En Nouvelle-Calédonie, « l’or vert » a perdu de son éclat
Il y a 20 ans, le nickel était au centre de la revendication indépendantiste lors de la négociation de l'accord de Nouméa. A l...

En Nouvelle-Calédonie, « l’or vert » a perdu de son éclat

Il y a 20 ans, le nickel était au centre de la revendication indépendantiste lors de la négociation de l'accord de Nouméa. A l...
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Par Claudine WERY

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Il y a 20 ans, le nickel était au centre de la revendication indépendantiste lors de la négociation de l'accord de Nouméa. A l'approche du référendum sur l'indépendance, le 4 novembre, "l'or vert", en profonde crise, est peu présent dans le débat.

Il fut au coeur de l'accord de Nouméa de 1998, destiné notamment à "rééquilibrer" les richesses de l'archipel en faveur des Kanak après des années de tensions : elles avaient culminé en 1988 avec la prise d'otages et l'assaut de la grotte d'Ouvéa qui avaient fait 25 morts.

Industrie emblématique, l'exploitation du nickel, indispensable à la fabrication d'acier inoxydable, est bien plus qu'une filière économique sur le Caillou qui possède 25% des ressources mondiales de ce minerai. Pour les indépendantistes du FLNKS, cette "manne" est vue comme le socle d'une indépendance viable.

Mais le minerai fait grise mine depuis six ans et son cours a été divisé par deux entre 2011 et 2016, piétinant aujourd'hui autour des 12.000 euros la tonne.

Au début des années 2000, 80% des producteurs se situaient dans des pays à hauts coûts tels que le Canada, l'Australie, le Japon ou la Nouvelle-Calédonie. Désormais, la donne s'est quasiment inversée avec une production issue à 70% de pays à bas coûts dont la Chine, l'Indonésie, le Brésil, Madagascar ou les Philippines, qui inondent le marché.

"Le nickel nous a donné l'illusion qu'on pouvait acquérir l'autonomie, mais les lois du marché du nickel nous ont rattrapées. Il faut en tirer les conclusions", analyse un ancien leader kanak.

"La vraie question qui se pose aujourd'hui est de savoir s'il est ou non rentable de faire de la métallurgie en Nouvelle-Calédonie ?", s'interroge un cadre de l'industrie.

Il y a 20 ans cette question serait apparue totalement saugrenue.

- Bras de fer -

Le 5 mai 1998, la signature de l'accord de Nouméa entre l'Etat, la droite non indépendantiste et les indépendantistes, qui a instauré un processus de décolonisation progressif, avait été précédée d'un bras de fer autour du nickel.

A la tête d'une société minière prospère, la SMSP, les indépendantistes de la province Nord avait alors conditionné toute signature d'un nouvel accord politique à la mise à disposition d'un gisement de nickel suffisamment riche pour alimenter une raffinerie de taille mondiale, en projet avec le géant canadien, Falconbridge, racheté ensuite par Glencore.

Face à leur détermination, l'Etat a contraint en 1998 l'opérateur historique du nickel calédonien, la SLN (Société Le Nickel, filiale d'Eramet), à leur céder le richissime gisement du Koniambo, en échange d'une soulte et d'un massif moins doté.

Partisan de la maîtrise locale des ressources naturelles, le PDG de la SMSP, André Dang, a négocié avec l'industriel canadien l'obtention de 51% du capital de l'usine Koniambo, censé rapporter de copieux dividendes.

- Boom économique -

Dans les années 2000, son chantier ainsi que celui d'une unité du Canadien Inco, de taille comparable dans le sud à Goro, acquis ensuite par le Brésilien Vale, ont provoqué un véritable boom économique.

Avec des cours qui ont atteint 50.000 dollars la tonne en mai 2007, des milliards de dollars ont plu sur l'archipel, permettant une croissance moyenne de 3,6% par an entre 1998 et 2011. Plein emploi, programmes de formation, infrastructures, l'euphorie régnait.

Grâce à l'usine Koniambo, un pôle urbain est sorti de terre en province nord, faisant du projet le symbole du rééquilibrage économique et géographique.

Bien que deux nouveaux acteurs aient pénétré son pré carré calédonien, la SLN engrangeait de généreux bénéfices, au plus grand bonheur des trois provinces de Nouvelle-Calédonie, qui détiennent 34% du capital.

A l'unisson avec le FLNKS, Calédonie ensemble (droite modérée) plaidait pour une hausse de la participation à 51%, "estimant que la Nouvelle-Calédonie a vocation à maîtriser sa ressource en nickel, qui est stratégique".

L'objectif a aujourd'hui disparu des brochures de la campagne pour le référendum et les collectivités actionnaires des usines sont lourdement endettées.

De son côté la SLN est au bord du gouffre alignant six exercices déficitaire d'affilée (- 125 millions d'euros en 2017).

"Il va falloir que les gens comprennent que le nickel apporte du travail mais pas de dividendes. On ne sera jamais, grâce à ce minerai, une monarchie pétrolière", assène un professionnel de la mine.

La création d'un fonds souverain, lors de la période faste, aurait permis d'amortir la chute, mais les dirigeants locaux ne sont jamais parvenus à faire aboutir l'idée.

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