« Gilets jaunes »: un acte 23 sous tension à Paris
Après plus de cinq mois de mobilisation, des milliers de "gilets jaunes" sont redescendus dans la rue samedi pour un acte 23 marqué par un...

« Gilets jaunes »: un acte 23 sous tension à Paris

Après plus de cinq mois de mobilisation, des milliers de "gilets jaunes" sont redescendus dans la rue samedi pour un acte 23 marqué par un...
Public Sénat

Par Anne LEC'HVIEN et Alexandre HIELARD avec les bureaux en région

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Après plus de cinq mois de mobilisation, des milliers de "gilets jaunes" sont redescendus dans la rue samedi pour un acte 23 marqué par un regain de tension à Paris avant les réponses d'Emmanuel Macron au grand débat, attendues jeudi.

Selon le ministère de l'Intérieur, le nombre de manifestants a reculé sur l'ensemble du pays (27.900 contre 31.100 la semaine précédente) mais a quasiment doublé dans la capitale (9.000). Selon leurs estimations, les "gilets jaunes" ont comptabilisé plus de 100.000 manifestants en France.

Réunies pour lancer un nouvel "ultimatum" à Emmanuel Macron, plusieurs milliers de personnes ont marché à Paris au départ de Bercy, dans le sud-est de la capitale, sous un grand soleil. Les premières échauffourées ont éclaté en début d'après-midi près de Bastille, avant de se concentrer sur la place de la République, point d'arrivée du cortège.

Pendant l'après-midi, la place a été régulièrement plongée dans un nuage de gaz lacrymogènes tandis que des manifestants jetaient bouteilles et autres projectiles en direction des forces de l'ordre. Plusieurs enseignes ont été vandalisées, a constaté une journaliste de l'AFP.

Amplifiant le climat de tension, certains manifestants ont crié "Suicidez-vous, suicidez-vous" aux forces de l'ordre, alors que la police est touchée par une vague de suicides sans précédent. "Honte à ceux qui se sont livrés à une telle ignominie", a twitté le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.

Après plusieurs heures de face-à-face tendu, le rassemblement se dispersait lentement vers 19H sur la place de la République où la circulation automobile avait repris, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Affrontements entre manifestants et forces de l'ordre lors de l'acte 23 des manifestations des
Affrontements entre manifestants et forces de l'ordre lors de l'acte 23 des manifestations des "gilets jaunes", le 20 avril 2019 à Paris
AFP

La police a procédé à Paris à 227 interpellations et à plus de 20.500 contrôles préventifs, selon la préfecture.

A 19H00, 178 personnes avaient été placées en garde à vue dans la capitale, dont six mineurs, selon le parquet.

Malgré les craintes des autorités qui avaient déployé 60.000 policiers et gendarmes dans le pays, les heurts ont été sans commune mesure avec ceux du premier "ultimatum" du samedi 16 mars, pendant lesquels les Champs-Elysées avaient été saccagés.

"Malgré la volonté de certains manifestants de casser à nouveau (...), le travail des forces de l'ordre et leur professionnalisme ont permis de protéger les biens et les personnes", a salué M. Castaner dans un communiqué.

Une vision toutefois contestée par la mairie de Paris dont le premier adjoint Emmanuel Grégoire a dénoncé des dégâts "très importants" et critiqué un dispositif de sécurité "pas satisfaisant".

- "Vivre dignement" -

La manifestation parisienne avait commencé dans le calme autour des revendications traditionnelles pour plus de pouvoir d'achat et de démocratie directe. Un autre cortège, parti de la basilique de Saint-Denis et beaucoup moins suivi, s'est déroulé sans le moindre incident.

"On veut vivre dignement. Moi j'ai ma retraite mais je suis là pour les générations à venir", a dit Joël Blayon, ancien marin pêcheur.

Un manifestant essaye de casser une vitrine durant la manifestation des
Un manifestant essaye de casser une vitrine durant la manifestation des "gilets jaunes", le 20 avril 2019 à Paris
AFP

La méfiance était palpable à quelques jours des mesures que le chef de l'Etat doit dévoiler et dont il avait dû différer l'annonce en raison de l'incendie de Notre-Dame.

