La cigarette bientôt interdite dans les films français ?
Interpellée par une sénatrice PS sur le cinéma français qui « valorise » et « banalise » l’usage de la cigarette auprès des jeunes, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a dit « rejoindre totalement » la sénatrice. Elle promet « une action ferme » dans le prochain plan national de réduction du tabagisme.

La cigarette bientôt interdite dans les films français ?

Interpellée par une sénatrice PS sur le cinéma français qui « valorise » et « banalise » l’usage de la cigarette auprès des jeunes, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a dit « rejoindre totalement » la sénatrice. Elle promet « une action ferme » dans le prochain plan national de réduction du tabagisme.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Pour lutter contre le tabagisme et ses 80.000 morts par an en France, le gouvernement compte porter d’ici 2020 à 10 euros le prix du paquet de cigarette. Après les députés, les sénateurs ont adopté cette mesure jeudi matin, dans le cadre de l’examen du budget de la Sécurité sociale, tout en limitant la hausse pour les cigares, à la demande du gouvernement (voir notre article).

Au-delà du prix du tabac, la sénatrice PS de la Sarthe, Nadine Grelet-Certenais, propose d’agir sur l’image du tabac. Elle met directement en cause… le cinéma :

« Il faut aller au-delà du porte-monnaie (…) en s’intéressant notamment aux incitations culturelles à fumer. Je pense par exemple au cinéma qui valorise la pratique. La Ligue contre le cancer démontre dans une étude que 70 % des nouveaux films français mettent à l’image au moins une fois une personne en train de fumer. Ça participe peu ou prou à banaliser l’usage, si ce n’est à le promouvoir, auprès des enfants et des adolescents, qui sont les premiers consommateurs de séries et de films, sur internet notamment. Des solutions doivent être envisagées pour mener une véritable politique de prévention prenant en compte cette sorte de publicité détournée pour la consommation de tabac ».

Agnès Buzyn : « Je ne comprends pas l’importance de la cigarette dans le cinéma français »

Va-t-on bientôt interdire la cigarette à l’écran ? On avait déjà vu le refus par la RATP de l’affiche d’un film sur Coco Chanel pour cause de cigarette dans les mains d’Audrey Tautou. Ou encore la pipe de Jacques Tati, qui avait posé problème, au nom du respect de la loi Evin. Toujours est-il que la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a exactement la même réflexion que la sénatrice. Elle compte même agir dans le cadre du second plan national de réduction du tabagisme, a-t-elle annoncé aux sénateurs dans la nuit de mercredi à jeudi.

« Le deuxième plan va travailler sur le marketing social, sur les réseaux sociaux, à la dénormalisation de l’image du tabac dans la société, notamment vis-à-vis des jeunes. Et je rejoins totalement ce qu’a dit Madame la sénatrice sur le cinéma français. Je veux qu’on ait une action ferme là-dessus. Je ne comprends pas l’importance de la cigarette dans le cinéma français » a affirmé la ministre de la Santé (voir la seconde partie de la vidéo). Elle ajoute : « J’en ai parlé au conseil des ministres ce matin à Françoise Nyssen (ministre de la Culture, ndlr) pour l’alerter. Il y aura des mesures en ce sens » promet-elle, mais ce ne sera « pas les seules. Il y aura des mesures d’interdiction de fumer devant les écoles et lycées » et des mesures vers des publics cibles, comme les chômeurs et les « femmes enceintes françaises, qui fument beaucoup trop ».

Débat sur la liberté de création artistique

Reste qu’agir contre la diffusion d’images de fumeurs dans les films français risque d’ouvrir un plus large débat. Faudra-t-il interdire aussi les films violents ? Dans ce cas, « Irréversible », de Gaspar Noé, n’aurait pas été possible. Ou les scènes où les personnes se droguent, qui peuvent jouer le rôle d’incitation ? On pense par exemple à « 99 francs » de Jan Kounen. Que faire aussi des films sur la guerre ? Et dans ce cas, quid des films étrangers ? Seront-ils aussi concernés ? C’est tout le débat sur la liberté de création artistique et l’effet que peuvent avoir les œuvres sur ceux qui les reçoivent.

Partager cet article

Dans la même thématique

La cigarette bientôt interdite dans les films français ?
5min

Politique

Elections provinciales en Nouvelle-Calédonie : Naïma Moutchou propose l’entrée de 1 500 à 1800 personnes dans le corps électoral en tant que conjoints de natifs 

Alors que se tiendra le 28 juin, les élections provinciales en Nouvelle-Calédonie, le gouvernement s’appuie sur une proposition de loi du Sénat pour parvenir à un consensus sur l’élargissement du corps électoral aux natifs de l’Archipel. Mais l’exécutif compte aller plus loin en y intégrant également leurs conjoints. Auditionnée mercredi par la commission des lois du Sénat, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou s’est vu opposer une fin de recevoir par les élus. 

Le

Paris: Examens projets de loi Senat
8min

Politique

Gérald Darmanin recule sur le plaider-coupable : « Un mauvais service rendu aux victimes », dénonce la rapporteure du texte au Sénat

Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin a, largement, revu à la baisse la portée du dispositif de plaider-coupable, la réforme phare et controversée de son projet de loi sur la justice criminelle, adopté au Sénat le mois dernier. Face à la pression des avocats, le ministre propose désormais d’exclure du dispositif tous les crimes sexuels et l’ensemble des crimes passibles de la cour d’assises. « Certains se servent des victimes contre l’intérêt », dénonce Dominique Vérien, présidente de la délégation aux droits des femmes du Sénat et co-rapporteure du texte.

Le

Hearing of French billionaire and majority shareholder of the Canal+ media group Vincent Bollore at National Assembly
7min

Politique

L’offensive de Vincent Bolloré sur le septième art

À la veille de l’ouverture du Festival de Cannes, une tribune signée par près de 600 professionnels du cinéma dénonce l’extension de l’influence de Vincent Bolloré dans le septième art. L’entrée de Canal+ au capital d’UGC ravive les craintes autour de la concentration des médias et d’une possible emprise idéologique sur la création culturelle française.

Le