Institutions : l’autre réforme voulue par Emmanuel Macron
Emmanuel Macron a repris officiellement les consultations en vue d’une potentielle réforme des institutions, évoquée pendant la campagne. Mais le timing interroge, et les mesures proposées restent floues.

Institutions : l’autre réforme voulue par Emmanuel Macron

Emmanuel Macron a repris officiellement les consultations en vue d’une potentielle réforme des institutions, évoquée pendant la campagne. Mais le timing interroge, et les mesures proposées restent floues.
Public Sénat

Par Steve Jourdin

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Emmanuel Macron consulte

Pour l’instant, Emmanuel Macron tâte le terrain. Vendredi dernier, le chef de l’Etat a reçu François Hollande à l’Elysée, avant d’en faire de même ce mardi avec Nicolas Sarkozy et de rencontrer Gérard Larcher et Yaël Braun-Pivet, les présidents des deux chambres, d’ici quinze jours. « Une réforme des institutions suppose un accord politique. Consulter est donc une bonne chose, d’autant plus que nous ne sommes pas dans une situation parlementaire dans laquelle un consensus se trouvera facilement. Il faut donc que cette consultation soit la plus large possible », analyse le constitutionnaliste Jean-Philippe Derosier, à la tête du groupe de réflexion sur l’évolution de la Constitution et des institutions (Gréci).

Alors que deux tentatives de réforme constitutionnelle ont déjà été abandonnées depuis son premier mandat (inscription de l’environnement dans la Constitution et promesses du candidat en 2017), le chef de l’Etat sait qu’il est attendu au tournant. « Emmanuel Macron a une fâcheuse tendance à consulter beaucoup pour au final n’écouter que lui-même » observe le sénateur socialiste Éric Kerrouche, qui s’étonne qu’un tel dossier soit remis au goût du jour dans le contexte brûlant de la réforme des retraites. « Ce n’est pas que le sujet n’intéresse pas les Français, mais je ne suis pas certain qu’ils aient la tête à cela en ce moment ! ».

 

Flou sur le contenu de la réforme

Emmanuel Macron pourrait décider de s’attaquer à plusieurs chantiers, déjà mis sur la table par le passé. Un éventuel retour au septennat ? « J’y suis favorable, à condition qu’il soit non renouvelable ! s’enthousiasme Loïc Hervé. Emmanuel Macron pourrait d’ailleurs commencer par se l’appliquer à lui-même, en démissionnant d’ici deux ans… » plaisante le sénateur union centriste et membre de la commission des lois. La suppression du poste de Premier ministre, telle que proposée par François Hollande ? Une « très mauvaise proposition, estime le socialiste Éric Kerrouche. Elle découle d’une vision présidentialiste basée sur une mauvaise interprétation de nos institutions. »

Alors que le Sénat a lancé à l’automne dernier un groupe de réflexion sur l’avenir des institutions, la question de la réduction du nombre de parlementaires, un temps évoquée, pourrait s’inviter dans les débats. « Si la réforme ne vise qu’à cela, il s’agira d’une réforme au rabais. Il faut entreprendre un véritable toilettage de notre Constitution et renforcer considérablement les pouvoirs du Parlement », selon Loïc Hervé. Un redécoupage territorial serait par ailleurs « complètement stupide » pour Éric Kerrouche, car cela reviendrait à introduire une « complexité inutile pour un coût financier considérable ».

Le retour du « conseiller territorial », souvent proposé, ne fait toujours pas consensus sur les bancs du Parlement. Impulsé par Nicolas Sarkozy, le conseiller territorial, désigné au scrutin majoritaire, devait remplacer les conseillers régionaux et les conseillers généraux. Cependant, l’élection de François Hollande en 2012 et le changement de majorité parlementaire avaient conduit à l’abandon de la réforme. « L’idée était déjà critiquable à l’époque, elle est aujourd’hui profondément insensée dans le cadre de nouvelles régions » considère Eric Kerrouche.

 

La question de la méthode

Reste à savoir comment une éventuelle réforme des institutions pourrait passer. « Il existe deux alternatives pour valider une réforme constitutionnelle. Dans les deux cas, elle doit au préalable être approuvée par les assemblées dans des termes identiques. Ensuite, le texte peut être définitivement entériné soit par référendum soit par la réunion du Congrès » explique Jean-Philippe Derosier.

Lors de la précédente réforme constitutionnelle de 2008, Nicolas Sarkozy avait opté pour la réunion du Congrès. Le texte soumis prévoyait notamment le renforcement des pouvoirs du Parlement, par l’intermédiaire d’une révision d’une trentaine d’articles et l’apparition de neuf autres. A l’époque, la réforme avait été adoptée à une voix près (539 voix « pour », 357 « contre », soit une de plus que la majorité requise des 3/5è des suffrages exprimés). Au regard de la constellation politique actuelle, difficile d’envisager l’élaboration d’une majorité sur une telle réforme dans un futur proche.

Partager cet article

Dans la même thématique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027
7min

Politique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027

Les groupes engagés dans l’ancien socle commun attendent que le gouvernement sorte du bois, s’agissant des pistes pour les prochains textes budgétaires. Cette année, ils n’ont pas adressé de propositions précises au gouvernement mais des grandes orientations, laissant à Matignon le point de départ des discussions. Alors que l’équation budgétaire se complique avec le ralentissement de la croissance, les rapporteurs généraux craignent le pire dans les prochains mois.

Le

Illustration in India.
2min

Politique

Cabinet de conseils : le parquet national financier annonce une saisie de 65 millions d’euros dans l’enquête pour fraude fiscale autour de McKinsey

Le parquet national financier a annoncé vendredi la saisie, avec la justice belge, d’une somme de 65 millions d’euros dans le cadre de l’enquête pour blanchiment aggravé de fraude fiscale autour du cabinet de conseil McKinsey. L’enquête avait été ouverte en mars 2022 dans le prolongement de la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017.

Le

FRA – GARCHES – HOPITAL RAYMOND-POINCARRE – PMR
6min

Politique

Fauteuils roulants, prestations sociales, école inclusive, accessibilité : quel est le bilan d’Emmanuel Macron en matière de handicap ?

Après deux quinquennats, la situation pour les personnes handicapées est mitigée. Des progrès sont là, avec le remboursement des fauteuils roulants, une hausse des aides sociales ou une présence accrue des élèves en situation de handicap à l’école. Mais les difficultés d’emploi, le manque de places dans le secteur médico-social ou des problèmes d’accessibilité rendent encore la vie des personnes handicapées difficile.

Le

Drought severely weakens maize crops. A lack of rainfall and high temperatures cause water stress, which can slow plant growth and reduce yields. Faced with these weather conditions, farmers must adapt their practices and optimize water use to safeguard th
7min

Politique

Plan d'aide d'1 milliard pour les agriculteurs : « Le gouvernement doit sortir de la perpétuelle urgence », demande Guillaume Gontard

Après un été de canicules, d'incendies et de sécheresse exceptionnels, le gouvernement a annoncé vendredi plus d'1 milliard d'euros d'aides d'urgence pour soutenir une agriculture française durement éprouvée. Insuffisant pour les syndicats qui réclament au moins le double. Le président du groupe écologiste du Sénat, Guillaume Gontard, demande au gouvernement une réponse structurelle à une crise systémique qui passe par une réduction des émissions et l'adaptation au climat.

Le