La continuité des services publics menacée par Omicron ? « Je crains qu’on  ne soit au bord du gouffre », s’inquiète Jean-Michel Arnaud
Alors que des records journaliers de contamination au covid-19 s’enchaînent en France, des inquiétudes se posent sur l’état de fonctionnement des services publics de base. L’un des rapporteurs de la mission d’information du Sénat sur le covid-19 estime que le gouvernement va vite se retrouver au pied du mur.

La continuité des services publics menacée par Omicron ? « Je crains qu’on ne soit au bord du gouffre », s’inquiète Jean-Michel Arnaud

Alors que des records journaliers de contamination au covid-19 s’enchaînent en France, des inquiétudes se posent sur l’état de fonctionnement des services publics de base. L’un des rapporteurs de la mission d’information du Sénat sur le covid-19 estime que le gouvernement va vite se retrouver au pied du mur.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

La France a enregistré pour la première fois le 3 janvier plus de 400 000 contaminations par jour du covid-19. L’extrême contagiosité du variant omicron va-t-elle entraîner des paralysies dans certains services publics, voire une « désorganisation de la société », comme le redoutait le Conseil scientifique fin 2021 ? La hausse des absences est en tout cas scrutée par le gouvernement. Le Premier ministre Jean Castex a réuni en début de semaine dix de ses ministres « afin de faire le point sur l’impact du variant Omicron et sur la continuité des services publics essentiels » (santé, éducation, transports, administrations, forces de sécurité ou encore énergie).

Interrogé par Public Sénat, l’un des deux rapporteurs de la mission d’information sénatoriale sur les mesures de restriction, fait part de sa préoccupation face à la vigueur épidémique. « Il y a une inquiétude sérieuse de voir une certaine rupture d’offres de services publics à la population. Je crains qu’on ne soit au bord du gouffre », réagit Jean-Michel Arnaud (Union centriste). Le sénateur des Hautes-Alpes ajoute : « Je pense que le gouvernement ne pourra pas tenir la position qui est la sienne. » La mission d’information pourrait auditionner des acteurs de l’Education nationale et de l’Hôpital dans les prochains jours, pour formuler de nouvelles recommandations.

Avec des jours où la barre des 1,5 million de tests est franchie, la présidente de la commission des affaires sociales du Sénat, Catherine Deroche (LR) s’inquiète de la stratégie à l’œuvre. « On teste à tout va avec des coûts colossaux. Le coût a du sens si cela débouche sur quelque chose de cohérent derrière. »

Un pic de 15 % d’enseignants absents attendu dans l’Education nationale

A l’Education nationale, ce mois de janvier est jugé « difficile », de l’aveu de Jean-Michel Blanquer, interrogé à ce sujet lors des questions au gouvernement qui se sont tenues au Sénat ce 5 janvier. Le ministre a indiqué que le taux d’absence cette semaine s’élevait à 7 %. Le pic pourrait grimper jusqu’à 15 %, tout en précisant que des moyens étaient actuellement déployés « pour aller au-delà des 9 % de moyens de remplacement ». Le sénateur Arnaud de Belenet (apparenté au groupe Union centriste), l’avait interpellé sur ces élèves des enseignants en arrêt maladie, renvoyés chez eux.

Fin décembre, Arnaud Fontanet, membre du Conseil scientifique, s’attendait à ce qu’un moins un tiers des enseignants de France soit concerné par une absence par le virus d’ici fin janvier. « Parmi les enseignants, il y aura un tiers qui sera touché, voire plus, de façon directe ou indirecte. Ce sera la même chose pour les élèves », estimait l’épidémiologiste. Comprendre : des contaminations additionnées aux cas contacts, et ce, de façon cumulée.

La tension est montée d’un cran ce vendredi, contre un « protocole sanitaire ingérable ». Le SNUipp-FSU, syndicat majoritaire du premier degré, et le SE-Unsa (écoles, collèges et les lycées), appellent les enseignants à faire grève le 13 janvier. Ils veulent « obtenir les conditions d’une école sécurisée sous Omicron ».

