Alors que Jean-Christophe Cambadélis refuse que les candidats de Nouvelle donne, du MRC et du MdP se présentent à la primaire, Pierre Larrouturou a déposé un recours devant la Haute autorité. « Parti comme c’est, ce sera le congrès du PS » dénonce Bastien Faudot.
Larrouturou, Faudot et Nadot dénoncent «une primaire à la gueule du client»
Alors que Jean-Christophe Cambadélis refuse que les candidats de Nouvelle donne, du MRC et du MdP se présentent à la primaire, Pierre Larrouturou a déposé un recours devant la Haute autorité. « Parti comme c’est, ce sera le congrès du PS » dénonce Bastien Faudot.
« Désolé Monsieur, ça ne va pas être possible… » Après la conférence de presse de Jean-Christophe Cambadélis jeudi, la primaire de la Belle alliance populaire prend des allures de club sélect. Le videur à l’entrée est intraitable. « La primaire de la gauche, ce n’est pas open bar » a lancé le premier secrétaire du PS pour justifier l’exclusion de trois candidatures récentes : Pierre Larrouturou pour Nouvelle Donne (ND), Bastien Faudot du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et Sébastien Nadot de Mouvement des Progressistes (MdP). « Leur candidature, que nous remercions, s’est fait dans un cadre un peu précipité et leur désir de souscrire à la Belle alliance populaire est un peu tardif » souligne Jean-Christophe Cambadélis (voir la vidéo). Dans la même conférence de presse, le patron du PS a invité en revanche Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, qui refusent de participer à la primaire de gauche.
« Le numéro 3 du PS était vraiment furieux »
Les trois « petits » candidats n’entendent pas en rester là. « C’est vraiment scandaleux. Sur les affiches il y a écrit, "les primaires citoyennes, c’est vous qui décidez". Puis Jean-Christophe Cambadélis a décidé tout seul que c’était des primaires fermés et non des primaires ouvertes, où les seuls candidats possibles sont ceux qui ont été ministres de François Hollande », dénonce Pierre Larrouturou. Il ajoute : « Ils vont accepter un Jean-Luc Benhamias, qui a créé un parti il y a trois mois, et nous refuser alors que 550.000 personnes ont voté pour Nouvelle donne aux européennes ».
Le candidat de Nouvelle donne s’en réfère aujourd’hui à la Haute autorité de la primaire. A l’écouter, ça n’a pas été facile… « Je suis allé déposer ma candidature et déposer un recours contre la décision de Jean-Christophe Cambadélis. Il y avait là un dirigeant du PS qui était furieux, qui ne voulait pas que je dépose mon recours. Puis une responsable de la Haute autorité a appelé son président, Thomas Clay, qui a dit qu’il acceptait d’étudier le recours. (…) Le numéro 3 du PS était vraiment furieux, un certain Mr Rachid Temal », raconte cet ancien du PS. Regardez (images : Jérome Rabier) :
Primaire : Pierre Larrouturou dépose un recours devant la Haute autorité
02:00
Code électoral en cours d’adoption…
Pour appuyer son recours, Pierre Larrouturou met en avant qu’il défendait dès le début de l’année le principe de primaire ouverte de la gauche. Mails à l’appui, il rappelle des échanges avec le PS et le PCF. A l’époque, Jean-Christophe Cambadélis refusait le principe de ces primaires.
Le recours va être examiné par la Haute autorité d’ici 24 heures. Le principe de la primaire ouverte a été arrêté en juin, avant qu’un bureau national du PS en fixe les modalités le 2 octobre dernier. En revanche, il n’existe actuellement pas de document écrit consultable qui stipule précisément les règles. De quoi donner des arguments aux candidats recalés. Mais un code électoral est en cours d’adoption et va partir à l’impression dans les heures qui viennent…
« Habillage juridique à géométrie variable »
Bastien Faudot, candidat du MRC.
AFP/JOEL SAGET
Même colère chez Bastien Faudot, candidat du Mouvement républicain et citoyen. « On ne sait pas bien qu’elle est la valeur des propos de Jean-Christophe Cambadélis. Est-ce qu’il s’exprime au nom de la BAP et dans ce cas qu’en disent les autres membres ? Ou est-ce une décision du PS ? Tout cela n’a aucune valeur exécutoire pour moi. Il a rendu un avis, le sien » estime le candidat du MRC, parti créé par Jean-Pierre Chevènement. Mis en minorité sur la ligne à suivre, l’ancien ministre l’a quitté en juin 2015.
Bastien Faudot dénonce un « habillage juridique à géométrie variable. Jean-Christophe Cambadélis ne peut pas dire qu’il ne veut pas de nous car nous ne sommes pas membre de la BAP et appeler en même temps Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron à participer, alors qu’ils ne sont pas plus membre de la BAP… C’est une primaire à la gueule du client en fait. C’est Cuba sans le soleil ! » Il ajoute : « Parti comme c’est, ce n’est pas la primaire de la gauche. Ce sera le congrès du PS. Le premier geste de rassemblement ne peut pas être l’exclusion ».
La difficulté du candidat du MRC à récolter les 500 parrainages nécessaires pour se présenter à la présidentielle n’est pas non plus étrangère à la décision de son parti de venir se confronter à Valls et les autres. Il a actuellement « 232 parrainages ». Mais Bastien Faudot estime que son parti est à sa place dans la primaire. Il y a quelques jours, « nous avons envoyé le document d’adhésion à la BAP » fait-il valoir. « Nous avons des parlementaires membre de la majorité depuis 2012 dans le cadre d’un accord politique. Ils sont membres apparentés du groupe socialiste. Ils ont exprimé leur désaccord, mais comme les frondeurs. Ils ont voté tous les budgets, les confiances et vont le faire pour Bernard Cazeneuve » ajoute le candidat.
« Ces gens sont déjà dans l’après 2017 »
Sébastien Nadot, candidat du MdP.
Sébastien Nadot, candidat du Mouvement des progressistes, parti créé par Robert Hue, se dit lui « consterné » par la décision du patron de la rue de Solférino. Professeur d’EPS dans un collège, il espérait apporter « un souffle citoyen » à la primaire. « Comparer la primaire à un open bar alors que nous sommes dans un logique d’union, je trouve ça hallucinant et déplacé, ni à la hauteur des enjeux » dit-il. « J’ai compris qu’ils essaient simplement de piéger Macron et Mélenchon ».
« A travers mon profil, il y a une voie citoyenne qui me semble fortement absente des médias et de la représentation politique. On n’a à faire qu’à des gens qui sont des professionnels de la politique depuis 30 ans » pointe du doigt Sébastien Nadot.
Robert Hue a des mots encore plus durs. Selon l’ancien patron du PCF, « c’est une faute politique lourde de Cambadélis et du PS » et « une démarche étriquée ». Son parti avait à l’origine refusé de participer à la BAP. Il y voyait « un faux nez du PS. Et on ne voulait pas être un satellite du PS » explique le sénateur. « C’est d’une grande hypocrisie de réclamer la présence de Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron » selon Robert Hue. Il ajoute : « C’est un coup de poignard dans l’union de la gauche. Ces gens sont déjà dans l’après 2017 et considère que la gauche ne gagnera pas ».
Reste à savoir si ces trois candidat, loin d’être d’accord sur le fond, pourraient faire cause commune. Ce n’est pas exclu. « Tout à l’heure, j’ai reçu un appel de Bastien Faudot », glisse Pierre Larrouturou. « On va voir si on peut lancer des appels en commun, en disant que nous refusons que ce soit une primaire verrouillée ».
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