Européennes: Le Pen en quête d’une revanche sur Macron sans rejouer la présidentielle
Marine Le Pen entend prendre sa revanche sur Emmanuel Macron aux élections européennes de mai, un scrutin bouleversé par les "gilets jaunes",...

Européennes: Le Pen en quête d’une revanche sur Macron sans rejouer la présidentielle

Marine Le Pen entend prendre sa revanche sur Emmanuel Macron aux élections européennes de mai, un scrutin bouleversé par les "gilets jaunes",...
Public Sénat

Par Anne RENAUT

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Marine Le Pen entend prendre sa revanche sur Emmanuel Macron aux élections européennes de mai, un scrutin bouleversé par les "gilets jaunes", sans pour autant rejouer la présidentielle, marquée par un débat de l'entre-deux tours calamiteux, relèvent des experts.

Ces élections seront "comme la réplique de l'élection présidentielle", a assuré dimanche la présidente du Rassemblement national, battue en 2017 par Emmanuel Macron, qui avait réuni 66% des voix, contre 34% pour Mme Le Pen.

Avec son slogan "on arrive", affiché partout dans la salle de la Mutualité à Paris dimanche pour le lancement de sa campagne, le RN signifie qu'il est bien "de retour", analyse le politologue Pascal Perrineau.

Le parti d'extrême droite "est sorti du purgatoire" qui a suivi la présidentielle, selon lui. Marine Le Pen avait alors subi un trou d'air, en raison de son débat raté face à son adversaire, qui avait déçu ses militants. Son échec avait ensuite provoqué le départ du numéro deux du parti, Florian Philippot, et de la très populaire ex députée Marion Maréchal.

- Duel assumé -

De fait, le parti a retrouvé, dans les intentions de vote pour les européennes qui oscillent entre 20 et 24% des voix, son niveau de premier tour à la présidentielle, à l'issue duquel Marine Le Pen avait obtenu 21,3% des voix.

Marine Le Pen (c) lors d'un meeting pour le lancement de la campagne du Rassemblement nationald aux élections européennes de mai 2019, le 13 janvier 2019 à Paris
Marine Le Pen (c) lors d'un meeting pour le lancement de la campagne du Rassemblement nationald aux élections européennes de mai 2019, le 13 janvier 2019 à Paris
AFP

En choisissant comme tête de liste Jordan Bardella, un fidèle lieutenant, Marine Le Pen "redevient la patronne" au-delà des sensibilités internes, estime le politologue.

Les "gilets jaunes" ont en outre "remis au premier plan des questions portées par le RN pendant la présidentielle sur la France invisible", rappelle-t-il.

Le duel est même assumé par son adversaire, quand Emmanuel Macron affirme s'inscrire dans un clivage entre "progressistes" et "nationalistes", qui fait écho à celui de Marine Le Pen entre "mondialistes" et "nationaux".

En s'attaquant dimanche surtout au chef de l’État, Marine Le Pen a donné des "allures très nationales" au scrutin européen comme en 2017, relève Pascal Perrineau.

Or, rappelle Stéphane Rozès, président de la société de conseil Cap, Marine Le Pen a oublié que lorsque les Français se déplacent aux urnes pour le scrutin européen, "ils sont motivés par les questions européennes" et non nationales.

D'autre part, "le rapport de force a changé parce que Emmanuel Macron n'est plus l'étoile filante" de 2017, confronté actuellement à la crise des "gilets jaunes", selon M. Perrineau.

Marine Le Pen et Jordan Bardella lors d'un meeting pour le lancement de la campagne du Rassemblement national aux élections européennes de mai 2019, le 13 janvier 2019 à Paris
Marine Le Pen et Jordan Bardella lors d'un meeting pour le lancement de la campagne du Rassemblement national aux élections européennes de mai 2019, le 13 janvier 2019 à Paris
AFP

La discrétion de Marine Le Pen à leur égard, par "un soutien sans participation", semble lui avoir profité. Son parti est devenu celui qui "incarne le mieux l'opposition" au chef de l’État, devant La France Insoumise, selon un récent sondage Ifop. Aucun militant du RN ne portait d'ailleurs de "gilet jaune" dimanche mais tous ceux interrogés affirmaient avoir manifesté à leurs côtés.

- "Rompre" avec le débat -

Marine Le Pen a en outre intérêt à "rompre avec le débat" de la présidentielle face à Emmanuel Macron, "cataclysmique pour elle et ses militants", ajoute M. Rozès.

Il note aussi que Marine Le Pen a changé sur l'UE par rapport à la présidentielle. Elle ne fait plus de la sortie de l'euro une priorité, et "laisse entendre qu'elle va changer l'Europe de l'intérieur, parce que dans d'autres pays montent aussi des aspirations souverainistes", portées par des partis nationalistes alliés au RN.

Ce qui lui ouvre des perspectives, selon M. Rozès, car "les Français sont critiques vis-à-vis (des institutions) de Bruxelles mais ils sont pro-européens".

Ces élections sont l'occasion pour elle de prendre également une revanche sur le chef de file des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon qui, "au milieu de la campagne présidentielle, était passé d'une ligne gauchiste à une ligne républicaine et patriote", ce qui avait "stoppé la progression" de Marine Le Pen, rappelle M. Rozès.

Le mode de scrutin est enfin bien différent. A la proportionnelle et à un tour, les européennes "favorisent les partis protestataires" et le FN avait d'ailleurs "percé électoralement en 1984 à la faveur d'une élection européenne", rappelle M. Perrineau.

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