La longue attente du remaniement
Le monde politique, bruissant de rumeurs, est resté toute la journée de mardi dans l'attente, en vain : l'Elysée a annoncé peu avant 21h00 que...

La longue attente du remaniement

Le monde politique, bruissant de rumeurs, est resté toute la journée de mardi dans l'attente, en vain : l'Elysée a annoncé peu avant 21h00 que...
Public Sénat

Par Jérôme RIVET, Laurence BENHAMOU

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le monde politique, bruissant de rumeurs, est resté toute la journée de mardi dans l'attente, en vain : l'Elysée a annoncé peu avant 21h00 que le remaniement lancé par le départ du ministre de l'Intérieur Gérard Collomb attendrait encore.

Après une semaine d'expectative, les observateurs misaient sur une démission du gouvernement dans la matinée, avant que le Premier ministre Edouard Philippe ne soit renommé aussitôt, puis que l'Elysée annonce une nouvelle liste plus tard dans la journée. Las : à l'Assemblée nationale, les questions au gouvernement ont finalement bien eu lieu, dans une ambiance de flottement mi-railleuse, mi-houleuse.

Une passe d'armes y a opposé Edouard Philippe, qui affectait le plus grand calme, au patron du groupe Les Républicains Christian Jacob. "Jusqu'à quand cette mascarade va-t-elle continuer ?", a lancé M. Jacob à son ancien collègue du groupe LR, qui a ironisé sur la "fébrilité" de l'opposition.

Dans l'hémicycle, des députés d'opposition lançaient à cœur joie des appels à la "démission", ou relevaient bruyamment l'absence de Jacques Mézard, donné partant du gouvernement, pendant que son secrétaire d'Etat Julien Denormandie répondait au micro.

Loin de ces remous, Emmanuel Macron a maintenu son agenda présidentiel. Il s'est entretenu avec ses homologues chilien et ouzbek. Il a ensuite fait un discours en fin d'après-midi à la Station F, un incubateur de start-up à Paris, avant de faire quelques pas le long des quais de la Seine sur le chemin du retour à l'Elysée.

Gérard Collomb, encore ministre de l'Intérieur, quittant le palais de l'Elysée le 19 septembre 2018
Gérard Collomb, encore ministre de l'Intérieur, quittant le palais de l'Elysée le 19 septembre 2018
AFP/Archives

La France n'a pas de ministre de l'Intérieur à plein temps depuis la démission de Gérard Collomb mardi dernier. Dans la matinée, Edouard Philippe - qui assure l'intérim - s'est entretenu pendant près d'une heure et demie avec Emmanuel Macron à l'Elysée. Rien n'a filtré de cet entretien.

Le remaniement se fera "sans que le Premier ministre ne donne sa démission et celle de son gouvernement", et "pas ce soir", a finalement annoncé l'Elysée, sans préciser quand aurait lieu l'annonce.

Certaines sources gouvernementales, mais aussi parlementaires, évoquent désormais l'annonce d'un nouveau gouvernement mercredi matin, jour du Conseil des ministres suivi du départ de M. Macron pour une visite en Arménie jusqu'à vendredi.

Faute de démission formelle du gouvernement, s'éloigne aussi la perspective d'une déclaration politique générale d'Edouard Philippe, que la majorité semblait pourtant tenir pour acquise.

- "Prise de conscience" -

Le remaniement montre "une prise de conscience de la part du président de la République", assure le député LREM Hugues Renson : "Nous avons besoin de relancer la machine et le président est très attentif à l'état de l'opinion et aux préoccupations des Français", dit-il.

Nicolas Hulot, à Paris, le 4 juillet 2018
Nicolas Hulot, à Paris, le 4 juillet 2018
POOL/AFP/Archives

Pour remplacer Gérard Collomb, les noms des ministres Christophe Castaner (Relations avec le Parlement), Jean-Yves Le Drian (Affaires étrangères) ou Gérald Darmanin (Comptes public s) sont évoqués.