Fortes tensions dans les effectifs dans les hôpitaux

A l’hôpital, les effectifs sont également victimes de la vague épidémique. Martin Hirsch, le directeur général de l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris, avait prévenu le 31 décembre que janvier allait « tanguer ». Il y a une semaine, le ministère de la Santé avait pris des devants en autorisant les personnels positifs asymptomatiques à déroger aux règles d’isolement, et à pouvoir continuer à travailler auprès de patients vaccinés et non vulnérables. Depuis plusieurs jours, de nombreux grands hôpitaux connaissent une forte tension. Le 3 janvier, à Perpignan, on comptait 300 agents en moins (dont la moitié de soignants). Fin décembre, le CHU de Lille devait composer avec « 600 infirmiers et aides-soignants absents par jour ».

Dans les transports, Omicron pousse aussi les opérateurs à réduire la voilure. En début de semaine, Île-de-France Mobilités relevait que 11 % du personnel dans les transports franciliens étaient en arrêt maladie, selon RTL. Dans plusieurs régions, le trafic des TER est également ralenti, mais la SNCF a également réduit le nombre de trains à cause de la baisse de fréquentation induite par le télétravail.

Les administrations et agences du service public (Pôle Emploi, Caisses d’allocation familiales) s’adaptent aussi à la période actuelle, service par service, avec des prises de rendez-vous d’usagers plutôt que des horaires de réception, ou des horaires de réponses élargis par téléphone. Le ministère de la Transformation et de la Fonction publiques se veut confiant, malgré la vigueur inédite de l’épidémie. « Il n’y a pas de risque d’une forme de déstabilisation du service public », nous assure-t-on au ministère.

Face à la dynamique très forte de l’épidémie, le gouvernement avait assoupli les modalités d’isolement le 3 janvier. Les personnes disposant d’un schéma vaccinal complet doivent désormais s’isoler pendant sept jours en cas de test positif. Cet isolement peut être levé au bout de cinq jours en cas de test négatif. Pour les personnes cas contact entièrement vaccinées, il n’y a plus de quarantaine.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris : Debate on no-confidence motions against the 2026 finance bill at National Assembly
5min

Politique

Prix du Trombinoscope : Sébastien Lecornu, Amélie De Montchalin, Olivier Faure parmi les lauréats

Le jury du Prix du Trombinoscope, dont Public Sénat est partenaire, a dévoilé son palmarès annuel. Plusieurs figures de premier plan ont été distinguées, parmi lesquelles Sébastien Lecornu, Amélie de Montchalin, le duo des sénateurs de la commissions d’enquêtes sur les aides publiques aux entreprises ou Olivier Faure. Des récompenses qui mettent en lumière une année politique marquée par la tension budgétaire, la recherche de compromis et le retour au premier plan du Parlement.

Le

La continuité des services publics menacée par Omicron ? « Je crains qu’on  ne soit au bord du gouffre », s’inquiète Jean-Michel Arnaud
3min

Politique

La nomination d'Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes, une décision « aux antipodes de l'éthique », brocarde le sénateur Jean-Raymond Hugonet

Le sénateur LR Jean-Raymond Hugonet a interpellé le gouvernement sur la nomination d'Amélie de Montchalin, actuelle ministre du Budget, comme présidente de la Cour des comptes. L’élu dénonce un risque de conflit d’intérêts. Maud Bregeon, la porte-parole du gouvernement, accuse les oppositions de cibler la couleur politique d’Amélie de Montchalin.

Le

Paris : Proces Joel Guerriau et Sandrine Josso
2min

Politique

Condamnation de Joel Guerriau : Sandrine Josso reçue par Gérard Larcher, ce mercredi à 18h30

15 jours après la condamnation de l’ex-sénateur Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer, Gérard Larcher va recevoir l’élue, ce mercredi. La députée avait fait part de son regret de ne pas avoir reçu de marque de soutien de la part du président du Sénat.

Le