Eric Drouet, « gilet jaune » déterminé et controversé
Sa détermination galvanise des "gilets jaunes" autant qu'elle exaspère les autorités : initiateur de la première mobilisation du...

Eric Drouet, « gilet jaune » déterminé et controversé

Sa détermination galvanise des "gilets jaunes" autant qu'elle exaspère les autorités : initiateur de la première mobilisation du...
Public Sénat

Par Simon VALMARY

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Sa détermination galvanise des "gilets jaunes" autant qu'elle exaspère les autorités : initiateur de la première mobilisation du 17 novembre, Éric Drouet, chauffeur routier de Seine-et-Marne, est devenu un des visages du mouvement social, mais son intransigeance suscite la controverse.

Célébré par le leader des Insoumis Jean-Luc Mélenchon, qui exprime sa "fascination" pour sa "sage et totale détermination", il a une nouvelle fois été projeté sous le feu médiatique avec son interpellation mercredi soir, la deuxième en onze jours, lors d'une marche dans Paris. Il est sorti libre jeudi en fin de journée de sa garde à vue, qu'il a qualifiée de "politique".

Il avait déjà été interpellé le 22 décembre durant "l'acte VI" des "gilets jaunes" dans la capitale, et sera jugé le 5 juin pour "port d'arme prohibé", en l'occurrence un bâton.

Sollicité par les médias et le gouvernement, Éric Drouet se défend d'être un leader du mouvement mais ses prises de parole, qu'il diffuse lors de Facebook Live souvent réalisées depuis la cabine de son camion, sont très écoutées. Pour beaucoup, ce père de famille de 33 ans de Melun est le garant de l'indépendance du mouvement contre les instrumentalisations et récupérations politiques.

C'est lui qui avait créé l'événement Facebook "Blocage national contre la hausse des carburants" le 17 novembre, sans savoir qu'il déclencherait un mouvement de contestation inédit, qui a précipité Emmanuel Macron dans la plus grave crise de son mandat.

"L'idée, c'est faire différemment de ce qui s'est passé auparavant", expliquait-il quelques jours avant cet acte fondateur, en appelant à "ne plus se laisser diriger et subir" : "On n'a aucune décision sur ce qui se passe, ça se passe une fois tous les cinq ans et ça s'arrête là. (...) On se retrouve à être dirigé par des gens qui n'ont pas notre vie, nos problèmes."

Après le succès de cette journée inaugurale, il appellera à un "acte 2" sur les Champs-Elysées, marqué par des barricades et des affrontements avec les forces de l'ordre. Face aux réponses jugées insatisfaisantes des autorités et malgré les débordements violents, il multipliera les appels de weekend en weekend. "Il ne faut pas lâcher", martèle-t-il.

- Canal historique -

Comme Priscillia Ludosky, autre figure historique plus discrète, Éric Drouet s'affirme "totalement apolitique" et assume un simple rôle de "porte-parole" chargé de relayer les demandes qui remontent des ronds-points.

Mais ses prises de position tranchées suscitent controverses et interrogations.

Quand l'exécutif cherchait des représentants avec qui dialoguer, il a publiquement fustigé l'absence de légitimité et les "ambitions personnelles" de ceux qui, comme Benjamin Cauchy ou Jacline Mouraud, appelaient à saisir la main tendue du gouvernement. Ces derniers se sont déclarés "libres" et "constructifs", en opposition à l'attitude "radicale" et "extrémiste" de Drouet et du +canal historique+ qui prônait le rapport de forces.

Il a également été accusé d'appeler au putsch lorsque, lors d'un débat où on lui avait demandé ce qu'il comptait faire si la manifestation arrivait devant l'Élysée, il avait répondu : "On rentre dedans". "J'ai jamais dit que je voulais aller à l'Élysée pour tout casser mais pour se faire entendre. (...) C'était pour le symbole", s'était-il défendu le lendemain.

Il a depuis pris ses distances avec les médias, qu'il accuse de partialité.

Mais même via Facebook, les polémiques continuent autour du personnage, à qui l'on prête des affinités politiques à l'extrême gauche ou à l'extrême droite. Il avait notamment diffusé des propos complotistes d'un autre "gilet jaune", Maxime Nicolle, affirmant que la France allait céder son siège au Conseil de sécurité de l'Onu dans le cadre du Pacte de Marrakech sur les migrations.

"Je ne suis pas fasciné par quelqu'un qui, semble-t-il, assume d'avoir voté aux deux tours (de la présidentielle) pour Marine Le Pen", a lâché mercredi Benoît Hamon. "Non je n'est pas voter (sic) FN et même si je l'aurais fait c'est pas la question du jour !! On est tous d'horizon différent et c'est bien notre force !!", a répliqué Drouet sur Facebook.

Autour d'un petit noyau de "gilets jaunes", il affirme oeuvrer "sans intérêt personnel" à faire plier le gouvernement pour "la famille" des gilets jaunes.

Partager cet article

Dans la même thématique

Chanteloup-les-Vignes : inter-ministerial meeting on cities
9min

Politique

Elisabeth Borne prend ses distances avec Gabriel Attal : « Non-événement » ou symptôme « des doutes » chez Renaissance avant 2027 ?

En quittant la présidence du Conseil national de Renaissance, Elisabeth Borne marque son « désaccord avec la ligne » de Gabriel Attal et met à mal la future candidature à la présidentielle du patron du parti. Si les proches du secrétaire général minimisent, quelques voix pointent en interne l’excès de « com’ » et « la tendance aux coups médiatiques ». François Patriat, patron des sénateurs Renaissance, prend aussi ses distances : « Déclarer sa candidature aujourd’hui et figer les choses ne me paraît pas être le bon principe ».

Le

Eric Drouet, « gilet jaune » déterminé et controversé
7min

Politique

Droits TV du football : la chaîne Ligue 1+ n’est qu’une « solution par défaut », reconnaît Nicolas de Tavernost

Interrogé au Sénat ce mercredi, le patron de la filiale média de la Ligue de football professionnelle (LFP), Nicolas de Tavernost, n’a pas caché les limites de la chaîne Ligue1 +, montée dans l’urgence par la ligue, pour le financement des clubs français. Il a été longuement interrogé sur son départ en fin de saison, perçu par plusieurs sénateurs comme la conséquence des conflits d’intérêts au sommet du football français.

Le

Eric Drouet, « gilet jaune » déterminé et controversé
3min

Politique

Banquets du Canon français : « Il n’y a pas de risque de trouble à l’ordre public », assure Laurent Nunez qui reste toutefois « vigilant »

Lors des questions d’actualité au gouvernement du Sénat, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez a été interpellé par le sénateur (PS) du Finistère, Jean-Luc Fichet sur la campagne de haine dont a été victime la maire de Quimper pour avoir refusé d’accueillir dans sa ville un banquet du Canon Français, une organisation financée pour partie par le milliardaire d’extrême droite Pierre Edouard Sterin. « Ce qu’il s’est passé à Quimper est absolument ignoble » a dénoncé le ministre.

Le