Macron souhaite une « alliance » avec LR : « Ça fait des mois et des mois qu’il fait la danse du ventre », pointe Bruno Retailleau
Constatant que les LR n’ont pas voté la motion de censure, Emmanuel Macron « souhaite qu’il y ait une alliance » avec eux. « Nous ne sommes pas Macron compatibles », rétorque Bruno Retailleau, à la tête des sénateurs LR. Le sénateur centriste et président de l’UDI, Hervé Marseille, voit lui « un piège politique qui se referme » sur les LR.

Macron souhaite une « alliance » avec LR : « Ça fait des mois et des mois qu’il fait la danse du ventre », pointe Bruno Retailleau

Constatant que les LR n’ont pas voté la motion de censure, Emmanuel Macron « souhaite qu’il y ait une alliance » avec eux. « Nous ne sommes pas Macron compatibles », rétorque Bruno Retailleau, à la tête des sénateurs LR. Le sénateur centriste et président de l’UDI, Hervé Marseille, voit lui « un piège politique qui se referme » sur les LR.
François Vignal

Temps de lecture :

9 min

Publié le

Mis à jour le

Cap’ ou pas cap’ ? Après une émission sur l’international, Emmanuel Macron a répondu mercredi soir aux questions de France 2 sur la politique intérieure, où il était attendu sur le sens et l’orientation de sa politique. Nouvelle loi sur l’immigration, travail, réforme des retraites, pas d’indexation des salaires sur l’inflation, le chef de l’Etat a évoqué de nombreux sujets, qui parleront à la droite. Constatant que les LR et le groupe Liot, à l’Assemblée nationale, n’ont pas voté la motion de censure, Emmanuel Macron va même plus loin et franchit… un cap. Il « souhaite qu’il y ait une alliance » avec ces groupes qui, de fait, n’ont pas cherché à faire tomber le gouvernement et sont déjà enclins à voter certains textes.

« Le groupe LR à l’Assemblée nationale a résisté »

Chez les LR, la proposition d’Emmanuel Macron ne semble pas trouver d’adepte au premier abord. Du moins à la Haute assemblée. « La question a été tranchée », coupe court le président du groupe LR du Sénat, Bruno Retailleau. « Ça fait des mois et des mois qu’il fait la danse du ventre. Et on a bien vu que le groupe LR à l’Assemblée nationale avait résisté. Et moi, si je me suis lancé dans la candidature à la présidence de LR, ce n’est pas pour avoir l’ambition de faire de LR la énième composante de la Macronie. Nous ne sommes pas Macron compatibles, parce que nous avons des différences de taille. Quand on est capable de nommer Monsieur Pap Ndiaye, qui est un wokiste de salon, qui avait dit il y a deux ans « être Français, c’est être blanc. Etre noir, c’est être d’ailleurs ». Il réinstalle la question de la race au milieu du débat politique, notamment sur la citoyenneté française, et bien quand on nomme Monsieur Pap Ndiaye à la tête de l’Education nationale, on n’est pas un président de droite », soutient le patron des sénateurs LR (voir la vidéo, images d’Audrey Vuetaz).

« Emmanuel Macron fait du Emmanuel Macron. Evidemment, il n’a pas de majorité à l’Assemblée », ajoute Bruno Retailleau, qui voit en lui « un libéral de gauche » qui « a les mots de la droite en matière économique, mais il n’a que les mots. […] Et sur le régalien, il n’a même pas les mots de droite car il n’arrive pas à établir le constat que font tous les Français, entre immigration massive, incontrôlée, et insécurité ».

« Je ne vois pas pourquoi nous nous jetterions dans les bras d’Emmanuel Macron »

Le sénateur LR Stéphane Le Rudulier n’entend pas plus saisir la main tendue. « Nous, on a toujours dit qu’on serait un parti dans l’opposition mais une opposition responsable. On veut préserver ce rôle d’arbitre, de pivot, par rapport à la composition de l’Assemblée. Ça veut dire que nous refusons toute coalition avec Renaissance, le parti d’Emmanuel Macron. L’idée étant que ce qui va dans le bon sens pour le pays, nous le voterons. Ce qui est dangereux, ou contre-productif, nous voterons contre », réagit le sénateur LR des Bouches-du-Rhône, fidèle à la ligne fixée. Stéphane Le Rudulier souligne par ailleurs que « nous sommes majoritaires maintenant en commission mixte paritaire, donc pour 90 % des textes nous avons le dernier mot. Je ne vois pas pourquoi nous nous jetterions dans les bras d’Emmanuel Macron, car nous avons des fractures idéologiques assez marquantes, sur le régalien ou la dette ». Il ajoute :

Une coalition avec la Macronie serait un non-sens.

