« Marche de la colère »: des policiers écoeurés et qui n’ont « plus la foi »
Un manque de moyens "criant", des conditions de travail "catastrophiques", une réforme des retraites "inacceptable"... Des policiers participant...

« Marche de la colère »: des policiers écoeurés et qui n’ont « plus la foi »

Un manque de moyens "criant", des conditions de travail "catastrophiques", une réforme des retraites "inacceptable"... Des policiers participant...
Public Sénat

Par Alice LEFEBVRE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Un manque de moyens "criant", des conditions de travail "catastrophiques", une réforme des retraites "inacceptable"... Des policiers participant mercredi à la "Marche de la colère" à Paris dénoncent une "déshumanisation" de leur travail, la "cause principale", selon eux, de la hausse des suicides dans la profession.

- "35 euros pour 180 heures supplémentaires" -

"J'ai touché seulement 35 euros de plus sur mon bulletin de paye depuis le début du mouvement des +gilets jaunes+", raconte Damien, 24 ans, policier à la Brigade des réseaux franciliens à Paris ("police des transports"), pourtant mobilisé chaque samedi.

Depuis novembre, ce policier "épuisé" assure avoir réalisé 180 heures supplémentaires. En congé, "j'ai même été rappelé pour venir travailler plusieurs samedis".

Arrivé il y a 6 ans dans la police, il affirme que "tout s'est détérioré, c'est criant": "Nos locaux sont catastrophiques, insalubres, il y a des cafards et des souris dans notre cafeteria et dans nos vestiaires, mais pour nos chefs c'est normal", s'énerve le policier.

Pire encore selon lui, "nos véhicules ont 300.000 km au compteur, il y a des trous partout dans l'habitacle et nos portes tombent, en patrouille ce n'est plus possible".

- "Je n'ai plus la foi" -

Des participants à
Des participants à "La Marche de la colère" des policiers, à Paris mercredi 2 octobre 2019
AFP

Brahim, 48 ans et brigadier à Montpellier, lui, "ne supporte plus la haine anti-flic": "Quand je vois les publications sur les réseaux sociaux, j'ai décidé de m'enlever et j'ai demandé à mes enfants de le faire aussi", confie-t-il.

Il est devenu policier il y a 20 ans mais affirme qu'aujourd'hui l'amour du métier est parti: "Je suis rentré dans la police parce que je l'aimais, c'était par vocation mais maintenant je souhaite la quitter, je n'ai plus la foi".

"J'ai perdu mon fils il y a 5 ans, nous aussi on a nos malheurs... Alors si en plus on doit subir cette haine et cette détérioration du rapport avec la population, et bien j'arrête là", dit-il, ému.

- "Nous n'avons pas de présomption d’innocence" -

Pour Yves, 54 ans dont 32 ans dans la police, "nous ne serons pas toujours le rempart de la République". "Aujourd'hui, on dit stop, on doit réagir" car selon lui, depuis le mouvement social des "gilets jaunes", "nous avons gravi un échelon dans la violence".

"On voit toujours le coup de matraque mais jamais le pavé de 10 kg qu'on nous lance", affirme ce policier de l'Hérault. "Tout est systématiquement contre nous, nous n'avons pas de présomption d'innocence".

Le matin, "je ne me lève pas en me disant +je vais casser la gueule à deux, trois mecs+", mais pour "l'essence même de mon métier, c'est à dire protéger la population".

- "Ne pas dire que leur père est policier" -

"Au collège, dans la cour de récréation, les enfants s'amusent à jouer aux +gilets jaunes+ et aux CRS, autant vous dire que les miens se font insulter et régulièrement violenter", se désole Héloïse, 36 ans, mère de quatre enfants dans l'Aube et épouse de policier, qui travaille à Paris.

Alors dorénavant, "je demande à mes enfants de ne pas dire à l'école que leur père est policier, j'ai trop peur pour eux, plus que pour leur père", explique Héloïse venue manifester avec d'autres "femmes de flics".

"Depuis les +gilets jaunes+, on en parle tous les soirs à la maison car les gamins entendent beaucoup de chose à l'école et voient des images très négatives dans les médias".

Souvent les enfants demandent "et papa, lui aussi il fait ça ?", alors la mère de famille tente de leur rappeler que le métier de policier "ce n'est pas que du maintien de l'ordre mais beaucoup plus".

Partager cet article

Dans la même thématique

Elections Municipales depouillement bureau de vote a Nice
8min

Politique

Explosion des micro-partis, formations dans le rouge, aides publiques et surprises… Ce que révèle le rapport de la commission des comptes de campagne

Le rapport 2025 de la CNCCFP, qui porte sur l’année 2024, montre une inflation du nombre de partis, avec 635 mouvements recensés, en vue des municipales et de la présidentielle. Le total des aides publiques s’élève à 66 millions d’euros cette année-là. Le niveau de richesse d’un parti à l’autre varie, avec quelques surprises…

Le

Train retardé : les sénateurs créent une garantie de correspondance, en cas de trajet opéré par plusieurs compagnies
6min

Politique

Harmonisation des titres, garantie de correspondance, ouverture de SNCF Connect : les propositions des sénateurs pour faciliter les trajets en train

Les sénateurs ont rendu public, ce mercredi, leurs propositions pour harmoniser les tarifs et conditions d’achats des billets sur le réseau de trains, alors que les opérateurs sont toujours plus nombreux avec l’ouverture à la concurrence. Des propositions que les rapporteurs ont bon espoir de voir reprises par les députés dans le projet de loi-cadre.

Le

Paris : Rally for the elimination of violence against women
6min

Politique

Amnesty International tire la sonnette d’alarme sur la progression des mouvements anti-genre en France

Dans un rapport publié ce jeudi 25 juin, Amnesty International dresse un panorama inédit des mouvements dits « anti-genre », de leurs financements, de leurs réseaux et de leurs stratégies d’influence. L’ONG décrit un mouvement transnational structuré qui cible « les droits des femmes et des personnes LGBTI+ », et dont la France constitue désormais l’un des principaux points d’ancrage en Europe.

Le

« Marche de la colère »: des policiers écoeurés et qui n’ont « plus la foi »
2min

Politique

Remise sur le marché de passoires thermiques : « Il vaut mieux être chez soi sous un toit ou dans la rue ? », se défend Vincent Jeanbrun

Le ministre du Logement Vincent Jeanbrun a présenté mercredi en Conseil des ministres son projet de loi visant à augmenter l’offre de logements. Une de ses mesures qui consiste à remettre sur le marché des passoires thermiques, semble aller à rebours de l’actualité. « Il vaut mieux être chez soi sous un toit ou dans la rue ? », a répondu le ministre.

Le