L'exécutif pourrait aussi être tenté de faire confiance à un expert, sur le modèle de Jean-Michel Blanquer à l'Éducation, dont l'assimilation au monde politique est jugée réussie. Les noms du procureur de Paris François Molins - visage connu des Français depuis les attentats de 2015 -, de la directrice de la PJ Mireille Ballestrazzi, de Jean Castex, un haut fonctionnaire qui a servi Nicolas Sarkozy à l'Élysée, ou de l'ancien patron de la police nationale Frédéric Péchenard ont circulé.

Mais de sources concordantes, le choix du prochain ministre de l'Intérieur s'est avéré plus compliqué que prévu, faute de candidats disposant du profil recherché par Matignon et l'Elysée... et prêts à accepter le poste. Selon RTL, Edouard Philippe et Emmanuel Macron "auraient essuyé au moins cinq refus" d'entrer au gouvernement.

La ministre de la Culture,Françoise Nyssen, donnée partante, à La Rochelle, le 14 septembre 2018
La ministre de la Culture,Françoise Nyssen, donnée partante, à La Rochelle, le 14 septembre 2018
AFP/Archives

Parmi les sortants possibles, figurent Françoise Nyssen (Culture), Jacques Mézard (Cohésion des Territoires) ou Stéphane Travert (Agriculture).

Les centristes du MoDem pourraient récupérer un ou deux portefeuilles, comme Marc Fesneau, leur chef de file à l'Assemblée, pressenti, entre autres, pour l'Agriculture.

Egalement pressenti, Mathieu Klein, le président PS du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle, a décliné l'invitation via Twitter.

Des surprises ne sont pas exclues, Emmanuel Macron n'aimant pas se laisser forcer la main par les commentateurs, selon un proche.

pol-leb-jri-bpa/cs/mm

Partager cet article

Dans la même thématique

La longue attente du remaniement
3min

Politique

Crise énergétique : Sébastien Lecornu annonce l’interdiction des chaudières à gaz dans les logements neufs

Quelques jours après le cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran, Sébastien Lecornu a annoncé, ce vendredi, une série de mesures destinées à tirer les leçons » de la crise énergétique. Afin de dépendre moins des énergies fossiles, l’installation de chauffages au gaz serait interdite « dès la fin de cette année » dans les constructions neuves. Le gouvernement va aussi doubler son soutien à l’électrification des usages de 5,5 milliards à 10 milliards d’euros par an d’ici 2030.

Le

Philippe TABAROT visite du technicentre SNCF
6min

Politique

Sénatoriales : candidat dans les Bouches-du-Rhône, Renaud Muselier entend faire une liste commune avec LR

Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, parti chez Renaissance en 2022, a annoncé par surprise sa candidature aux sénatoriales de septembre prochain, entendant jouer un rôle au plan national, pour la présidentielle. Il veut mener une liste d’union avec la droite. Du côté de la sénatrice LR sortante, Valérie Boyer, on confirme que les discussions sont engagées.

Le

Hungary US Vance
7min

Politique

Elections en Hongrie : « Orban est comblement bousculé dans cette campagne »

Dimanche, les élections législatives en Hongrie s’annoncent à haut risque pour Viktor Orban. Le Premier ministre nationaliste, proche du Kremlin, est distancé dans les sondages par son principal opposant, Péter Magyar. L’eurodéputé a choisi de mener une campagne de terrain sur des thèmes de politique intérieure, en mettant en exergue les dérives du régime en place depuis 16 ans.

Le

illustration: petite Mairie et son drapeau francais.
3min

Politique

Une tribune signée Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christine Taubira appelle les femmes à « prendre le pouvoir » dans les intercommunalités

Avec seulement 12 % de femmes à la tête d’une intercommunalité, ces dernières restent exclues de ces postes clefs, en dépit de la parité. Une tribune, signée par Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christiane Taubira, dénonce la situation et appelle à changer la donne.

Le