Huit « décrocheurs » de portraits de Macron condamnés à Paris, l' »état de nécessité » écarté
Un mois après la relaxe de deux "décrocheurs" à Lyon au nom de "l'état de nécessité" climatique, le tribunal correctionnel de...

Huit « décrocheurs » de portraits de Macron condamnés à Paris, l' »état de nécessité » écarté

Un mois après la relaxe de deux "décrocheurs" à Lyon au nom de "l'état de nécessité" climatique, le tribunal correctionnel de...
Public Sénat

Par Anne-Sophie LASSERRE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Un mois après la relaxe de deux "décrocheurs" à Lyon au nom de "l'état de nécessité" climatique, le tribunal correctionnel de Paris a condamné mercredi huit militants écologistes à 500 euros d'amende chacun pour le "vol en réunion" de portraits d'Emmanuel Macron.

La juge unique a considéré que "l'état de nécessité", rarement invoqué et qui permet d'écarter la responsabilité pénale "face à un danger actuel et imminent", n'était "pas constitué" et a reconnu coupables ces huit activistes âgés de 23 à 36 ans, qui vont faire appel.

Cette décision est à l'opposé de celle rendue le 16 septembre à Lyon: le tribunal avait surpris en jugeant "légitime" l'action de désobéissance civile de deux "décrocheurs" dans cette ville, "face au défaut de respect par l'Etat d'objectifs pouvant être perçus comme minimaux dans un domaine vital", et les avait relaxés.

S'il avait reconnu la matérialité du vol, le juge de Lyon avait affirmé que "le décrochage et l'enlèvement sans autorisation de ce portrait dans un but voué exclusivement à la défense de cette cause (...) doit être interprété comme le substitut nécessaire du dialogue impraticable entre le président de la République et le peuple".

Les motivations du tribunal de Paris n'étaient pas connues à la mi-journée.

"On demandait une relaxe, moi j'y croyais en cet état de nécessité, surtout après ce jugement de Lyon qui légitimait la désobéissance civile", a commenté Félix Vève, l'un des huit militants condamnés à Paris.

Entre Lyon et Paris, "c'est le jour et la nuit", a estimé Me Alexandre Faro, l'un des avocats des "décrocheurs". "Le jugement de Lyon a suscité beaucoup de commentaires. (...) Il est mal vécu et j'imagine que le tribunal de Paris a voulu recadrer les débats sur le droit", a-t-il déclaré.

- "Pas cohérent" -

Depuis le premier procès de "décrocheurs", fin mai à Bourg-en-Bresse, les jugements sont très disparates d'une juridiction à l'autre. Amendes fermes ou avec sursis dans la préfecture de l'Ain, relaxes pour défaut "d'élément intentionnel" à Strasbourg, "état de nécessité" reconnu à Lyon...

"Ce n'est pas vraiment cohérent d'avoir des jugements différents alors que c'est le même acte commis", a réagi une "décrocheuse", Emma Chevallier.

Les 21 et 28 février à Paris, trois portraits présidentiels avaient été dérobés dans les mairies des IIIe, IVe et Ve arrondissements, dans le cadre d'une campagne nationale "Décrochons Macron", menée par le mouvement Action non-violente COP21 (ANV-COP21).

Comme pour les quelque 130 "réquisitions" symboliques revendiquées par le mouvement partout en France, les décrochages s'étaient effectués en quelques minutes, "à visage découvert" et "sans dégradation".

Les activistes avaient expliqué avoir agi par "devoir moral" et parce qu'ils n'avaient "d'autre choix" que la "désobéissance civile non-violente", face à "la menace" du réchauffement climatique et "l'inaction" du gouvernement en la matière.

Le 11 septembre, le parquet de Paris avait requis des peines d'amende de 1.000 euros, dont 500 euros avec sursis, à l'encontre des huit activistes, au casier judiciaire vierge.

La même peine avait été demandée contre un vidéaste de 29 ans, du média associatif "Partager c'est sympa", présent lors d'une des actions parisiennes, "à 100% pour (la) filmer, pas y participer", avait-il assuré à la barre. Le tribunal correctionnel l'a relaxé mercredi.

Les mairies d'arrondissement n'ayant pas porté plainte, "c'est un vol sans victime qui est condamné aujourd'hui", a regretté Me Faro.

Le montant de l'amende est par ailleurs jugé "disproportionné": "On se retrouve collectivement à payer 4.000 euros pour un portrait qui en vaut 9,90", a souligné Cécile Marchand. "Le vrai coupable, c'est le gouvernement qui faillit à sa tâche de protéger la population face à la menace climatique", a insisté la militante.

Selon ANV-COP21, une dizaine d'autres procès de "décrocheurs" sont prévus jusqu'en septembre 2020.

Partager cet article

Dans la même thématique

Clashes During Paris Austerity Protests
6min

Politique

Après les pillages du 17 octobre, faut-il couper les réseaux sociaux ?

Gabriel Attal relance l’idée d’un blocage temporaire des plateformes dans les zones touchées par les violences, après le chao du week-end. Elles facilitent les rassemblements et démultiplient les images de casse, mais leur rôle dépasse la seule organisation des émeutes.

Le

Paris France Protests
9min

Politique

Violences du 17 octobre : pourquoi l’état d’urgence est écarté par le gouvernement ?

Après un week-end marqué par des scènes de chaos et de pillages dans plusieurs villes, l’exécutif exclut pour le moment le recours à l’état d’urgence, préférant la mise en place de « couvre-feux localisés ». De quels moyens dispose l’exécutif pour rétablir l’ordre ? Inventaire de la boîte à outils sécuritaire dont dispose le gouvernement pour rétablir l’ordre.

Le

NORD – RASSEMBLEMENT MAIRIE
3min

Politique

Après les violences du 17 octobre, les maires font front devant leurs mairies

Au lendemain d’une mobilisation contre la vie chère qui a dégénéré en pillages et en assauts contre des hôtels de ville, l’Association des maires de France (AMF) appelle à un rassemblement ce lundi 19 octobre, à partir de midi. Les maires de Paris, Lyon et Marseille seront reçus par Sébastien Lecornu, à leur demande.

Le

France: Emmanuel MACRON Addresses The French People After Violent Protests
6min

Politique

Violences du 17 octobre : Macron exprime sa « colère » et sa « honte » et promet « toute la transparence »

Au lendemain des pillages et des dégradations qui ont frappé plusieurs villes françaises, le chef de l’État a promis de tirer « toutes les leçons » de la journée du 17 octobre. Face aux appels de la droite à décréter l’état d’urgence, il a privilégié le renforcement des mesures de protection et tenté de dissocier les violences des revendications contre la vie chère.

Le