L’abstention, inconnue majeure de l’élection présidentielle à un mois du scrutin
Selon une étude Odoxa-Backbone Consulting pour le Figaro, près d’un quart des Français pourrait ne pas aller voter au premier tour de l’élection présidentielle et 65 % d’entre eux s’attendent à une abstention « inédite ». Des chiffres qui posent la question de la remobilisation de l’électorat.

L’abstention, inconnue majeure de l’élection présidentielle à un mois du scrutin

Selon une étude Odoxa-Backbone Consulting pour le Figaro, près d’un quart des Français pourrait ne pas aller voter au premier tour de l’élection présidentielle et 65 % d’entre eux s’attendent à une abstention « inédite ». Des chiffres qui posent la question de la remobilisation de l’électorat.
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Par Pierre-Louis Doucé

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Une élection « jouée d’avance » ? C’est l’impression de 40 % des électeurs hésitant à aller voter au premier tour de l’élection présidentielle, selon une étude Odoxa-Backbone Consulting réalisée pour Le Figaro et publiée le 16 mars. Toujours d’après l’enquête, 24,4 % des électeurs, soit un votant sur quatre, se dit incertain de voter le 10 avril. Au-delà du sentiment d’inéluctabilité autour du résultat, 36 % des interrogés déplorent un manque de prise en compte du vote blanc, quand 34 % d’entre eux ne se reconnaissent pas dans les idées ou propositions des candidats.

Un « manque de représentativité de la classe politique » pointé du doigt

La question de l’abstention avait déjà fait débat au moment des élections régionales et départementales en 2021. Près de 65 % des électeurs avaient boudé les deux tours du scrutin. D’après une autre enquête Odoxa-Backbone Consulting publiée le 24 juin 2021, la moitié des abstentionnistes interrogés exprimait un manque d’intérêt ou une défiance envers le monde politique.

Pour Dorian Dreuil, spécialiste des enjeux d’engagement, de mobilisation citoyenne et de démocratie citoyenne à la Fondation Jean Jaurès et coprésident de l’association « A voté », cette tendance est liée à « un désintérêt croissant du citoyen envers le politique ». « Sur le plan structurel, le manque de représentativité de la classe politique est en partie dû au manque de ressemblance avec les citoyens ». Le chercheur pointe également du doigt des facteurs conjoncturels comme « l’impression que cette campagne n’a pas commencé et n’aura pas lieu » et « la marginalisation et l’absence de discussion sur les modalités démocratiques dans le débat présidentiel ».

Face à ce défi, les sénateurs ont planché sur l’extension et la généralisation des moyens alternatifs de vote. « Plus il est simple de voter, plus on vote » affirme Dorian Dreuil. En décembre 2020 paraissait un rapport intitulé « le vote à distance, à quelles conditions ? » piloté par le sénateur LR et président de la Commission des Lois François-Noël Buffet. Le document recommandait de « poursuivre la sécurisation du vote par Internet ». Au mois de janvier 2021, le sénateur socialiste des Landes Éric Kerrouche avait défendu le recours à la double procuration et au vote par correspondance, estimant que celui-ci « favorise la participation au scrutin ».

Le vote dès 16 ans sur la table des solutions

La question autour de l’abaissement de l’âge minimal requis pour voter est également sur la table. Sur ce point, Dorian Dreuil estime que « plus on vote tôt, plus on vote durablement ». Le 9 décembre, la sénatrice du Nord Martine Filleul avait porté à l’ordre du jour une proposition de loi, finalement rejetée, visant à fixer ce seuil à l’âge de 16 ans. Deux mois auparavant, le patron des sénateurs socialistes Patrick Kanner assurait que « plus les jeunes votent précocement […] plus on en fera des citoyens sur le long terme ». Aujourd’hui, le droit de vote à 16 ans constitue une promesse de campagne d’Anne Hidalgo, Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon.

Si réforme du vote et de la participation citoyenne il y a, celle-ci devra attendre le prochain quinquennat. Pour rappel, le premier tour de l’élection présidentielle de 2017 a vu 22,2 % du corps électoral bouder le scrutin. Pour retrouver un tel niveau d’abstention, il faut remonter au premier tour de l’élection présidentielle de 2002, où 28 % des votants ne s’étaient pas déplacés.

» Lire aussi : Thierry Vedel : « Les outils numériques ne peuvent pas à eux seuls effacer la défiance des citoyens envers leurs élus »

 

Étude réalisée par Odoxa-Backbone Consulting pour Le Figaro. Enquête réalisée auprès d’un échantillon de 1 005 Français représentatif de la population française, âgée de 18 ans et plus, interrogé par internet les 15 et 16 mars 2022. La représentativité de l’échantillon est assurée par la méthode des quotas appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, niveau de diplôme et profession de l’interviewé après stratification par région et catégorie d’agglomération. Auprès de l’ensemble des Français, la marge d’erreur s’établit, selon le score visé, à plus ou moins 1,4 et 3,1 points.

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