Si les LR n’ont pas voté la motion, c’est que les LR n’étaient pas « prêts ». « Pour l’heure, nous sommes en convalescence », dit Stéphane Le Rudulier, qui n’exclut pas en revanche que « les LR puissent envisager, dans un ou deux ans, l’utilisation de la motion de censure ».

« Je ne suis pas à géométrie variable »

Même réaction de la part de son collègue du groupe LR, Jean-Raymond Hugonet : « Moi je ne suis pas là pour être dans une opposition radicale, mais je ne suis pas là non plus pour pactiser avec qui que ce soit », lance le sénateur de l’Oise. Et d’ajouter : « C’est bien gentil les petits jeux politiques, mais aujourd’hui, les Français ne veulent plus ça. Moi je ne suis pas à géométrie variable, je ne suis pas une girouette ».

« Entre main tendue et bouée de sauvetage, il y a deux choses différentes. Je pense que le Président a besoin d’une majorité qu’il n’a pas. Ce ne sont pas aux LR d’être les supplétifs de la Macronie, ce qui ne veut pas dire que les LR doivent de façon systématique, frontale et stupide rejeter tout texte. […] Mais de là à faire un accord de gouvernement, non. Il y a trop de différences », affirme aussi le sénateur LR Olivier Paccaud, pour qui « il n’y aura pas de chèque en blanc ».

« A un moment donné, il faudra pour les LR faire des choix » selon Hervé Marseille

Les propos du chef de l’Etat ne laissent pas indifférent le président du groupe Union centriste du Sénat, Hervé Marseille. Pour lui, il soulève surtout des questions. « C’est une orientation clairement à droite et au centre, plus à droite d’ailleurs, avec la question du rapport au travail et la valeur travail, chère à la droite, la réforme des retraites, les heures supplémentaires défiscalisées, l’immigration, le débat sur les obligations de quitter le territoire. Bon, il y a un choix qui est fait, tactique et technique, qui est de dire, si on veut progresser, il faut voter et pour ça, il faut un contrat de confiance à droite, et au centre si possible. De toute façon, c’est la question qui se posera dans les mois qui viennent : quelle majorité pour quelle politique ? Il présente une ligne à droite et au centre », constate Hervé Marseille, qui occupe la présidence de l’UDI, en remplacement de Jean-Christophe Lagarde, jusqu’à un congrès de décembre. Selon le sénateur des Hauts-de-Seine, il s’agit de savoir « comment s’organisent les forces politiques pour faire face à Marine Le Pen en 2027. La solution serait soit la construction de quelque chose, soit le retour aux urnes. Car Emmanuel Macron ne pourra pas gouverner à coup de 49.3 ». Hervé Marseille note au passage que cette idée d’alliance avec les LR, « c’est la doctrine Sarkozy. Ce n’est pas nouveau, il l’avait proposée aux législatives mais il n’y avait pas eu de suite ».

Pour les LR, qui sont dans l’opposion au chef de l’Etat, tout en votant certains textes et en ne votant pas la motion de censure, l’équilibre devient très difficile à trouver. « Je ne suis pas sûr que ce soit très lisible. Je peux comprendre que ceux qui ont été élus disent "mes électeurs sont dans l’opposition, donc je le suis". Mais dans ce cas, il ne faut pas voter les textes. A un moment donné, il faudra faire des choix. C’est un piège politique qui se referme. Mais ce n’est pas qu’un piège. C’est la réalité politique », selon le président du groupe centriste du Sénat. L’UDI pourra-t-elle de son côté saisir la main tendue par le Président ? « Pour l’instant, on n’est pas dans cette situation. On a un congrès qui se réunit en décembre. On va examiner les options », répond prudemment le président de la formation centriste.

