Entreprises en difficulté : Bruno Le Maire se dit prêt à aller jusqu’à des annulations de charges
Plutôt que de simples reports d’échéances fiscales et de cotisations sociales, l’ardoise de certaines entreprises, évoluant dans les secteurs « les plus touchés par la crise », pourrait être effacée. C’est ce qu’a annoncé le ministre de l’Économie et des Finances devant les sénateurs.

Entreprises en difficulté : Bruno Le Maire se dit prêt à aller jusqu’à des annulations de charges

Plutôt que de simples reports d’échéances fiscales et de cotisations sociales, l’ardoise de certaines entreprises, évoluant dans les secteurs « les plus touchés par la crise », pourrait être effacée. C’est ce qu’a annoncé le ministre de l’Économie et des Finances devant les sénateurs.
Public Sénat

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

L’heure des ajustements ? Mise en place pour le mois de mars, la possibilité pour les entreprises de reporter le paiement des cotisations sociales et de leurs échéances fiscales a été prolongée pour le mois d’avril. Mais ce dispositif s’avère insuffisant pour les plus petites sociétés. Des pétitions circulent pour que les commerçants et les artisans puissent bénéficier d’une annulation pure et simple de ces obligations, intenables vu l’effondrement de certains chiffres d’affaires depuis l’instauration du confinement. Auditionné par la commission des Affaires économiques du Sénat, le ministre Bruno Le Maire a laissé entendre que cette solution pouvait être envisagée, « au cas par cas ». « C’est une possibilité […] On sera ouvert à cette possibilité pour les secteurs les plus touchés par la crise et qui ne voient pas de possible retour à une meilleure fortune dans les mois qui viennent », a-t-il annoncé. Cette option ne sera tranchée qu’à « la fin du confinement ».

Des corrections sur les conditions d’accès au Fonds de solidarité

Autre ajustement promis par Bercy : une potentielle révision des conditions d’accès au Fonds de solidarité de l’État pour les très petites entreprises (TPE). Réservé aux entreprises de moins de 10 salariés et réalisant moins d’un million d’euros de chiffre d’affaires, ce fonds verse une aide mensuelle de 1 500 euros par mois à une entreprise qui a été dans l’obligation de fermer, ou qui a constaté en mars 2020 une baisse d’au moins 50 % de son chiffre d’affaires, par rapport à mars 2019. Or le point de comparaison retenu est défavorable pour une partie des commerçants. « Il s’agit d’un mois catastrophique pour le commerce, qui a subi de plein fouet les violences en marge du mouvement des gilets jaunes », a souligné le sénateur LR Serge Babary. Le sénateur d'Indre-et-Loire estime qu’il serait préférable de retenir une moyenne lissée sur un an.

Bruno Le Maire a reconnu que le mois de mars 2019 n’était « effectivement pas le meilleur mois ». Il s’est dit « prêt à étendre la période de référence pour le chiffre d’affaires ». Le ministère de l’Économie et des Finances, qui est en train de compiler les « critiques », promet de corriger le tir. « On va regarder comment aménager ce fonds et comment avoir une nouvelle version d’ici la fin de la semaine », a précisé Bruno Le Maire.

Une réflexion engagée sur un éventuel report des soldes d’été

La cellule sénatoriale qui suit de près la situation des PME, des commerces et de l’artisanat a, par ailleurs, interrogé le ministre sur un éventuel report de la date des soldes, programmés du 24 juin au 21 juillet. La cellule de la commission du Sénat estime qu’il serait préférable de reporter cette opération de prix cassés, de sorte que les commerces puissent reconstituer leur trésorerie. « C’est une option et on ne l’exclut pas », a indiqué le ministre, ajoutant que des « réflexions étaient engagées ». Mais il est, pour le moment, « trop tôt » pour prendre une décision. « Cela dépend de la date du déconfinement, que je ne connais pas. Cela dépend aussi des modalités de déconfinement et des règles sanitaires qui s’appliqueront aux clients », a soulevé Bruno Le Maire.

Assurances : Le Maire « souhaite que l’on puisse aboutir sur la définition de catastrophe sanitaire »

Comme lors des précédentes questions au gouvernement, des sénateurs de différentes familles politiques, de la droite à la gauche, en passant par La République en marche (LREM), se sont indignés de la faiblesse de la réponse du secteur de l’assurance. En effet, les contrats excluent toute compensation aux pertes d’exploitation car une épidémie sanitaire ne fait pas partie des cas de figure prévus. « Les assurances doivent participer beaucoup plus à la crise du Covid-19. Il faut déclarer un état de catastrophe sanitaire. Elles ont promis de verser 200 millions d’euros [au Fonds de solidarité] : c’est infinitésimal », a dénoncé le sénateur socialiste Martial Bourquin.

