encore Olivier Faure sont venus s’afficher à ses côtés. La gauche veut faire de cette région une victoire symbolique face à la « droite dure » dénoncée à longueur de meetings.

 

« On ne veut pas des vegans à la région »

 

Christelle Morançais dirige les Pays de la Loire depuis 2017, quand Bruno Retailleau, patron des sénateurs de droite, lui a remis les clés de la région qu’il avait conquise deux ans plus tôt. Au premier tour, la présidente sortante est arrivée en tête, avec 34,3 % des voix. Mais cette large avance n’est plus si confortable face aux 35 % d’une gauche désormais rassemblée. Plus le match est serré, plus on tape fort sur le camp d’en face.

« On se bat pour éviter que des vegans soient élus à l’hôtel de région, et donc on a besoin que tout le monde se mobilise », lance Christophe Béchu, devant le stand d’une boucherie chevaline. Dans les allées d’un marché du centre-ville d’Angers, le maire de la ville s’affiche aux côtés de la présidente sortante pour la présenter à tous les habitants qu’il croise. Homme de droite proche d’Emmanuel Macron, il n’est pas vraiment sur la même ligne que Christelle Morançais, mais il a décidé de lui apporter son soutien au second tour. Un ralliement tardif, dicté par la menace d’une gauche soudée dans le camp d’en face. Christelle Morançais, elle, a choisi de ne pas faire d’alliance au second tour. Le seul choix cohérent aux yeux de la présidente sortante. « Aujourd’hui il y a très clairement deux visions pour la région. Celle que je porte, d’une région qui rassemble, et une autre vision portée par l’extrême gauche qui casserait notre économie », lance la candidate. Dans ce duel très ouvert, aucun des deux camps ne dispose d’un réel réservoir de voix pour le second tour. Car outre le duel droite gauche/ gauche, deux autres candidats se maintiennent.

 

Bataille des outsiders

 

Candidat de la majorité présidentielle, François de Rugy a tendu la main à la gauche et à la droite. Mais personne n’a accepté son offre d’alliance. L’ancien président de l’Assemblée nationale n’a pas caché sa déception d’avoir obtenu un peu moins de 12 % des voix au premier tour. Mais pas question de se renoncer. « Il n’y a jamais eu de suspens sur le fait que je maintienne ma liste. Je ne comprends même pas que Monsieur Jacob [Christian], président du parti Les Républicains, puisse demander à des listes qui sont qualifiées pour le second tour, de se retirer pour un soi-disant front républicain, alors que lui-même est contre, quand il s’agit d’être face au Rassemblement National. J’y vois en revanche le signe que le parti Les Républicains, dont Mme Morançais est vice-présidente, ne conçoit la vie politique qu’avec deux blocs : un bloc de droite, et un bloc de gauche ».

Fidèle à la devise macroniste, François de Rugy se veut le candidat de l’alternative au traditionnel clivage droite gauche, et espère placer un maximum d’élus pour peser au conseil régional des Pays de la Loire. « Nous souhaitons qu’il y ait une force centrale, d’équilibre, et c’est la majorité présidentielle d’Emmanuel Macron qui peut l’incarner dans la région pendant les années qui viennent ».

 

Chèque en blanc

 

Hervé Juvin non plus ne jette pas l’éponge, malgré un score décevant de 12,5 % des voix au premier tour. Pour tenter de regonfler son score, le candidat du Rassemblement National mise sur les abstentionnistes, dans une région où près de 70 % des électeurs ne se sont pas déplacés dimanche 20 juin. « Je renouvelle mon appel à voter, ça compte », lance Hervé Juvin devant les caméras dans le centre d’Angers. « Ne pas voter, c’est donner un chèque en blanc au pouvoir en place […], donc dimanche prochain, votez, il y va de notre démocratie, et de vos conditions concrètes de vie », prévient le candidat d’extrême droite.

Mais quel que soit le nombre d’abstentionnistes qui se remobiliseront au second tour, les deux outsiders sont trop loin derrière les grands favoris de cette bataille. En Pays de la Loire, le vrai match de cette quadrangulaire se jouera entre la gauche et la droite. Mais des incidents sont venus brouiller la fin de la campagne, qui s’avère très tendue. Mercredi, la tête de liste écologiste qui s’était plaint d’avoir été victime de propos homophobes par des militants LR, a échangé vivement avec la tête de liste LR avant un débat sur Télénantes. Débat qui a été annulé suite à cette dispute.

Partager cet article

Dans la même thématique

Glucksmann
6min

Politique

Le sénateur Place Publique Bernard Jomier appelle à créer « un intergroupe » rassemblant les pro-Glucksmann au Sénat

« Il va y avoir un travail en commun des sénateurs qui soutiennent Raphaël Glucksmann », soutient le sénateur de Paris, après la victoire écrasante de Raphaël Glucksmann à la primaire de la gauche sociale-démocrate. Il tend notamment « la main » aux sénateurs écologistes, qu’il a rejoints. Mais du côté du groupe PS, l’initiative laisse pour l’heure plus dubitatif.

Le

Bram: Raphael Glucksmann at Les Rencontres de la Gauche
8min

Politique

Présidentielle : de quels moyens va bénéficier Raphaël Glucksmann, désormais candidat du PS, pour faire campagne ?

Officiellement investi pour la campagne présidentielle, Raphaël Glucksmann va pouvoir bénéficier de l’expertise technique et militante du Parti socialiste pour la course à l’Elysée. Du fait de son poids politique, le parti à la rose devrait également être le premier contributeur financier de sa campagne. Le Canard enchaîné évoque un plafond à 2,4 millions d’euros, loin toutefois de ce qui avait été déboursé pour Anne Hidalgo ou Benoît Hamon.

Le

Paris: Weekly session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Modernisation de la radio : la proposition de loi de Laurent Lafon pour assouplir la réglementation et soutenir le secteur

Déposée le 16 juin 2026 à l’initiative du sénateur Laurent Lafon, la proposition de loi relative à la modernisation de la radio sera débattue demain en séance publique. Adoptée largement par la Commission de la culture le 7 octobre 2026 et soutenue par les acteurs de la radio, la proposition de loi vise à assouplir la règlementation et favoriser le développement de la radio numérique terrestre dans un contexte de relatif déclin de la radio française.

Le

Paris Students and Police face to face
6min

Politique

Mobilisation lycéenne : le recours aux gardes à vue est-il justifié ?

Depuis le début du mouvement, 6 877 personnes ont été placées en garde à vue, dont une très grande majorité de mineurs. Une mesure de contrainte injustifiée selon plusieurs avocats, qui y voient plutôt une volonté de la part des forces de l’ordre de sanctionner les manifestants.

Le