« Une opération orchestrée » avec Nicolas Sarkozy

Pour la gauche, les masques tombent, du moins s’ils avaient encore besoin de tomber. « Tout ça est une opération orchestrée, je pense », réagit Rachid Temal, sénateur PS, « c’est organisé en termes de stratégie. Il y a l’interview de Nicolas Sarkozy dans le JDD (où il relance l’idée de l’alliance entre Macron et LR, ndlr), qui ambiance les choses, puis il y a la proposition mise sur la table par le Président ». Pour le sénateur du Val-d’Oise, les choses sont claires :

Pour ceux qui en doutaient encore, l’axe est bien vers la droite. Je dis aujourd’hui à toutes celles et tous ceux qui sont de gauche, le prolongement d’Emmanuel Macron, c’est l’alliance avec LR.

« On a un Président un peu perdu qui cherche en vain à se trouver une majorité »

Le président du groupe écologiste du Sénat, Guillaume Gontard, fait aussi le constat d’« un discours particulièrement de droite. On voit où il veut chercher sa majorité. On a un Président un peu perdu qui cherche en vain à se trouver une majorité. Derrière ça, on ne voit toujours pas de cap et d’orientation. C’est au jour le jour », pointe le sénateur de l’Isère, qui ironise sur le chef de l’Etat :

En fait, je me suis demandé s’il ne postulait pas à la présidence des LR entre Eric Ciotti et Bruno Retailleau, car c’était uniquement des messages envers la droite et la droite la plus dure.

Pour le président du groupe écologiste, cette proposition d’alliance avec LR, « c’est une manière de tuer définitivement les Républicains ». Mais le plus grave, aux yeux de Guillaume Gontard, c’est qu’« il a à peine évoqué la question du réchauffement climatique. Il l’a quasi effacé de son logiciel. On fonctionne comme si la crise énergétique était un mauvais moment à passer, comme si elle n’était liée qu’à la guerre en Ukraine. Mais c’est lié au réchauffement », souligne l’écologiste. Il conclut : « A un moment donné, il faut revoir son logiciel. Et ça, Emmanuel Macron ne l’a absolument pas compris et intégré ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Déclaration de politique générale et avenir de la Nouvelle Calédonie en séance au Sénat ce 15 octobre
8min

Politique

« Ça fait 135 ans qu’on résiste ! » : pour les sénatoriales, le groupe RDSE vise « la stabilité, voire gagner un petit peu »

Plus vieux groupe de l’histoire du Parlement, le RDSE voit la moitié de ses 16 sièges remis en jeu lors du scrutin de septembre. Mais sa présidente, la sénatrice PRG Maryse Carrère, est confiante. Fort de « ce poids de l’histoire », le groupe, qui mêle radicaux de gauche et de droite, espère la stabilité voire quelques bonnes surprises.

Le

Marseille: Ilustration of a lawyer and judge
5min

Politique

Affaire Lyhanna : face aux critiques des politiques, avocats et magistrats élargissent la thématique de la journée « Justice morte » au manque de moyens

Le pré-rapport de l'inspection générale de la justice et de la gendarmerie sur les failles dans une enquête pour viols visant Jérôme Barella, le principal suspect du meurtre de la jeune Lyhanna, a conduit à une première sanction visant une magistrate d'Auch. Alors que se prépare « une journée Justice morte » lundi 29 juin, le président du Sénat, Gérard Larcher, s'est dit « choqué » par une « réponse » de l'institution judiciaire qu'il juge « corporatiste ». Cette journée n'avait pourtant, à l'origine, rien à voir avec l'affaire Lyhanna.

Le

Info Public Sénat. Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat
5min

Politique

[Info Public Sénat] Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat

Selon nos informations, le gouvernement va retirer le projet de loi « État local » de l’ordre du jour du Sénat. Ces dernières heures, plusieurs groupes du Sénat et les élus locaux, dont l’influente association des maires de France (AMF), dénonçaient les dispositions recentralisatrices de ce texte. Par ricochet, le gouvernement avance l’examen du projet de loi logement.

Le

Elections Municipales depouillement bureau de vote a Nice
8min

Politique

Explosion des micro-partis, formations dans le rouge, aides publiques et surprises… Ce que révèle le rapport de la commission des comptes de campagne

Le rapport 2025 de la CNCCFP, qui porte sur l’année 2024, montre une inflation du nombre de partis, avec 635 mouvements recensés, en vue des municipales et de la présidentielle. Le total des aides publiques s’élève à 66 millions d’euros cette année-là. Le niveau de richesse d’un parti à l’autre varie, avec quelques surprises…

Le