Macron devant une commission d’enquête parlementaire ? Les constitutionnalistes partagés
Un président de la République peut-il être entendu par une commission d'enquête parlementaire? La question agite les...

Macron devant une commission d’enquête parlementaire ? Les constitutionnalistes partagés

Un président de la République peut-il être entendu par une commission d'enquête parlementaire? La question agite les...
Public Sénat

Par Véronique MARTINACHE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Un président de la République peut-il être entendu par une commission d'enquête parlementaire? La question agite les constitutionnalistes, alors que plusieurs figures politiques à gauche réclament l'audition d'Emmanuel Macron dans l'affaire Benalla, une requête jugée irrecevable par le président de l'Assemblée.

La commission des Lois de l'Assemblée nationale, dotée de prérogatives d'enquête, a entamé lundi ses auditions sur cette affaire qui met en cause un proche collaborateur du président. La commission des Lois du Sénat lui emboîte le pas mardi.

Mais les premières réponses apportées, notamment par le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, n'ont pas convaincu les oppositions qui somment Emmanuel Macron de s'expliquer en personne, Jean-Luc Mélenchon comme Benoît Hamon ou Pierre Laurent demandant même qu'il soit entendu par le Parlement.

Q: Une convocation du président par une commission d'enquête est-elle possible ?

Elle "n'aurait aucun sens", a jugé le président LREM de l'Assemblée, François de Rugy. "Le président de la République n'est pas responsable devant le Parlement, puisqu'il est élu par les Français, il est responsable devant les Français", a-t-il fait valoir.

"Tout s'y oppose", pour la présidente de la commission des Lois de l'Assemblée Yaël Braun-Pivet (LREM), qui invoque "le principe majeur, sur lequel sont fondées nos institutions, de séparation des pouvoirs".

Même son de cloche au Sénat, où le président LR de la commission des Lois Philippe Bas a lui aussi fait valoir qu'une audition du chef de l'Etat contreviendrait au principe de "séparation des pouvoirs".

Le principe de séparation des pouvoirs est posé par l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, rappelle le constitutionnaliste Jean-Philippe Derosier, qui y voit un premier motif s'opposant à la convocation du président.

La commission d’enquête ne "met pas en cause la responsabilité politique du président, c’est pourquoi il n'y a pas d'atteinte au principe de la séparation des pouvoirs", juge cependant un autre constitutionnaliste, Dominique Rousseau.

Q: Que dit la Constitution ?

Jean-Philippe Derosier invoque également dans un billet de blog deux autres motifs s'opposant "formellement" à ce que le président soit convoqué par une commission d'enquête, les articles 18 et 67 de la Constitution.

"Aucun article de la Constitution n'interdit la possibilité pour le président de la République d'être convoqué par la commission d'enquête", estime au contraire Dominique Rousseau. Et ce professeur de droit constitutionnel d'expliquer lundi sur franceinfo que "le fameux article 67 interdit que l'on convoque le président devant un juge ou devant une autorité administrative, or le Parlement n'est ni un juge ni une autorité administrative".

L'article 18 pose "la limitation constitutionnelle" des cas dans lesquels le président peut intervenir devant le Parlement.

Q: Le chef de l'Etat pourrait-il de lui-même proposer d'être entendu ?

"L'article 67 n’interdit pas au président de la République de témoigner mais d'être requis -donc contraint- de témoigner. Il peut donc s'il le souhaite ou l'accepte être entendu par une commission d'enquête comme par un juge ou une autorité administrative", estime sur son compte Twitter la professeur de droit public Anne Levade, présidente de l'Association française de droit constitutionnel.

Emmanuel Macron "pourrait accepter d'être entendu de sa propre initiative", acquiesce Didier Maus, président émérite de l'Association. "On pourrait aussi imaginer que le président reçoive la présidente de la commission et les rapporteurs à l'Elysée", a-t-il suggéré auprès de l'AFP.

Quant à l'article 18 de la Constitution, le président lui-même vient de demander qu'il soit amendé pour permettre au chef de l'État d'écouter les parlementaires et de leur répondre lors des Congrès.

Q: Que dit la jurisprudence ?

"Il y a un précédent, lors de l'affaire des avions renifleurs, la commission d'enquête avait demandé l'audition de (l'ex-) président Giscard d'Estaing. Et (l'ex-) président Giscard d'Estaing avait demandé à Mitterrand, qui était alors président de la République, s'il pouvait être auditionné. Et Mitterrand avait dit non", rappelle Dominique Rousseau.

Les commissions d'enquête en cours sur l'affaire Benalla ont à tout le moins prévu l'audition du cercle rapproché d'Emmanuel Macron, Alexis Kohler, secrétaire général de la présidence, et Patrick Strzoda, directeur de cabinet de l'Élysée.

Partager cet article

Dans la même thématique

Macron devant une commission d’enquête parlementaire ? Les constitutionnalistes partagés
2min

Politique

Présidentielle : « Il faudra que les sociaux-démocrates et les modérés de la droite républicaine se retrouvent, car ce sera la seule façon de s’opposer aux extrêmes », plaide Hervé Marseille

Le président du groupe Union centriste du Sénat, allié des LR à la Haute assemblée, ne ferme pas la porte à un rapprochement « à un moment donné » avec les sociaux-démocrates, tels que François Hollande ou Bernard Cazeneuve, « un homme tout à fait respectable », afin de battre « les extrêmes », avance le président de l’UDI.

Le

Macron devant une commission d’enquête parlementaire ? Les constitutionnalistes partagés
3min

Politique

Crise chez Grasset : la ministre de la Culture ouvre la porte à la création d’une clause de conscience pour les auteurs

Interrogée par la sénatrice Sylvie Robert (PS), auteure d’une proposition sur le sujet, la ministre de la culture Catherine Pégard s’est dite favorable à étudier création d’une clause permettant aux auteurs de quitter avec plus de facilité leur maison d’édition en cas de changements imposés par la direction. Une réponse à la crise ouverte chez Grasset par le renvoi de son président Olivier Nora par la direction d’Hachette, aux mains de Vincent Bolloré.

Le

Macron devant une commission d’enquête parlementaire ? Les constitutionnalistes partagés
3min

Politique

Audiovisuel public : les nouveaux contrats d’objectifs et de moyens « présentés à l’été au Parlement », affirme Catherine Pégard

Après une commission d’enquête tendue, à l’Assemblée, sur l’audiovisuel public, le président de la commission de la culture du Sénat, Laurent Lafon, regrette que le gouvernement ait abandonné son texte qui créait une holding de l’audiovisuel public. « Je ne crois pas au statu quo », lui a répondu la ministre de la Culture, Catherine Pégard.

Le

Macron devant une commission d’enquête parlementaire ? Les constitutionnalistes partagés
2min

Politique

« Ils ont servi la France jusqu’au sacrifice suprême » : le Sénat rend hommage aux deux soldats français tués au Liban

A l’initiative de Gérard Larcher, le Sénat a observé ce mercredi une minute de silence en hommage à Florian Montorio et Anicet Girardin, les deux soldats français victimes d’une embuscade en tant que membres de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul). L’occasion pour le président du Sénat de renouveler son soutien au gouvernement libanais.

Le