La crise des "gilets jaunes" n'est pas encore terminée mais le ministère de l'Intérieur doit éteindre un nouvel incendie: une fronde des...
L’Intérieur confronté à une fronde dans la police dans le sillage des « gilets jaunes »
La crise des "gilets jaunes" n'est pas encore terminée mais le ministère de l'Intérieur doit éteindre un nouvel incendie: une fronde des...
Par Gregory DANEL
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La crise des "gilets jaunes" n'est pas encore terminée mais le ministère de l'Intérieur doit éteindre un nouvel incendie: une fronde des policiers qui réclament "un retour sur investissement" après leur mobilisation en masse sur les manifestations.
Confronté à sa première crise en interne depuis son arrivée il y a deux mois à Beauvau, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a reçu mardi soir les trois organisations syndicales représentatives chez les gardiens de la paix: Alliance, Unité-SGP-FO et Unsa-Police. Après trois heures de discussions, celles-ci ont été suspendues et reprendront mercredi, ont annoncé les syndicats.
"Il n'y a pas de rupture. Il y a poursuite des discussions avec interruption car le ministre doit demander des arbitrages", a déclaré Jean-Claude Delage, secrétaire général du syndicat Alliance.
En attendant le syndicat Unité-SGP-FO rejoint le mouvement initié par Alliance sur le mot d'ordre "fermons les commissariats". Ce dernier a demandé "à tous les policiers de France de ne sortir que sur appel" d'urgence mercredi.
"Ils ne bloqueront pas les commissariats parce qu'ils ont le sens du service public", avait assuré M. Castaner quelques heures avant cette rencontre.
"Je ne crois pas que les policiers soient +gilets jaunes+", avait estimé le ministre.
Depuis une petite semaine, les syndicats ont fait monter la pression sur le gouvernement après un mois éreintant où les forces de l'ordre ont dû gérer la mobilisation des "gilets jaunes" mais aussi une menace terroriste revenue brutalement sur le devant de l'actualité avec l'attentat de Strasbourg, qui a fait cinq morts.
Lundi, les syndicats policiers, regonflés par des taux de participation record aux récentes élections professionnelles (85,54% au comité technique de la police nationale), ont décidé de durcir le ton pour contraindre l'exécutif à délier les cordons de la bourse.
- Des millions d'euros d'heures supplémentaires -
Pour calmer cette colère, le gouvernement a d'ores et déjà proposé une prime de 300 euros aux forces de l'ordre mobilisées face aux "gilets jaunes", selon un amendement déposé mardi dans le cadre de l'examen du projet de loi de finances 2019. Elle devrait bénéficier à 111.000 policiers et gendarmes pour un coût total d'environ 33 millions d'euros. Le principe de cette prime avait été annoncé par le chef de l'Etat dès le 3 décembre.
Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner à l'Assemblée nationale le 18 décembre 2018
AFP
En marge des syndicats, un mouvement baptisé "gyros bleus" et relayé sur les réseaux sociaux par des policiers en colère agite le souvenir du mouvement de fronde inédit qui a surgi à l'automne 2016 au sein de la base policière, après l'attaque au cocktail molotov dont ont été victimes des fonctionnaires à Viry-Chatillon (Essonne).
"Crise", "mal-être", "perte de sens" : un rapport parlementaire avait dressé en juillet un tableau très sombre de l'état des forces de l'ordre françaises, en particulier de la police.
Le mois de crise des "gilets jaunes" qui vient de s'écouler, avec un niveau de mobilisation des forces de l'ordre rarement atteint et des confrontations parfois très violentes avec les manifestants, n'a rien arrangé.
Il a nourri "l'épuisement" des forces de sécurité, décrit tant par les hommes de terrain que les syndicats et même par le gouvernement qui a usé de cet argument pour demander aux "gilets jaunes" de cesser de manifester.
Parmi les réponses à la fronde syndicale, Christophe Castaner a également affirmé vouloir s'attaquer au serpent de mer du paiement des millions d'euros d'heures supplémentaires dus aux policiers.
"L'Etat doit actuellement presque 275 millions d'euros à ses policiers au titre des heures supplémentaires, non pas de ces derniers mois ou de cette dernière année, mais depuis des dizaines d'années. C'est un chantier que je veux ouvrir", a-t-il déclaré.
Mais pour Beauvau, le chemin budgétaire est étroit car le gouvernement a accordé de lourdes concessions pour répondre aux revendications des "gilets jaunes" au risque de faire déraper les finances publiques. Le ministre s'est donc gardé de fixer un calendrier.
"Je ne peux pas dire d'un claquement de doigts que je vais trouver 275 millions d'euros (...). Ca nous prendra un peu de temps, on ne trouve pas comme ça en quelques semaines un tel montant", a-t-il fait valoir.
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