Les responsables politiques reçus par le chef de l’Etat rejettent tous l’idée d’un gouvernement d’union nationale. L’exécutif vise plutôt des majorités « projet par projet ». Il mise sur les questions de pouvoir d’achat, de transition écologique et de sécurité.
L’idée de gouvernement d’union nationale, lancée par Emmanuel Macron, fait long feu
Les responsables politiques reçus par le chef de l’Etat rejettent tous l’idée d’un gouvernement d’union nationale. L’exécutif vise plutôt des majorités « projet par projet ». Il mise sur les questions de pouvoir d’achat, de transition écologique et de sécurité.
Emmanuel Macron n’a pas encore trouvé la formule magique pour rendre gouvernable une Assemblée qui paraît ingouvernable. Après les législatives, qui n’ont donné qu’une majorité relative au chef de l’Etat – un choque pour la majorité – Emmanuel Macron tente de reprendre la main depuis hier. Il a consulté tous les chefs de partis, avant une prise de parole attendue, ce mercredi soir, à 20 heures.
Dans ce contexte ou l’incertitude prévaut, Emmanuel Macron a lancé une idée : faire un gouvernement d’union nationale. Selon le communiste Fabien Roussel, le chef de l’Etat lui a affirmé qu’il l’envisageait. Idée que le numéro 1 du PCF a écarté. Le sujet n’a en revanche pas été évoqué devant les responsables du PS et de LR, Olivier Faure et Christian Jacob, ont-ils assuré.
Marine Le Pen affirme de son côté qu’Emmanuel Macron lui a aussi évoqué, lors de leur entretien mardi, l’hypothèse de constituer un gouvernement d’union nationale. Mais un fidèle marcheur n’y croit pas et se dit « convaincu que le Président n’a pas proposé de gouvernement d’union nationale à Marine Le Pen ». Toujours est-il que l’idée n’a pas fait long feu. « Je pense que la situation ne le justifie pas », a simplement affirmé en arrivant à l’Assemblée, ce mercredi, la responsable RN.
« Il n’y a pas de nécessité de gouvernement d’union nationale » pour Julien Bayou
Même rejet chez les autres responsables politiques. « J’ai évacué. Il n’y a pas de nécessité de gouvernement d’union nationale. Il y a un Parlement. Ce n’est pas à l’Elysée qu’on doit faire la politique, c’est dans l’hémicycle » défend Julien Bayou, numéro 1 de EELV (voir la vidéo). Ses troupes voteront au cas par cas, « en fonction de l’idée que nous nous faisons du bien du pays ». Il appelle le Président à « passer aux actes », par exemple en faisant « voter sa majorité relative sur un texte déposé par les écologistes ».
Pour LFI, Adrien Quatennens rejette tout autant l’idée. « Pardon, l’union nationale fait référence à des périodes historiques », « je pense aux guerres ». Il ajoute :
Aucune combine ou aucune participation à un gouvernement avec le Président.
« En revanche, pour le bien des gens, nous allons devoir regarder et faire ce qu’il faut, et regarder si le Président et sa majorité relative sont au rendez-vous de nos propositions sur la situation sociale », affirme le député LFI, qui espère aussi que la majorité viendra à eux, plutôt que l’inverse.
« L’intersection des patates »
Alors quelle solution ? « Toutes les options sont sur la table. Cela peut être effectivement un élargissement de notre majorité, la poursuite du dépassement centre gauche/centre droit, ça peut être pourquoi pas un élargissement encore plus large pour se dire l’heure est grave, il faut que nous puissions unir nos forces et trouver des points de consensus pour réformer le pays, ou ça peut être un système de majorité projet par projet, tantôt avec la gauche, tantôt avec la droite », a détaillé sur BFMTV le ministre des Relations avec le Parlement, Olivier Véran, qui rejette pour sa part le RN et LFI, car ils ne sont pas « dans l’arc républicain ».
Edouard Philippe, reçu aussi à l’Elysée en tant que président du parti Horizons, composante de la majorité, exclut aussi le RN et LFI. « Je ne crois pas que la majorité relative ait vocation à construire un accord de gouvernement avec l’extrême droite ou avec l’extrême gauche. Ce n’est pas du tout ce que j’appelle de mes vœux. Avec le groupe des LR, une discussion pourrait s’engager ou peut-être avec le groupe écologiste ou socialiste », soutient Edouard Philippe. Mais il reconnaît que « nous n’avons pas l’habitude de le faire en France ». « Si j’étais devant une classe de jeunes enfants, nous devons trouver, si j’ose dire, l’intersection des patates. C’est-à-dire l’endroit où les choses peuvent être mises en commun », illustrait l’ex-premier ministre ce matin sur BFM. Après la « poutre travaille », voici donc venu l’ère de « l’intersection des patates »…
« Il n’y a pas de gens qui ont envie de faire cette danse avec nous »
Toujours est-il que l’idée de gouvernement d’union nationale est mort-née. « Il n’y a pas de gens qui ont envie de faire cette danse avec nous, en tout cas pour faire un gouvernement d’union nationale, un contrat de mandature. Il est plus probable de faire projet par projet, en écoutant, aussi », constate un ministre.
L’idée qui se dessine en haut lieu est de viser, a minima, un « noyau dur d’intérêt général », sur lequel les formations pourront s’entendre. Trois sujets pourraient permettre ce type de majorité de circonstance, pense-t-on chez les macronistes : le pouvoir d’achat, avec la question de la revalorisation du travail, la transition écologique et le régalien, l’ordre, en mettant par exemple « plus de bleus dans la rue ». On imagine mal en effet les LR voter contre.
Les oppositions ne pourront pas non plus imposer toutes leurs vues. Un texte « totalement orthogonal », c’est-à-dire loin des idées de la majorité, ne pourrait s’imposer. Il faudra « une vraie convergence », explique-t-on du côté de l’exécutif. Il faudra pour ça beaucoup discuter. Emmanuel Macron disait pendant la campagne présidentielle vouloir changer de méthode. Les Français, par le résultat des législatives, l’ont pris au mot. Il n’a aujourd’hui plus le choix.
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