Le Conseil constitutionnel saisi de la loi prostitution
La loi d'avril 2016 pénalisant les clients de prostituées est-elle contraire au droit à la vie privée et à la liberté d...

Le Conseil constitutionnel saisi de la loi prostitution

La loi d'avril 2016 pénalisant les clients de prostituées est-elle contraire au droit à la vie privée et à la liberté d...
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

La loi d'avril 2016 pénalisant les clients de prostituées est-elle contraire au droit à la vie privée et à la liberté d'entreprendre? Des associations et des travailleurs du sexe ont obtenu lundi la saisine du Conseil constitutionnel.

Le Conseil d’État a accepté de transmettre aux Sages une question prioritaire de Constitutionnalité (QPC) déposée par neuf associations, dont Médecins du Monde et le Syndicat du travail sexuel (Strass), et cinq travailleurs du sexe, selon une décision transmise à l'AFP.

"C'est une vraie victoire d'étape, puisque le Conseil constitutionnel devra se prononcer sur la constitutionnalité de la loi de 2016, qui reste très controversée", a souligné auprès de l'AFP Patrice Spinosi, l'avocat des requérants, qui souhaitent l'abrogation du texte.

La loi, entrée en vigueur en avril 2016 après deux ans et demi de vifs débats, sanctionne "l'achat d'actes sexuels" par une contravention de 1.500 euros. L'amende peut grimper à 3.750 euros en cas de récidive. Une peine complémentaire peut être prononcée, sous la forme d'un stage de sensibilisation aux conditions de la prostitution.

Pour les requérants, cette loi, qui réprime "même entre adultes consentants" le recours à la prostitution, "méconnaît les droits constitutionnels à l'autonomie personnelle et à la liberté sexuelle, le droit au respect de la vie privée, la liberté contractuelle, la liberté d'entreprendre ainsi que le principe de nécessité et de proportionnalité des peines".

Lors de l'audience devant le Conseil d’État, le 5 novembre, Me Spinosi avait critiqué "le caractère schizophrénique" de la situation actuelle, les travailleurs du sexe payant des impôts alors que leurs clients sont pénalisés.

Le rapporteur public s'était prononcé pour la transmission de la QPC aux Sages, mettant notamment en avant que la pénalisation des clients avait "tari l'activité" des travailleurs du sexe, ce qui est susceptible de représenter une atteinte à la liberté d'entreprendre.

Le Conseil d’État a estimé que la question soulevée par les requérants présentait "un caractère sérieux" et qu'il y avait lieu de saisir le Conseil constitutionnel.

Celui-ci devra trancher dans les trois mois sur la conformité de la loi avec le droit au respect à la vie privée, à la liberté d'entreprendre et au principe de nécessité et de proportionnalité des peines, garantis par la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen.

C'est "un premier pas vers la censure de la loi", s'est félicité Médecins du Monde dans un communiqué. L'ONG rappelle que son enquête publiée en avril avait révélé "les conséquences néfastes de cette loi sur la santé, l'intégrité physique, les droits et les conditions de vie des travailleuses du sexe en France".

"Abroger la pénalisation du client, ce serait favoriser la loi du plus fort", a estimé au contraire le Mouvement du Nid, favorable à la nouvelle législation. "Pénaliser est indispensable pour abolir la violence, car sans acheteur il n'y a pas de prostitution", ajoute l'association dans un communiqué.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: The senate vote on an amendment of a government plan to enshrine the « freedom » to have an abortion in the French Constitution
10min

Politique

« Ce n’est pas non plus le Soviet suprême ! » : au groupe PS du Sénat, la présidence de Patrick Kanner suscite convoitises et crispations

Les sénateurs du groupe PS du Sénat ont modifié leur règlement intérieur. Patrick Kanner, à la tête du groupe, était menacé en cas d’adoption du principe de non-cumul dans le temps, proposition finalement rejetée. Mais l’ancien ministre, qui pourra se représenter en octobre prochain, après les sénatoriales, se retrouve contesté en interne.

Le

Le Conseil constitutionnel saisi de la loi prostitution
3min

Politique

Cyberattaques : Roland Lescure annonce la feuille de route du gouvernement pour « protéger les données de l’État »

Le ministre de l’économie et des finances Roland Lescure a annoncé ce mercredi 8 avril que le Premier ministre allait détailler dès demain la feuille de route du gouvernement pour lutter contre le vol des données de l’État. Fermeture des sites obsolètes, authentification à double facteur… le ministre a déjà dessiné quelques pistes à l’occasion des questions d’actualité au gouvernement du Sénat.

Le

Le Conseil constitutionnel saisi de la loi prostitution
3min

Politique

« C’était très maladroit de ma part » : Laurent Nuñez revient sur ses déclarations polémiques à propos de l’islam et du port du voile chez les mineures

Le ministre de l’Intérieur, accusé d’avoir voulu faire la promotion de l’islam après une prise de parole à la Mosquée de Paris, a reconnu avoir eu une formulation inappropriée. Interpellé au Sénat ce mercredi, Laurent Nuñez assure tenir « un discours de fermeté » à l’égard de l’entrisme religieux.

Le