Drapeau français à la main, Antoine, dirigeant d'une petite entreprise, estime que les mesures qui ont déjà fuité dans la presse (réindexation sur l'inflation des petites retraites, suppression de l'ENA...) "opposent les retraités aux actifs, les pauvres et les riches, les régions contre la nation".

L'incendie de Notre-Dame lundi soir était également dans les esprits, notamment les centaines de millions d'euros promis pour reconstruire la cathédrale.

"C'est une bonne chose cet argent pour Notre-Dame mais quand on voit ce qu'on peut débloquer en quelques heures...", résumait Jean-François Mougey, retraité de la SNCF venu de Mulhouse.

"J'aime beaucoup Notre-Dame, je suis catholique, mais le plus grand des patrimoines ce sont la main et la tête qui travaillent", insistait Jean-Marie, professeur à la retraite venu d'Auxerre.

- "On vaut bien une cathédrale" -

"On vaut bien une cathédrale", proclamait également une pancarte de "gilet jaune" à Montpellier, théâtre d'échauffourées et mobilisée samedi comme d'autres villes.

A Bordeaux, place forte du mouvement, quelque 1.500 "gilets jaunes" ont défilé dans le calme, canalisés par les forces de police.

A Toulouse, des milliers de personnes ont marché dans le centre de la ville, théâtre en fin d'après-midi d'échauffourées. "J'ai la trouille mais ça ne va pas m'empêcher de venir", assurait Claudine Sarradet, retraitée de l'Education nationale.

A Marseille, les "gilets jaunes" étaient un petit millier au départ de la manifestation sur le Vieux Port.

Comme lors des récentes semaines, les autorités avaient interdit aux manifestations des lieux emblématiques de plusieurs villes, dont les Champs-Élysées et les abords de Notre-Dame.

Selon l'Intérieur, 112 personnes ont été verbalisées samedi pour avoir tenté de braver ces interdits dans la capitale.

burs-myl/jt/cam

Partager cet article

Dans la même thématique

Clashes During Paris Austerity Protests
6min

Politique

Après les pillages du 17 octobre, faut-il couper les réseaux sociaux ?

Gabriel Attal relance l’idée d’un blocage temporaire des plateformes dans les zones touchées par les violences, après le chao du week-end. Elles facilitent les rassemblements et démultiplient les images de casse, mais leur rôle dépasse la seule organisation des émeutes.

Le

Paris France Protests
9min

Politique

Violences du 17 octobre : pourquoi l’état d’urgence est écarté par le gouvernement ?

Après un week-end marqué par des scènes de chaos et de pillages dans plusieurs villes, l’exécutif exclut pour le moment le recours à l’état d’urgence, préférant la mise en place de « couvre-feux localisés ». De quels moyens dispose l’exécutif pour rétablir l’ordre ? Inventaire de la boîte à outils sécuritaire dont dispose le gouvernement pour rétablir l’ordre.

Le

NORD – RASSEMBLEMENT MAIRIE
3min

Politique

Après les violences du 17 octobre, les maires font front devant leurs mairies

Au lendemain d’une mobilisation contre la vie chère qui a dégénéré en pillages et en assauts contre des hôtels de ville, l’Association des maires de France (AMF) appelle à un rassemblement ce lundi 19 octobre, à partir de midi. Les maires de Paris, Lyon et Marseille seront reçus par Sébastien Lecornu, à leur demande.

Le

France: Emmanuel MACRON Addresses The French People After Violent Protests
6min

Politique

Violences du 17 octobre : Macron exprime sa « colère » et sa « honte » et promet « toute la transparence »

Au lendemain des pillages et des dégradations qui ont frappé plusieurs villes françaises, le chef de l’État a promis de tirer « toutes les leçons » de la journée du 17 octobre. Face aux appels de la droite à décréter l’état d’urgence, il a privilégié le renforcement des mesures de protection et tenté de dissocier les violences des revendications contre la vie chère.

Le