« On continue de voir avec les assureurs comment ils peuvent contribuer davantage », a répondu Bruno Le Maire, avant d’ouvrir d’autres perspectives pour le long terme. « Le président d’Axa s’est montré ouvert à la réflexion sur la notion de catastrophe sanitaire. Je souhaite que l’on puisse aboutir sur la définition de catastrophe sanitaire. Mais elle ne pourra s’appliquer qu’à l’avenir. »

« L’État n’a pas vocation à administrer l’économie »

Plusieurs sénateurs ont également fait part au ministre de leur crainte de voir des grandes entreprises maintenir pour 2020 leur distribution de dividendes aux actionnaires. « Je crains qu’un simple s’il vous plaît ne suffise pour certains groupes », a mis en garde la sénatrice (Union centriste) Valérie Létard. Bruno Le Maire lui a assuré que des obligations avaient été fixées, en plus de recommandations. « Si une grande entreprise bénéficie d’un soutien à sa trésorerie, elle est obligée de renoncer à ses dividendes », a-t-il ajouté. La sanction, en cas de non-respect, serait un remboursement des aides perçues, avec « des intérêts à titre de pénalité ».

Quant aux fleurons français qui ont subi une déconfiture sur les marchés financiers, ou qui ont été victimes d’un arrêt de la totalité de leurs revenus – c’est le cas d’Air France ou de l’industrie automobile – Bruno Le Maire a répété qu’il faudrait les « protéger ». Trois possibilités : monter au capital, recapitaliser, ou nationaliser, « si nécessaire et en dernier recours ». Mais ces nationalisations ne s’inscriront « pas dans la durée », a-t-il mis en garde. « Il ne s’agit pas de revenir sur la conception du rôle de l’État dans l’économie. L’État n’a pas vocation à administrer l’économie. »

Certaines questions ont aussi porté sur le futur plan de relance. La sénatrice Marie-Noëlle Lienemann (groupe communiste, républicain, citoyen et écologiste) a ainsi demandé si la stratégie du gouvernement allait comporter un mécanisme de soutien à la demande, notamment pour favoriser la consommation des ménages les plus modestes. « Ma priorité, c’est l’investissement. Je n’exclus pas quelques mesures sur la demande, ciblées et appropriées », a répondu le ministre.

Partager cet article

Dans la même thématique

Mirecourt: French president Emmanuel Macron
6min

Politique

Macron veut interdire les portables au lycée : mesure qui « va dans le bon sens » ou « peine perdue » ?

Le chef de l’Etat a annoncé que les téléphones portables allaient « sans doute » être interdits dès la rentrée prochaine dans les lycées. C’est « faisable », soutient le sénateur Renaissance Martin Lévrier. « Il est incorrigible. C’est une annonce par jour pour exister », raille le sénateur LR Max Brisson, opposé à l’interdiction au lycée. « Une annonce un peu surréaliste » qui élude les vrais problèmes, dénonce la sénatrice PS Colombe Brossel.

Le

France Marseille vs Newcastle: Pre-Match Security Highlights
3min

Politique

« Violences policières » : la gauche du Sénat demande une commission d’enquête sur de « potentiels dysfonctionnements » au sein de l’IGPN et l’IGGN

Suite aux récentes révélations mettant en cause les forces de l’ordre dans des affaires de violences au sein des personnes dépositaires de l’autorité publique, la gauche du Sénat demande à la commission des lois de se doter des prérogatives d’une commission d’enquête visant à examiner les conditions dans lesquelles l’IGPN et l’IGGN exercent leurs prérogatives.

Le

Paris : Debate session on the draft budget law for 2026
4min

Politique

Budget de la Sécu : la règle de l’entonnoir peut-elle faciliter un compromis ?

Mercredi, députés et sénateurs ne sont pas parvenus à trouver une un accord en commission mixte paritaire sur le projet de loi de la Sécurité sociale. Le texte repart donc pour une nouvelle lecture en séance publique à partir de mardi, à l’Assemblée nationale. Les députés vont plancher sur le texte sorti du Sénat et conformément à la règle dite de l’entonnoir, leur droit d’amendement est limité. Ce qui va accélérer les débats mais sera-t-il suffisant pour arriver à un compromis ? Explications.

Le

Paris : session of questions to the government at the Senate
4min

Politique

Décentralisation : un rapport du Sénat remis au Premier ministre

Afin d’accompagner Sébastien Lecornu vers son engagement d’un grand acte de décentralisation, Gérard Larcher avait fait parvenir le 31 octobre la contribution du Sénat. Le document que Public Sénat a pu consulter appelle à consacrer un principe de différentiation et d’autonomie fiscale des collectivités.

Le