L’île des Faisans, à la frontière franco-espagnole, le plus petit condominium au monde
François 1er, prisonnier de Charles Quint, y fut échangé, moult princesses à marier y ont transité : au milieu du fleuve frontalier Bidassoa, l...

L’île des Faisans, à la frontière franco-espagnole, le plus petit condominium au monde

François 1er, prisonnier de Charles Quint, y fut échangé, moult princesses à marier y ont transité : au milieu du fleuve frontalier Bidassoa, l...
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Par Colette LARRABURU

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Publié le

François 1er, prisonnier de Charles Quint, y fut échangé, moult princesses à marier y ont transité : au milieu du fleuve frontalier Bidassoa, l'île des Faisans cesse mercredi d'être espagnole pour passer pendant six mois sous administration française.

Ce rituel biannuel, pour un lopin de terre boisé de 3000 m2, est l'unique exemple de souveraineté alternée de deux nations sur un même territoire.

"L'île des Faisans est le plus petit condominium au monde et surtout le seul confié à la marine", explique Boris Solin, ancien commandant de la marine à Bayonne (2012-2013) et, à ce titre, ancien vice-roi de l’île des Faisans.

Un titre prestigieux porté en son temps par Pierre Loti, écrivain et officier de marine français (1850-1923).

"Depuis le traité de Bayonne de 1856, l'île est dirigée par deux vice-rois, le commandant de la marine nationale de Bordeaux (la base navale de l'Adour, plus proche, a fermé en 2015) et son homologue espagnol à Saint-Sébastien. Elle est sous autorité espagnole du 1 février au 31 juillet et sous autorité française du 1er août au 31 janvier", détaille M. Solin.

A Saint-Sébastien, c'est Luis Rodriguez Garat, commandant de la marine, qui a peaufiné la cérémonie de passation des pouvoirs du 31 juillet, "simple, à 7H30, en présence d'une dizaine de personnes", résume-t-il, regrettant que "la superficie de l'île rende difficile toute commémoration".

Monument sur l'île aux Faisans au milieu du fleuve frontalier Bidassoa, photo du 10 juillet 2018
Monument sur l'île aux Faisans au milieu du fleuve frontalier Bidassoa, photo du 10 juillet 2018
AFP

L’île est fermée au public. Elle accueille parfois des visiteurs pour les journées du patrimoine ou lors de signatures de traités locaux. "C'est dommage", regrette Boris Solin. "En 2012, nous avions réussi à réunir une cinquantaine de personnes pour la passation des pouvoirs. Je voulais une cérémonie avec du panache".

"Cette île est le symbole de la paix . +Faisans+ ne désigne pas le volatiles, mais +faiseurs de paix+. C'est ici que fut signé le traité des Pyrénées en 1656", mettant fin à la guerre entre les couronnes de France et d'Espagne, "et l'année suivante le contrat de mariage de l'Infante Marie-Thérèse avec Louis XIV".

- Valse d'infantes -

"Il faut imaginer ce que furent les tractations du traité de paix qui ont duré trois mois. Face au cardinal Mazarin, premier ministre de Louis XIV, Don Luis de Haro, premier ministre de Philippe IV d'Espagne. Ce fut une sorte de G7 ou plutôt de G2", sourit M. Solin.

"Un pavillon coupé en deux avait été érigé sur l'île avec un côté français, un côté espagnol, comme un concours entre royaumes", détaille-t-il. "On avait sorti les tentures d'Aubusson, les tapis en fil d'or. C'était +je t'en mets plein la vue, car c'est moi le plus fort !+".

"Ce fut un moment à grande portée historique attendu par toute l'Europe après des siècles de rivalités entre les deux royaumes", souligne l'historien Pedro Sanchez.

"L'île a été aussi le théâtre de bien des épisodes historiques", note-t-il. En 1526, François Ier, prisonnier de Charles Quint, y est libéré sur une barque en échange de ses deux fils.

En 1615, c'est l’échange des princesses, l'Infante Anne d'Autriche, fille de Philippe III d'Espagne promise à Louis XIII et Elizabeth, fille du roi de France Henri IV promise à Philippe IV d'Espagne.

L'île aux Faisans, photo du 10 juillet 2018
L'île aux Faisans, photo du 10 juillet 2018
AFP

En 1722, nouvel échange de princesses, Marie-Anne Victoire, infante d'Espagne, promise à Louis XV, roi de France, et Louise-Elizabeth d'Orléans, fille du Régent, promise au futur roi d'Espagne, Louis Ier.

L'infante a 3 ans et Louis XV en a 11 ! Mais qu'importe, les alliances sont plus importantes. Et quand elles se retourneront, Marie-Anne sera renvoyée chez elle à sept ans. Tant pis, elle épousera le roi du Portugal.

Ces épopées de l'île des Faisans inspirent les artistes. En 2013, Chantal Thomas a écrit un livre "L'échange des princesses" dont Marc Dugain a tiré un film en 2017 du même nom.

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