Grand débat : « Les maires ne seront ni les greffiers, ni les petits télégraphistes de l’Etat »
Les maires traînent des pieds pour organiser le grand débat, voulu par Emmanuel Macron. Plusieurs associations d’élus prennent leur distance pour ne pas être associées aux difficultés du Président. Beaucoup vont simplement fournir une salle. Mais d’autres maires sont prêts à aller plus loin.

Grand débat : « Les maires ne seront ni les greffiers, ni les petits télégraphistes de l’Etat »

Les maires traînent des pieds pour organiser le grand débat, voulu par Emmanuel Macron. Plusieurs associations d’élus prennent leur distance pour ne pas être associées aux difficultés du Président. Beaucoup vont simplement fournir une salle. Mais d’autres maires sont prêts à aller plus loin.
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Le grand débat national ressemble de plus en plus à une grosse machine difficile à mettre en marche. Annoncé par Emmanuel Macron comme l’une des réponses aux gilets jaune, le premier ministre en a défini les contours mercredi. Lundi, la ministre de la Cohésion des territoires, Jacqueline Gourault, va recevoir les associations d’élus pour préciser l’organisation, avant un lancement officiel mardi par Emmanuel Macron, devant 700 maires, dans l’Eure, et non des Français lambda.

Mais ce canard toujours sans tête, après le retrait de Chantal Jouanno, va-t-il perdre aussi ses pattes, avant même de partir ? La question se pose. Car les maires, sur lesquels compte le pouvoir, traînent des pieds pour organiser localement les débats.

« On refuse d’être associés à la démarche du gouvernement »

Jeudi matin, sur France Info, le vice-président de l'Association des maires de France (AMF), le socialiste André Laignel, a clairement pris ses distances : « Les maires de France ne se sentent en aucun cas engagés par ce débat et ne sauraient être, à quelque niveau que ce soit, co-organisateurs ». L’absence d’Emmanuel Macron, lors du dernier congrès des maires, est encore dans les esprits et a sûrement laissé des traces. « On a mis en place les cahiers de doléances » explique à Public Sénat Mohamed Gnabaly, vice-président de l’AMF, maire sans étiquette de l’Ile-Saint-Denis (Seine Saint-Denis), « mais nous, maires, on refuse d’être associés à la démarche du gouvernement pour éviter d’être amalgamés à la politique gouvernementale ». Regardez :

Mohamed Gnabaly, vice-président de l’AMF : "Nous, maires, on refuse d’être associés à la démarche du gouvernement" sur le grand débat
00:42

La position de l’AMF complique encore un peu plus le jeu pour l’exécutif. « Je trouve que ça n’est pas digne » a réagi François Bayrou, président du Modem, toujours sur France Info. Il rappelle que l’AMF est une « association très politisée », dirigée par François Baroin. Un haut responsable de la majorité parlementaire LREM préfère minimiser le coup de pied d’André Laignel : « On fera sans lui. S’il n’a pas compris… Les maires marchent en fonction de leurs citoyens, pas de leur instance représentative ».

Larcher : « Ce n’est pas aux maires de porter le débat »

Mais la prise de distance ne se limite pas à l’AMF. Gérard Larcher, qui se fait régulièrement le porte-voix des collectivités, en tant que président (LR) du Sénat, vient prêter main-forte aux élus qui seraient réticents. « Ce n’est pas à eux de porter le débat. Je sais que nombre d’entre eux seront des facilitateurs. Mais ça ne peut pas être eux qui animent, c’est au gouvernement de décider de la manière dont il entend conduire le débat » a affirmé le sénateur LR des Yvelines sur Europe 1. Regardez :

Larcher : « Ce n’est pas aux maires de porter le grand débat »
00:23

Même son de cloche du côté de Villes de France. « Nous proposerons des salles, nous serons des facilitateurs de l’organisation, mais en aucun cas nous ne participerons et ne prendrons part au débat, ni comme animateur. C’est très clair » affirme à publicsenat.fr Caroline Cayeux, maire de Beauvais et présidente de l’association. « C’est un débat national, pas local ».

« Le grand débat se fera pendant la campagne des municipales, commune par commune »

Du côté de l’Association des petites villes de France (APVF), qui rassemble 1.200 communes, mêmes doutes. « On attend des précisions sur l’organisation du grand débat. Pour l’instant, tout ça reste un peu flou. On attend la réunion de lundi avec Jacqueline Gourault. Les maires souhaitent être des facilitateurs du débat mais ne seront pas co-organisateurs » explique André Robert, délégué général de l’association. Il ajoute :

« Les maires des petites villes ne souhaitent pas avoir de responsabilité. Ils ne seront ni les notaires, ni les greffiers ou les petits télégraphistes de l’Etat en la matière ».

Les élus ne veulent pas devenir les dommages collatéraux des difficultés du chef de l’Etat. « Le grand débat se fera pendant la campagne des municipales, commune par commune. Là, ça concerne prioritairement l’Etat » prévient Robert. Il souligne que le cafouillage du gouvernement sur la suppression totale de la taxe d’habitation, dont le taux est fixé par les communes, « a mal sonné à nos oreilles. C’est un dérivatif pour ne plus parler de l’ISF ». L’APVF entend en revanche participer à sa manière au grand débat, en faisant la semaine prochaine des propositions pour lutter contre la fracture territoriale.

« La porte n’est pas fermée »

A Joigny, commune de l’Yonne de près de 9.000 habitants, on n’exclut rien. Cette ville touchée par la disparition des services de l’Etat a mis en place dès décembre un cahier de doléances. « Il a eu beaucoup de succès, avec à peu près 60 contributions qui représentent plus de 300 propositions. C’est plutôt riche : les thèmes qui ressortent sont le pouvoir d’achat, la démocratie représentative et souvent la question de la forme et le style de la gouvernance d’Emmanuel Macron. Pas une seule ligne sur les questions sociétales : peine de mort ou mariage pour tous » précise Nicolas Soret, premier adjoint au maire divers gauche, Bernard Moraine.

Mais là aussi, on préfère que les citoyens « se saisissent du kit mis à disposition pour les débats ». La ville « mettra à disposition les salles ». Mais « si ça ne venait pas, on s’interroge. Comme citoyen, je serais assez triste qu’il n’y ait pas de débat ». Nicolas Soret assure que « la porte n’est pas fermée. Si on voit que personne ne se saisit de ça, on ne dit pas qu’on n’organisera pas le débat ».

Tous les élus ne sont donc pas réfractaires. « Je constate qu’une bonne partie des maires ont déjà commencé à participer » souligne sur Public Sénat Claude Malhuret, président du groupe Les Indépendant de la Haute assemblée. « Et surtout, je ne vois pas comment on pourrait faire autrement. Si on dit ce sont les préfets, les contestataires vont dire que c’est ficelé… » Pour le succès du débat, les maires ne peuvent pas en être totalement absents. C’est l’enjeu pour l’exécutif.

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