Jean-Louis Debré : « La Constitution a permis à des présidents différents de gouverner »
Jean-Louis Debré a été ministre, il a présidé l'Assemblée nationale puis le Conseil constitutionnel de 2002 à 2016. Il est aussi le fils de l'un...

Jean-Louis Debré : « La Constitution a permis à des présidents différents de gouverner »

Jean-Louis Debré a été ministre, il a présidé l'Assemblée nationale puis le Conseil constitutionnel de 2002 à 2016. Il est aussi le fils de l'un...
Public Sénat

Par Valentin GRAFF, Dominique CHABROL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Jean-Louis Debré a été ministre, il a présidé l'Assemblée nationale puis le Conseil constitutionnel de 2002 à 2016. Il est aussi le fils de l'un des principaux rédacteurs de la Constitution, qui aura 60 ans le 4 octobre. Un point de vue unique sur les institutions de la Ve République.

Q. Comment parvient-on à rédiger la Constitution de 1958 en seulement quelques mois ?

R. Mon père (Michel Debré, futur Premier ministre de 1959 à 1962, ndlr) et le général de Gaulle partageaient la conviction qu'une Assemblée constituante comme celle de la IVe République est incapable de faire un projet de constitution cohérent, et que le texte de compromis aboutira à la paralysie du gouvernement. C'est exactement ce qui s'est passé sous la IVe.

Donc, il faut aller vite et qu'il y ait une cohérence dans le texte constitutionnel. Cela ne veut pas dire qu'on n'associe pas de parlementaires (au processus) car certains siègent au comité consultatif constitutionnel, mais le Parlement en tant que tel n'intervient pas pour élaborer la Constitution.

Q. Pourquoi attendre 1962 pour y inscrire le suffrage universel ?

Les présidents de la Ve république
Dates des mandats des huit présidents de la Ve République
AFP

R. En 1958, (Michel Debré et de Gaulle) vont écarter le suffrage universel pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'ils considèrent que de Gaulle, qui a une légitimité très forte, n'en a pas besoin. Ensuite, à l'époque la citoyenneté française va bien au-delà de la métropole et il est difficile, politiquement, de faire que toute l'Afrique francophone participe à l'élection du président de la République. Enfin, en 1958, l'opposition est très vive et ils n'ont pas envie de laisser un argument que les opposants ne manqueraient pas d'utiliser : le précédent de 1848, quand Louis-Napoléon Bonaparte a été élu au suffrage universel avant de faire un coup d'État en 1851.

Q. 24 réformes de la Constitution en 60 ans n'ont-elles pas dénaturé le projet de départ ?

R. En France, les politiques me font penser à des joueurs de football. Au football, quand vous ne mettez pas le ballon dans le but, il y a deux façons d'y arriver, soit agrandir les buts, soit il faut travailler, travailler, pour y arriver. Mais en France, on préfère agrandir les buts. Changer les règles, donc faire des réformes.

Les 25 présidents de la République française
Les présidents français sous les différentes Républiques
AFP

Pourquoi veut-on modifier la Constitution ? On explique qu'on voit se développer l'abstentionnisme en France. Mais les Français sanctionnent les comportements politiques, pas les institutions. De tout temps, la réforme constitutionnelle a été un alibi pour les politiques, pour faire croire qu'ils réformaient et éviter qu'on remette en cause leur comportement.

R. Quelles ont été les modifications majeures ?

Q. La première qui va vraiment changer les choses, c'est l'élection du président au suffrage universel. Une deuxième réforme importante, c'est la transformation des deux sessions parlementaires - le Parlement se réunissait en deux sessions, une jusqu'à fin décembre, la deuxième du 2 avril jusqu'à fin juillet - en une session unique. C'est-à-dire que les parlementaires siègent tout le temps, ce qui va aboutir à la multiplication des lois. Enfin, le passage, que tout le monde a voulu, du septennat au quinquennat. Ajoutez à cela le fait que les élections législatives ont lieu dans la foulée de la présidentielle, ça va complètement transformer l'équilibre des institutions.

Q. Comment expliquer la longévité de cette Ve République ?

R. Notre constitution a permis de gouverner à des présidents complètement différents, de Gaulle, Pompidou, Giscard d'Estaing, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande et Macron ! Elle a traversé des alternances, des crises politiques et elle est toujours là. Elle est adaptée aux circonstances.

Le meilleur hommage, c'est François Mitterrand qui l'a rendu. Procureur des institutions, qui fait une violente campagne contre la Constitution en 1958 et contre le référendum en 1962. Et qui va être élu, réélu, au suffrage universel, et ne va surtout pas toucher aux institutions.

Q. Quel regard portez-vous sur la réforme qui se prépare ?

R. Je dis attention! Regardez où le système italien nous a menés. La proportionnelle va progressivement, par sa répétition, aboutir au développement des formations politiques à l'Assemblée. C'est-à-dire à la difficulté de constituer un gouvernement homogène.

Partager cet article

Dans la même thématique

ZFE la fin des Zones a Faibles Emissions votee par l Assemblee Nationale
3min

Politique

Loi de « simplification » : le Conseil constitutionnel censure la suppression des ZFE et l’assouplissement du ZAN

Le Conseil constitutionnel a censuré ce jeudi 21 mai plusieurs articles emblématiques de la loi de « simplification économique », parmi lesquels la suppression des zones à faibles émissions (ZFE) et un assouplissement des règles du « zéro artificialisation nette » (ZAN). Jugées sans rapport direct avec le projet de loi initial, ces dispositions ont été qualifiées de « cavaliers législatifs ». Au total, 25 articles sur 84 ont été censurés totalement ou partiellement, au terme d’un feuilleton parlementaire de deux ans.

Le

Jean-Louis Debré : « La Constitution a permis à des présidents différents de gouverner »
5min

Politique

Exclu Public Sénat : Le président du Medef critique les « déclarations très guerrières » de la nouvelle présidente du Cese Claire Thoury

Après l’élection, mercredi 20 mai, de la présidente du Mouvement associatif Claire Thoury, à la tête du Conseil économique, social et environnemental (Cese), Patrick Martin réagit. Le président du Medef met en garde, jeudi 21 mai, contre « un dévoiement » de l’organisation et enjoint sa nouvelle présidente à « ne pas faire de politique ».

Le

Statement by French Outgoing Prime Minister Sebastien Lecornu – Paris
10min

Politique

« 710 millions d’euros d’aides nouvelles » : prime carburant, taxis, pêcheurs, aides à domicile...Retrouvez le détail des annonces du gouvernement pour faire face à la crise

Le premier ministre Sébastien Lecornu a tenu une conférence de presse ce jeudi pour y dévoiler de nouvelles aides ciblées. Accompagné de plusieurs de ses ministres, Sébastien Lecornu qui a affirmé que la guerre en Iran allait durer, a annoncé 710 millions d’aides nouvelles. Retrouvez le détail des aides secteur par secteur, et les temps fort de cette conférence de presse.

Le

Jean-Louis Debré : « La Constitution a permis à des présidents différents de gouverner »
4min

Politique

Élargissement du corps électoral en Nouvelle-Calédonie : « Le gouvernement s’est appuyé sur mon texte pour aller plus vite », explique le sénateur LR Georges Naturel

Par l’adoption définitive de la proposition de loi du sénateur de Nouvelle-Calédonie, Georges Naturel, le Parlement ouvre la voie à l’élargissement du corps électoral à plus de 10.000 natifs de l’archipel. Mais il regrette que son texte ait été examiné dans la précipitation. « A 40 jours d’une élection, modifier le corps électoral, ce n’est pas tout à fait normal », pointe Georges Naturel.

Le