Feu vert du Sénat à la loi Pacte, amputée des privatisations
Le Sénat a adopté mardi en première lecture le volumineux projet de loi Pacte, après en avoir retoqué plusieurs articles, dont...

Feu vert du Sénat à la loi Pacte, amputée des privatisations

Le Sénat a adopté mardi en première lecture le volumineux projet de loi Pacte, après en avoir retoqué plusieurs articles, dont...
Public Sénat

Par Véronique MARTINACHE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le Sénat a adopté mardi en première lecture le volumineux projet de loi Pacte, après en avoir retoqué plusieurs articles, dont ceux prévoyant les privatisations d'ADP (Aéroports de Paris) et de la Française des Jeux (FDJ).

Le texte a été adopté par 206 voix (LR, centristes, Indépendants) contre 118 (PS, CRCE à majorité communiste, LREM) et 22 abstentions (dont la majorité du groupe RDSE à majorité radicale).

Porté par le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, le "Plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises" a l'ambition de faciliter la vie des entreprises, mieux y associer les salariés et donner de la vigueur à la croissance.

Décrié par l'opposition comme un texte "fourre-tout", il comporte aussi bien des mesures assouplissant l'épargne retraite, simplifiant les seuils qui déclenchent des obligations fiscales et sociales pour les entreprises, que des dispositions sur la fin programmée des tarifs réglementés du gaz et de l'électricité.

Au cours de la discussion des articles, le Sénat, avec les voix unies des Républicains et de la gauche, s'est opposé à une des mesure phare du texte, le projet de privatisation d'ADP.

Sous les protestations des Républicains, le sénateur LREM Richard Yung a raillé mardi cette "majorité hétéroclite". "C'est l'arche de Noé", a-t-il lancé, expliquant que son groupe ne pouvait pas approuver un texte ainsi modifié.

Fabien Gay (CRCE) a réfuté le terme de "hétéroclite", se félicitant au contraire "qu'une majorité d'idée" se soit dégagée. Pour le PS, Martial Bourquin a jugé "vraiment très intéressant que gauche et droite défendent ensemble l'intérêt national quand il s'agit de pépites comme ADP et la FDJ".

En commission, les sénateurs avaient déjà évacué le projet de privatisation de la Française des Jeux.

- "Nécessité absolue" -

Bruno Le Maire a de nouveau affirmé que les cessions d'actifs prévues par le projet de loi - ADP, FDJ, mais aussi Engie - étaient "une nécessité absolue", rappelant que leur produit doit contribuer à alimenter un fonds de 10 milliards d'euros destiné à financer des projets innovants.

Il a aussi exprimé l'espoir que "certaines des propositions" du Sénat, "en particulier tous les dispositifs d'encadrement et de renforcement des garanties autour des privatisations (...), pourront être reprises dans le texte définitif".

Ce coup porté au volet "cessions d'actifs" compromet la conclusion d'un accord entre députés et sénateurs en commission mixte paritaire (CMP), dont la réunion est prévue mercredi 20 février.

D'autant que le Sénat a aussi supprimé l'article 61 modifiant le Code civil pour consacrer la notion "d'intérêt social" dans la définition de l'entreprise.

La présidente de la commission des Affaires économiques Sophie Primas (LR) a critiqué une "imprécision des termes" qui risquait de "fragiliser les entreprises". "La stratégie d'une entreprise est sa responsabilité, sa liberté", a-t-elle affirmé.

"Nous sommes dans un monde où les choses évoluent", a au contraire défendu le rapporteur centriste de la commission spéciale Pacte Michel Canevet, pour qui "aujourd'hui on sait bien que la prise en compte des aspects sociaux et environnementaux est essentiel".

Faute d'accord sur le projet de loi entre les deux chambres en CMP, c'est l'Assemblée qui aura le dernier mot.

Le texte modifié par le Sénat harmonise à 10% l'ensemble des taux dérogatoires du forfait social, crée un nouveau cas de déblocage anticipé de l'épargne retraite (pour perte d'autonomie) et relève à 100 salariés les seuils du code du travail actuellement fixés à 50 salariés.

Le Sénat a également favorisé la transférabilité des contrats d'assurance-vie et clarifié, avec un avis favorable du gouvernement, les règles de prescription des actions en contrefaçon.

La Haute assemblée a également adopté un amendement du gouvernement visant à modifier l'assiette fiscale des prélèvements sur les jeux de loterie et les paris sportifs. Au passage, les sénateurs ont ressorti l'idée d'exonérer les produits du loto du patrimoine "de toute fiscalité", ce dont ne veut pas le gouvernement.

Partager cet article

Dans la même thématique

Feu vert du Sénat à la loi Pacte, amputée des privatisations
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

Feu vert du Sénat à la loi Pacte, amputée des privatisations
4min

Politique

Déserts médicaux : « Il existe des différences d’espérance de vie entre les départements » alerte Karine Daniel sénatrice socialiste de Loire-Atlantique

Au Clos-Toreau, quartier populaire du sud de Nantes, les habitants se battent depuis deux ans pour obtenir l’ouverture d’un centre de santé. A l’approche des élections municipales, la question des déserts médicaux s’impose dans la campagne comme un sujet de préoccupation récurrent, comme en témoigne cet habitant de Nantes dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le