Immeubles effondrés à Marseille: des services municipaux perquisitionnés
Une semaine après l'effondrement de deux immeubles à Marseille qui a fait huit morts, l'enquête judiciaire pour établir d...

Immeubles effondrés à Marseille: des services municipaux perquisitionnés

Une semaine après l'effondrement de deux immeubles à Marseille qui a fait huit morts, l'enquête judiciaire pour établir d...
Public Sénat

Par Francois BECKER, Estelle EMONET

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Une semaine après l'effondrement de deux immeubles à Marseille qui a fait huit morts, l'enquête judiciaire pour établir d'éventuelles responsabilités est entrée dans le vif du sujet, avec des perquisitions mardi dans des services de la mairie.

Les enquêteurs de la police judiciaire marseillaise ont également perquisitionné le siège du bailleur social Marseille Habitat, dépendant de la mairie, a déclaré à l'AFP le procureur de la République Xavier Tarabeux, confirmant une information du site d'investigation local Marsactu.

Ces perquisitions, qui se sont achevées vers 17H00, ont eu lieu dans l'enquête ouverte par le parquet de Marseille pour déterminer les causes exactes du drame survenu le 5 novembre et établir d'éventuelles responsabilités. Des dizaines d'enquêteurs sont mobilisés et ont déjà réalisé "énormément d'auditions", a précisé une source policière à l'AFP.

"Ces perquisitions ont permis de saisir principalement des supports numériques qui vont être analysés par les enquêteurs", a précisé le procureur de la République.

Les investigations, dans le cadre desquelles aucune garde à vue n'a encore été ordonnée, vont "se prolonger de nombreuses semaines", a-t-on ajouté de source policière. En plus des expertises techniques et des documents saisis, les enquêteurs continuent de s'intéresser aux gravats des immeubles, à la recherche "de tout élément utile à l'enquête", a précisé cette source.

La mairie qui avait, juste après le drame, invoqué les fortes pluies comme première explication, pourrait être impliquée à plusieurs titres dans le dossier. Diverses expertises et procédures judiciaires avaient été engagées et témoignaient de la fragilité des immeubles qui se sont effondrés, vieux de plus d'un siècle.

Légalement, la municipalité est compétente en matière de "péril" lorsque l'état d'un immeuble, même privé, met en danger la vie de ses habitants. Elle était en outre propriétaire de l'un des deux bâtiments qui s'est effondré, via son bailleur social Marseille Habitat.

- "Marche de la colère" -

Cet immeuble, l'un des plus vétustes de la rue d'Aubagne - une voie en pente, où les immeubles s'appuient les uns sur les autres - avait été racheté par le bailleur public au terme de dix ans de procédure. Marseille Habitat l'avait vidé et muré, mais le bâtiment est peu à peu tombé en déliquescence. Cela a pu entraîner l'effondrement de la copropriété privée voisine, estime le syndic de cette dernière, qui avait fait procéder à certains travaux.

L'immeuble habité présentait toutefois lui aussi un certain nombre de fragilités dont se plaignaient les habitants, décrivant des murs fissurés et des portes qui ne fermaient plus, et dont témoignent aussi les procédures dans lesquelles la copropriété était impliquée. Les locataires s'étaient plaints à plusieurs reprises auprès du syndic chez qui des documents et ordinateurs ont été saisis dès après le drame.

La mairie avait également connaissance, au moins dans une certaine mesure, de l'état de cet immeuble, puisqu'au titre de la sécurité publique, les services municipaux y étaient intervenus en urgence deux semaines avant l'effondrement. Les occupants avaient été évacués, mais après l'avis d'un expert, ils avaient pu regagner leurs appartements: cinq d'entre eux sont morts ainsi que trois de leurs connaissances.

Si l'enquête judiciaire, toujours sous la direction du procureur de la République, en est encore à ses prémices, le maire LR Jean-Claude Gaudin, depuis 23 ans aux commandes de la ville, continue d'être très critiqué, au-delà des quelque 500 sinistrés, évacués des immeubles riverains depuis le drame et qui ne sont pas sûrs de pouvoir les réintégrer.

Il a pour la première fois reconnu dimanche n'avoir "pas assez fait" pour lutter contre l'habitat insalubre, au lendemain d'une marche blanche de milliers de Marseillais qui ont appelé à sa démission, sous les balcons de l'hôtel de ville.

