LBD : pourquoi les forces de l’ordre ont rectifié le tir ?
Samedi, les Champs-Élysées ont encore été le théâtre de violences lors de la manifestation des gilets jaunes. Pour Laurent Nunez, si le dispositif de sécurité a semblé dépassé, c’est en partie dû « à la retenue » des policiers dans l’usage des LBD.

LBD : pourquoi les forces de l’ordre ont rectifié le tir ?

Samedi, les Champs-Élysées ont encore été le théâtre de violences lors de la manifestation des gilets jaunes. Pour Laurent Nunez, si le dispositif de sécurité a semblé dépassé, c’est en partie dû « à la retenue » des policiers dans l’usage des LBD.
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Boutiques pillées, kiosques incendiés, le Fouquet’s saccagé… De l’aveu même de l’exécutif, lors de l’acte 18 de la manifestation des gilets jaunes, le maintien de l’ordre à « dysfonctionné ». 5 000 policiers et gendarmes étaient pourtant mobilisés à Paris, soit plus que lors des derniers week-ends, mais au vu des dégradations commises sur les Champs-Élysées, une polémique enfle sur la doctrine de maintien de l’ordre.

« Laurent Nunez met en avant « un travail de sape »

Laurent Nunez, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur, a ouvert un premier contre-feu ce matin sur RTL. « On a eu beaucoup moins de tirs de LBD (…) parce qu’on a eu un travail de sape qui a conduit, peut-être, les fonctionnaires de police et de gendarmerie à plus de retenu (…) On a constaté que les policiers et les gendarmes étaient dans une grande retenue alors même qu’il n’y avait pas d‘instructions qui avaient été données ».

Cet après-midi, lors de sa conférence de presse, Édouard Philippe a estimé lui aussi que « les polémiques sur l’usage des lanceurs de balles de défense ont conduit à ce que des consignes inappropriées soient passées pour réduire leur usage ».

« Les munitions étaient beaucoup trop faibles »

Une mise en cause partagée par les syndicats de police qui dénoncent également un changement dans les munitions utilisées samedi. « Les forces de l’ordre n’ont pas arrêté d’être stigmatisées sur l’utilisation des LBD. On a dit aussi que c’étaient les policiers qui créaient la violence. Samedi, les fonctionnaires ne devaient utiliser les LBD que sur ordre. Et les munitions étaient beaucoup trop faibles, avec une portée de 7 mètres contre 40 auparavant » explique à publicsenat.fr Frédéric Lagache, secrétaire général adjoint du syndicat de police Alliance.

Est-ce pour cette raison que lors de cet acte XVIII, seulement une trentaine de tirs de balles de défense ont été effectués contre 776 pour la seule journée du 1er décembre lorsque l’Arc de Triomphe avait été pillé ?

Une proposition de loi sur l’interdiction des LBD dans les manifestations

Ces dernières semaines, de nombreuses voix se sont, en effet, élevées contre l’utilisation des lanceurs de balles de défense lors des manifestations, cause de 2 200 blessures parmi les manifestants depuis le 17 novembre. Le défenseur des droits, Jacques Toubon a pointé « la dangerosité » de leur emploi dans le cadre des opérations de maintien de l’ordre (…). Le haut-commissariat aux droits de l’homme de l’ONU a demandé « urgemment une enquête approfondie sur tous les cas rapportés d’usage excessif de la force » dans le cadre des manifestations des gilets jaunes. Et le groupe CRCE (Communiste Républicain Citoyen et Écologiste) du Sénat a déposé une proposition de loi visant à interdire l’usage des lanceurs de balles de défense lors des manifestations. Un texte qui n’a pas été adopté par la Haute assemblée.

Pour, la présidente du groupe communiste du Sénat, Éliane Assassi, ce n’est sûrement pas le dépôt de cette proposition de loi qui a incité « à la retenue » les forces de l’ordre samedi. « Je suis tout à fait charmée d’entendre dire que c’est à cause des sénatrices et des sénateurs, qu’ils n’ont pas pu utiliser le LBD 40… Soyons sérieux (…) Laurent Nunez l’a reconnu lui-même, (le maintien de l’ordre) a été un échec, donc concentrons-nous là-dessus (…) Il faut revoir la doctrine du maintien de l’ordre dans notre pays et ça, ça ne se décrète pas sur le coin d’une table mais ça se travaille avec les organisations syndicales et policières ».

LBD: "Il faut revoir la doctrine du maintien de l’ordre dans notre pays " selon Éliane Assassi
01:56

« Laurent Nunez et Christophe Castaner devraient démissionner »

Même analyse du côté de la sénatrice de Paris rattachée au groupe CRCE, Esther Benbassa. « C’est nous faire trop d’honneur. Franchement, il ne faut pas exagérer (…) C’est une manière pour l’exécutif de cacher son incapacité à arrêter en amont les casseurs (…) Les Black Blocs déboulent à toutes les manifestations. On arrive à compter 1 500 casseurs mais on n’arrive pas à les arrêter ? Il y a un vrai problème (…) Je pense que Laurent Nunez et Christophe Castaner devraient démissionner » estime-t-elle.

Le LBD ne peut être utilisé pour disperser un attroupement

Toutefois, les débats autour de la proposition de loi du groupe CRCE ont eu le mérite de rappeler la réglementation autour de l’usage des LBD. « Le recours au LBD est autorisé lorsque, à l’occasion d’un attroupement sur la voie publique, des voies de fait ou des violences sont commises à l’encontre des forces de l’ordre, ou lorsque celles-ci ne sont pas en mesure de protéger le terrain qu’elles occupent. Le LBD est alors utilisé en groupe, par l’ensemble de l’unité, sur décision du commandement » expliquait la rapporteure LR du texte, Jacqueline Eustache-Brinio. Le recours au LBD est également autorisé « y compris dans le cadre d’une manifestation, lorsque l’usage de l’arme létale est légitime. Il s’agit, par exemple, des cas de légitime défense, d’état de nécessité et de périple meurtrier » ajoutait-elle avant de conclure : « En revanche, le LBD ne peut pas être utilisé par les unités de maintien de l’ordre en vue de disperser un attroupement après sommations. Son usage est purement défensif ».

Par cette dernière précision, on comprend pourquoi la portée des LBD a été réduite samedi dernier.

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