Le Ceta, toujours sous le feu des critiques, en passe d’être ratifié à l’Assemblée
Menace sanitaire, écologique et agricole, ou bien accord commercial avec un pays ami et "gagnant pour la France" ? L'Assemblée se prononce...

Le Ceta, toujours sous le feu des critiques, en passe d’être ratifié à l’Assemblée

Menace sanitaire, écologique et agricole, ou bien accord commercial avec un pays ami et "gagnant pour la France" ? L'Assemblée se prononce...
Public Sénat

Par Charlotte HILL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Menace sanitaire, écologique et agricole, ou bien accord commercial avec un pays ami et "gagnant pour la France" ? L'Assemblée se prononce mercredi sur la ratification du traité entre l'Union européenne et le Canada (Ceta), éreinté par les oppositions, agriculteurs et ONG.

Le gouvernement vante un "bilan très positif" du Ceta depuis son entrée en vigueur provisoire il y a bientôt deux ans, avec notamment une progression des exportations vers le Canada de 6,6% entre 2017 et 2018.

Et le secrétaire d'Etat Jean-Baptiste Lemoyne d'assurer: "Rien n'est caché, rien n'est tabou, c'est un bel accord", qui "va créer des emplois".

Reconnaissant une "crise de confiance" dans l'opinion sur ce type d'accords, les "marcheurs" n'ont pas ménagé leurs efforts pour apaiser les inquiétudes sur ce traité qui supprime les droits de douanes sur 98% des produits échangés entre les deux zones.

Pas de risque d'être "envahi" par les produits canadiens, nulle remise en cause du principe de précaution, pas de dumping social, ni de débat "confisqué", ont-ils martelé, le rapporteur Jacques Maire (LREM) en tête.

Ils ont aussi appelé à ne pas faire "d’amalgame" avec l'accord récent entre l'UE et les pays membres du Mercosur, vivement contesté.

le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne, le 10 juillet 2019 à l'Elysée, à Paris
le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne, le 10 juillet 2019 à l'Elysée, à Paris
AFP/Archives

Certains ont même joué la carte mémorielle, rappelant le lourd tribut payé par les Canadiens lors des conflits mondiaux, à l'instar d'Annie Chapelier (LREM, née au Canada) pour qui "nous avons besoin d'alliés qui partagent nos valeurs", y compris dans les "guerres économiques".

Las, les opposants sont loin d'être convaincus. Même au sein de la majorité LREM-Modem, certains s'interrogent, voire sont opposés comme Richard Ramos (MoDem).

Outre des amendements de suppression des deux articles du texte, des motions de procédure sont attendues. Matthieu Orphelin (ex-LREM) a indiqué vouloir demander un "ajournement" du vote, tandis que les socialistes comptent suggérer un référendum.

- Cacahuètes -

L'accord est combattu par les agriculteurs comme les écologistes, au nom notamment des risques sanitaires.

Plus de 70 organisations (Attac France, CGT, Greenpeace, UFC-Que Choisir, etc.) ont demandé "solennellement" aux députés "de ne pas ratifier le Ceta". Certaines appellent à un rassemblement mardi aux abords de l'Assemblée.

La FNSEA et les Jeunes agriculteurs ont adressé un courrier aux députés les exhortant à "protéger l'agriculture et l'alimentation des Français".

Des Insoumis à LR, le texte unit contre lui les oppositions.

Les élus de droite entendent s'y opposer si le volet agricole est maintenu. Leur chef de file Christian Jacob (LR), ancien agriculteur, a mis en garde contre un "double risque" sur la viande bovine: "sanitaire" et de "déstabilisation de la filière".

Pour des raisons proches, les UDI et indépendants devraient se partager entre une "abstention vigilante" et un vote contre, Libertés et Territoires y voyant aussi "l'accord de trop pour la filière bovine".

Même hostilité des groupes de gauche. Le PS dénonce un texte "incompatible avec les accords de Paris" et sans véritable "veto climatique" malgré les affirmations de la majorité. Le PCF y voit une "menace" pour l'environnement, l'agriculture et "notre modèle social". Plaidant pour "en finir avec le libre échange", les Insoumis pointent aussi le risque que "ça tourne fort mal" pour la filière bovine.

Renvoyant dos à dos LR et socialistes, Jean-Baptiste Lemoyne a épinglé dans le JDD le "bal des reniements", alors que le Ceta a été négocié sous Nicolas Sarkozy et poursuivi sous François Hollande.

Et Roland Lescure (LREM) de souligner que seules 36 fermes canadiennes peuvent exporter dans le cadre des normes européennes: "des cacahuètes".

Mais "le Canada pourra nous envoyer de la viande élevée avec des farines animales", s'inquiète Richard Ramos (MoDem).

Des animaux nourris avec de la "farine de sang d'animaux, du sang d'animaux déshydraté, des poils d'animaux hydrolisés"... "voilà ce que vous allez devoir manger", a lancé François Ruffin (LFI) en commission.

Partager cet article

Dans la même thématique

Le Ceta, toujours sous le feu des critiques, en passe d’être ratifié à l’Assemblée
3min

Politique

Crise énergétique : Sébastien Lecornu annonce l’interdiction des chaudières à gaz dans les logements neufs

Quelques jours après le cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran, Sébastien Lecornu a annoncé, ce vendredi, une série de mesures destinées à tirer les leçons » de la crise énergétique. Afin de dépendre moins des énergies fossiles, l’installation de chauffages au gaz serait interdite « dès la fin de cette année » dans les constructions neuves. Le gouvernement va aussi doubler son soutien à l’électrification des usages de 5,5 milliards à 10 milliards d’euros par an d’ici 2030.

Le

Philippe TABAROT visite du technicentre SNCF
6min

Politique

Sénatoriales : candidat dans les Bouches-du-Rhône, Renaud Muselier entend faire une liste commune avec LR

Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, parti chez Renaissance en 2022, a annoncé par surprise sa candidature aux sénatoriales de septembre prochain, entendant jouer un rôle au plan national, pour la présidentielle. Il veut mener une liste d’union avec la droite. Du côté de la sénatrice LR sortante, Valérie Boyer, on confirme que les discussions sont engagées.

Le

Hungary US Vance
7min

Politique

Elections en Hongrie : « Orban est comblement bousculé dans cette campagne »

Dimanche, les élections législatives en Hongrie s’annoncent à haut risque pour Viktor Orban. Le Premier ministre nationaliste, proche du Kremlin, est distancé dans les sondages par son principal opposant, Péter Magyar. L’eurodéputé a choisi de mener une campagne de terrain sur des thèmes de politique intérieure, en mettant en exergue les dérives du régime en place depuis 16 ans.

Le

illustration: petite Mairie et son drapeau francais.
3min

Politique

Une tribune signée Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christine Taubira appelle les femmes à « prendre le pouvoir » dans les intercommunalités

Avec seulement 12 % de femmes à la tête d’une intercommunalité, ces dernières restent exclues de ces postes clefs, en dépit de la parité. Une tribune, signée par Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christiane Taubira, dénonce la situation et appelle à changer la donne.

Le