Ce lundi 13 septembre, à l’ouverture de la bourse, l’entreprise de Biotech Valneva voyait son titre chuter de 38, 76 %. Le laboratoire a reçu « un avis de résiliation » de la Grande-Bretagne concernant la fourniture de son candidat vaccin. Certains voient cette décision comme une vengeance de la défiance envers d’autres vaccins. »
Pourquoi le vaccin de Valneva est écarté par le Royaume-Uni ?
Ce lundi 13 septembre, à l’ouverture de la bourse, l’entreprise de Biotech Valneva voyait son titre chuter de 38, 76 %. Le laboratoire a reçu « un avis de résiliation » de la Grande-Bretagne concernant la fourniture de son candidat vaccin. Certains voient cette décision comme une vengeance de la défiance envers d’autres vaccins. »
Par Oriane Teixeira-Leveleux
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Cette dégringolade est une conséquence directe de l’annonce de résiliation du gouvernement britannique mettant fin à un contrat de prestation de service qui se chiffrait à 470 millions d’euros pour 60 millions de doses vaccinales. La start-up franco autrichienne s’est en effet attelée au développement d’un vaccin contre le covid-19, utilisant la technique classique de la désactivation d’un virus entier. En phase 3 des essais cliniques, le vaccin développé était prometteur, et devait donner lieu à une commercialisation en Europe d’ici la fin de l’année 2021.
Un made in France qui traverse la Manche
Cette opportunité de développer un vaccin français, dans la même trempe que celui de Sanofi, n’avait cependant pas convaincu la France. Face à l’empressement des Britanniques, qui passaient contrats et commandes, la France avait opposé son silence. La sénatrice LR Catherine Deroche rappelle l’étonnement des parlementaires en février dernier lorsqu’il était annoncé que la France ne soutiendrait pas la start-up nantaise. Auditionnépar la commission des affaires sociales du Sénat le 2 juin dernier, Franck Grimaud avait analysé cette défiance de l’hexagone comme une conséquence d’un contexte culturel différent de celui de l’Outre Manche. Le directeur général de Valneva disait ainsi que : « […] en France mais pas seulement, on privilégie une approche « to the book » : si on ne rentre pas dans les cases, dans des choses déjà décrites, on demande un niveau de protection maximal, alors que d’autres pays adoptent une approche plus pragmatique du rapport bénéfices-risques. Ce n’est donc pas une question d’infrastructures pour réaliser des essais, dont la France est très bien dotée. Un certain nombre de processus doivent être accélérés, mais le principal enjeu est bien culturel. »
La technologie utilisée par Valneva promettait pourtant de rassurer quelques anti-vaccins coriaces, plus facilement convaincus par cette méthode classique que par les innovations de Pfizer ou AstraZeneca. L’accord passé avec les Britanniques aurait donc pu faire flancher Paris, à l’heure où l’injection d’une troisième dose est une option plus préconisée que jamais pour les plus fragiles. Le bond de près de 160 % au cours de l’année 2021 des actions en bourse de la start-up, constituait, à cet égard, un argument supplémentaire en faveur de la stabilité, et donc de la fiabilité de l’entreprise.
Un équilibre précaire
Cette stabilité reposait cependant sur un équilibre précaire, rompu ce matin par le gouvernement britannique. Dans un communiqué de presse, Valneva annonçait en effet la réception d’« un avis de résiliation, par le gouvernement britannique (« HMG »), de l’accord de fourniture de son candidat vaccin contre la COVID-19, VLA2001 ». Le motif invoqué par les Britanniques était celui d’un manquement aux obligations stipulées dans l’accord de la part de leur cocontractant. La start-up conteste vigoureusement les motifs invoqués, affirmant que « Valneva a travaillé sans relâche, et s’est investi au maximum de ses capacités, dans sa collaboration avec HMG, notamment en engageant des ressources significatives et en montrant une très forte implication afin de répondre aux demandes d’HMG sur des vaccins adaptés aux variants. ».
Les moyens juridiques disponibles dans l’arsenal de la start-up demeurent cependant faibles, voire inexistants, pour contester la décision de son cocontractant. La décision de retrait était en effet prévue par une clause insérée directement dans le contrat, dont la stipulation exacte n’est cependant pas connue. Le communiqué dit, à ce titre, en filigrane, qu’aucune action en justice n’est réellement envisagée. L’essentiel de la bataille Valneva se situe en effet sur le pan économique de son activité, puisqu’elle doit regagner la confiance de potentiels investisseurs. Elle affirme ainsi que « Valneva continue à être pleinement engagé dans le développement de VLA2001 et va accroître ses efforts avec d’autres clients potentiels afin de s’assurer que son vaccin inactivé puisse être utilisé dans la lutte contre la pandémie. ».
La France va-t-elle commander des vaccins auprès de Valneva ? Rien n’est sûr, d’autant plus que l’entreprise est sur le même créneau vaccinal que Sanofi.
Si l’entreprise prend du plomb dans l’aile après l’annonce de ce matin, elle se galvanise d’une potentielle « autorisation initiale de mise sur le marché de VLA2001 » qui « pourrait être obtenue fin 2021. ». Un doute plane cependant, surtout lorsque l’on garde en mémoire les mots de M. Grimaud en juin dernier, qui déclarait notamment : « Nous avons aujourd’hui un financement nous permettant d’être en phase 3, nous avons un financement total pour une nouvelle usine. Nous n’en serions pas là sans soutien […] ». Sans soutien, la start-up devra redoubler d’effort pour parvenir à remplir ses objectifs initiaux. De plus, l’aide qui pourrait être apportée par la France est, elle aussi, plus incertaine que jamais, comme le rappelle la sénatrice LR Catherine Deroche : « La France va-t-elle commander des vaccins auprès de Valneva ? Rien n’est sûr, d’autant plus que l’entreprise est sur le même créneau vaccinal que Sanofi. » Les enjeux géopolitiques entourant le retrait britannique font, insiste la sénatrice, eux aussi débat : « Beaucoup voient cette décision comme une vengeance de la défiance envers d’autres vaccins. » dit-elle. Aux enjeux économiques s’ajoutent donc des considérations politiques. Une chose est sûre : pour prospérer, l’entreprise devra chercher de nouveaux investisseurs, et les convaincre de la fiabilité de ses vaccins.
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