Un manque de moyens "criant", des conditions de travail "catastrophiques", une réforme des retraites "inacceptable"... Des policiers participant mercredi à la "Marche de la colère" à Paris dénoncent une "déshumanisation" de leur travail, la "cause principale", selon eux, de la hausse des suicides dans la profession.
- "35 euros pour 180 heures supplémentaires" -
"J'ai touché seulement 35 euros de plus sur mon bulletin de paye depuis le début du mouvement des +gilets jaunes+", raconte Damien, 24 ans, policier à la Brigade des réseaux franciliens à Paris ("police des transports"), pourtant mobilisé chaque samedi.
Depuis novembre, ce policier "épuisé" assure avoir réalisé 180 heures supplémentaires. En congé, "j'ai même été rappelé pour venir travailler plusieurs samedis".
Arrivé il y a 6 ans dans la police, il affirme que "tout s'est détérioré, c'est criant": "Nos locaux sont catastrophiques, insalubres, il y a des cafards et des souris dans notre cafeteria et dans nos vestiaires, mais pour nos chefs c'est normal", s'énerve le policier.
Pire encore selon lui, "nos véhicules ont 300.000 km au compteur, il y a des trous partout dans l'habitacle et nos portes tombent, en patrouille ce n'est plus possible".
- "Je n'ai plus la foi" -
Des participants à "La Marche de la colère" des policiers, à Paris mercredi 2 octobre 2019
AFP
Brahim, 48 ans et brigadier à Montpellier, lui, "ne supporte plus la haine anti-flic": "Quand je vois les publications sur les réseaux sociaux, j'ai décidé de m'enlever et j'ai demandé à mes enfants de le faire aussi", confie-t-il.
Il est devenu policier il y a 20 ans mais affirme qu'aujourd'hui l'amour du métier est parti: "Je suis rentré dans la police parce que je l'aimais, c'était par vocation mais maintenant je souhaite la quitter, je n'ai plus la foi".
"J'ai perdu mon fils il y a 5 ans, nous aussi on a nos malheurs... Alors si en plus on doit subir cette haine et cette détérioration du rapport avec la population, et bien j'arrête là", dit-il, ému.
- "Nous n'avons pas de présomption d’innocence" -
Pour Yves, 54 ans dont 32 ans dans la police, "nous ne serons pas toujours le rempart de la République". "Aujourd'hui, on dit stop, on doit réagir" car selon lui, depuis le mouvement social des "gilets jaunes", "nous avons gravi un échelon dans la violence".
"On voit toujours le coup de matraque mais jamais le pavé de 10 kg qu'on nous lance", affirme ce policier de l'Hérault. "Tout est systématiquement contre nous, nous n'avons pas de présomption d'innocence".
Le matin, "je ne me lève pas en me disant +je vais casser la gueule à deux, trois mecs+", mais pour "l'essence même de mon métier, c'est à dire protéger la population".
- "Ne pas dire que leur père est policier" -
"Au collège, dans la cour de récréation, les enfants s'amusent à jouer aux +gilets jaunes+ et aux CRS, autant vous dire que les miens se font insulter et régulièrement violenter", se désole Héloïse, 36 ans, mère de quatre enfants dans l'Aube et épouse de policier, qui travaille à Paris.
Alors dorénavant, "je demande à mes enfants de ne pas dire à l'école que leur père est policier, j'ai trop peur pour eux, plus que pour leur père", explique Héloïse venue manifester avec d'autres "femmes de flics".
"Depuis les +gilets jaunes+, on en parle tous les soirs à la maison car les gamins entendent beaucoup de chose à l'école et voient des images très négatives dans les médias".
Souvent les enfants demandent "et papa, lui aussi il fait ça ?", alors la mère de famille tente de leur rappeler que le métier de policier "ce n'est pas que du maintien de l'ordre mais beaucoup plus".
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