Mardi, après un entretien téléphonique avec Emmanuel Macron, et une rencontre avec Édouard Philippe, M. Gaudin a indiqué, dans un communiqué, que l'Exécutif avait "affirmé sa volonté d’apporter tous les moyens, appuis, expertises, procédures et financements nécessaires, à la fois pour traiter les problèmes des habitants du quartier de Noailles sinistrés et pour renforcer l’efficacité des mesures de lutte contre l’habitat dégradé, insalubre ou indigne".

Le maire de Marseille a également rencontré les ministres Jacqueline Gourault (Cohésion des territoires) et Julien Denormandie (Logement). "Il a été décidé, que l’État apporterait un accompagnement" sur "la mise en sécurité des habitations, l’accélération de la mise en oeuvre du plan +Initiatives copropriétés+", présenté à Marseille le 10 octobre et une "lutte sans merci contre les + marchands de sommeil+", indique la mairie.

De son côté, la présidente LR de la métropole Martine Vassal a annoncé l'élaboration, sous 10 jours, d'un "plan de lutte contre l’habitat indigne et insalubre à Marseille et sur le territoire".

Une deuxième manifestation, intitulée "marche de la colère", est prévue mercredi à Marseille.

Partager cet article

Dans la même thématique

Immeubles effondrés à Marseille: des services municipaux perquisitionnés
7min

Politique

Présidentielle 2027 : pourquoi l’élection française inquiète déjà les Européens

À huit mois de la présidentielle française, Bruxelles scrute déjà avec inquiétude les propositions des principaux candidats. Budget européen, primauté du droit de l’UE, dette, soutien à l’Ukraine... l’éventualité d’une victoire du RN ou de Jean-Luc Mélenchon alimente les craintes. Au point de transformer la France en maillon faible de l'UE ? Ici l'Europe ouvre le débat, avec les eurodéputés Daniel Freund (Allemagne, Les Verts), Charles Goerens (Luxembourg, Renew Europe) et Andras Laszlo (Hongrie, Patriotes pour l’Europe).

Le

Paris : Francois Bayrou recoit l l UDI
7min

Politique

« Pas à la hauteur » : le coup de gueule d’Hervé Marseille, après le soutien de Bruno Retailleau à Valérie Boyer pour les sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône

Ça chauffe dans les Bouches-du-Rhône, où le soutien du président de LR, Bruno Retailleau, à la liste de la sénatrice LR Valérie Boyer, reste au travers de la gorge de son homologue de l’UDI, le sénateur Hervé Marseille. Car les LR ont apporté leur investiture à une autre liste, celle de la sénatrice UDI Brigitte Devésa et de Renaud Muselier, membre de Renaissance. Gérard Larcher devrait se rendre sur place la semaine prochaine pour soutenir cette liste. Un imbroglio qui divise un peu plus la droite sur place. Explications.

Le

NANTES:Franco-German summit in Nantes
8min

Politique

« Une épouvantable tragédie » : le tandem Chirac-Jospin face au 11 septembre 2001

Vingt-cinq ans après, les images sont restées intactes. Le 11 septembre 2001, alors que les Etats-Unis étaient frappés par les attentats d’Al-Qaida, Jacques Chirac se trouvait à Rennes et Lionel Jospin à Matignon. A sept mois de l’élection présidentielle, et dans un contexte de cohabitation, les deux têtes de l’exécutif français ont dû organiser, dans l’urgence, la réponse d’un pays qui n’était pas directement attaqué mais qui avait déjà été confronté à plusieurs vagues d’attentats sur son propre territoire.

Le

FRA – AN – ASSEMBLEE – COMMISSION AUDITION AURORE BERGE
6min

Politique

« Grand remplacement » : une théorie « raciste », rappellent les historiens à Aurore Bergé

La ministre chargée de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a suscité la polémique au sein même de son propre camp, en refusant de qualifier de « raciste » la théorie du grand remplacement conceptualisée par l'essayiste d'extrême droite Renaud Camus. La ministre a néanmoins qualifié la théorie de « mensongère », a affirmé qu'elle entendait la combattre, et estimé que le débat sur ce sujet « faisait partie de la liberté d'expression ». Une position intenable pour l'historien de la colonisation Nicolas Bancel, qui rappelle que « la composante raciale » est au cœur de cette théorie.

Le