La fraude fiscale dans le collimateur de l’Assemblée
Traquer et sanctionner davantage les fraudeurs fiscaux, qui portent un "coup de canif" au pacte républicain: l'Assemblée a entamé...

La fraude fiscale dans le collimateur de l’Assemblée

Traquer et sanctionner davantage les fraudeurs fiscaux, qui portent un "coup de canif" au pacte républicain: l'Assemblée a entamé...
Public Sénat

Par Charlotte HILL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Traquer et sanctionner davantage les fraudeurs fiscaux, qui portent un "coup de canif" au pacte républicain: l'Assemblée a entamé lundi, après le Sénat, les débats sur le projet de loi antifraude, qui doit aussi desserrer le "verrou de Bercy".

"Frauder l'impôt, c'est évidemment tout à fait inacceptable, c'est un coup de canif, voire un coup de poignard au pacte républicain", a affirmé le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin à l'ouverture des débats en première lecture, dans un hémicycle clairsemé.

Le texte "complète" celui sur le "droit à l'erreur", adopté définitivement fin juillet, qui doit permettre, sous réserve d'être "de bonne foi", d'éviter des sanctions de l'administration au premier manquement, a-t-il affirmé, notant que si l'erreur est humaine, "persévérer est diabolique".

Pour "mieux détecter la fraude" et "mieux la sanctionner", le projet de loi, qui fera l'objet d'un vote solennel le 26 septembre à l'issue de son examen d'ici à mercredi, met notamment en place une "police fiscale". Votée dans l'hémicycle lundi, elle sera opérationnelle au 1er juillet 2019, selon le ministre.

Le projet étend aussi la possibilité de rendre publics les noms des fraudeurs (pratique du "name and shame") ou prévoit une procédure de plaider-coupable. Dans la soirée, les députés ont aussi revu les règles pour les plateformes en ligne sur l'obligation de déclaration à l’administration des revenus réalisés par les utilisateurs. Ils ont voté des dérogations pour les activités qui sont exonérées par nature, comme les ventes de biens de particuliers à particuliers ou le covoiturage. Les députés ont également longuement débattu des sanctions administratives pour les intermédiaires complices de fraude fiscale.

Mesure phare, qui ne figurait pas dans la version initiale du gouvernement: l'aménagement du monopole des poursuites détenu par l'administration fiscale, le fameux "verrou de Bercy". Mis en place dans les années 1920, ce dispositif est critiqué depuis des années notamment par les magistrats et des ONG, qui l'accusent de favoriser une certaine forme d'opacité.

- "Pétard mouillé" -

Les députés ont voté en commission un amendement de la rapporteure Emilie Cariou (LREM), qui va plus loin que ce qu'avait prévu le Sénat début juillet sur ce "verrou", avec un "mécanisme de transmission automatique des dossiers les plus graves". Avec cette question, désormais "réglée", selon le ministre, mais qui n'a pas encore été abordée dans l'hémicycle, le nombre de dossiers ainsi transmis au fisc devrait doubler.

Si tous les groupes d'opposition s'accordent sur la nécessité de lutter contre le "poison" de la fraude, certains à gauche trouvent le texte trop timoré, notamment sur le "verrou" ou la transposition de la liste européenne des paradis fiscaux.

L'Insoumis Eric Coquerel a défendu en vain une motion de renvoi en commission, d'un texte qui ne s'attaque "aucunement à l'évasion fiscale" et risque d'être "une rustine sur un pneu crevé".

"La loi tient davantage du pétard mouillé que de la charge au canon", a aussi affirmé le communiste Fabien Roussel, qui avait appelé plus tôt sur Twitter à ne pas "mégoter" face à "100 milliards à récupérer". Petit quizz sur les drapeaux à l'appui avec "les Palaos qui feront partie de la liste et pas la Suisse", l'élu a critiqué le volet sur les paradis fiscaux et demandé pourquoi ne pas "faire sauter complètement" le verrou de Bercy.

Exprimant aussi des bémols, notamment sur le niveau auquel le verrou ne s'appliquerait plus, la cheffe de file des élus PS Valérie Rabault a toutefois annoncé un vote favorable.

Aucune estimation officielle n'existe sur les milliards d'euros d'impôts qui échapperaient chaque année à l'Etat à cause de la fraude - 80 à 100 milliards, selon Solidaires finances publiques. M. Darmanin a annoncé la semaine dernière la mise en place d'un observatoire qui devra produire un chiffrage précis dans un an.

Partager cet article

Dans la même thématique

Green party leaders attend Stephane Baly campaign rally in Lille
7min

Politique

Municipales 2026 : l’heure est à « l’introspection » chez les écologistes au lendemain de la perte de plusieurs grandes villes  

Bordeaux, Strasbourg, Poitiers, Annecy… les écologistes ont subi de nombreuses pertes aux élections municipales après leur percée de 2020. Le signe d’un parti qui peine, à l’inverse d’il y a six ans, à apparaitre comme une force motrice à gauche, à l’heure où les propositions écologiques locales sont reprises par ses adversaires, y compris à droite.

Le

Gregory Doucet,Municipal and metropolitan elections in Lyon Vote
6min

Politique

Municipales à Lyon : victoire à la Pyrrhus pour les écologistes, qui perdent la Métropole

La victoire de Grégory Doucet à Lyon a médiatiquement éclipsé la défaite des écologistes à la Métropole, alors que celle-ci dispose d’un budget et de compétences bien plus importantes. La droite conduite par Véronique Sarselli dispose d’une majorité confortable, si la coalition formée autour de Jean-Michel Aulas se maintient telle quelle.

Le

« Un parti déjà solide et bien implanté » : malgré la perte de Nice, Horizons consolide son assise dans les villes et met le cap vers 2027
7min

Politique

« Un parti déjà solide et bien implanté » : malgré la perte de Nice, Horizons consolide son assise dans les villes et met le cap vers 2027

Le parti fondé par l’ancien Premier ministre Édouard Philippe à l’automne 2021 a remporté 17 villes de plus de 30 000 habitants aux élections municipales. Sa présence dans la France très urbaine est globalement stable, bien que marquée par la perte brutale de Nice, cinquième ville de France. Grâce à son maillage de petites villes, Horizons revendique une progression territoriale.

Le

Paris : Rachida Dati after the results of the first round of France s  2026 municipal elections of Paris
11min

Politique

« On a fait tout ce qu’il fallait faire pour perdre » : Rachida Dati, anatomie d’une cuisante défaite à Paris

ANALYSE – Rachida Dati a perdu son pari électoral dans la capitale, même si elle reste maire du 7e arrondissement. Entre les effets de bord de la loi PLM, qu'elle a elle-même soutenue, et les tensions locales avec Horizons et Renaissance malgré un passage au gouvernement, retour sur une campagne où la cheffe de file de la droite parisienne, réputée pour son franc-parler et sa détermination, semble avoir fini par se couper d’une partie de son électorat.

Le