Michel Aubier condamné à 6 mois de prison avec sursis et 50.000 euros d’amende
Pour la première fois, un faux témoignage sous serment devant une commission d’enquête du Sénat a entraîné une condamnation au pénal. La peine prononcée par le tribunal correctionnel de Paris à l'encontre du pneumologue Michel Aubier, est bien plus lourde que le réquisitoire du parquet.

Michel Aubier condamné à 6 mois de prison avec sursis et 50.000 euros d’amende

Pour la première fois, un faux témoignage sous serment devant une commission d’enquête du Sénat a entraîné une condamnation au pénal. La peine prononcée par le tribunal correctionnel de Paris à l'encontre du pneumologue Michel Aubier, est bien plus lourde que le réquisitoire du parquet.
Public Sénat

Par Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

C’est une première en France. La justice condamne une personne pour faux témoignage devant la représentation nationale.

Poursuivi pour « témoignage mensonger sous serment », le pneumologue Michel Aubier a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris à une peine de 6 mois de prison avec sursis et 50.000 euros d’amende. Il n'était pas présent lors de la lecture de la décision du tribunal.

Cet ancien professeur de l’hôpital Bichat, avait déclaré lors de son audition, devant la commission d’enquête du Sénat sur le coût de la pollution de l’air, qu’il n’avait pas de lien d’intérêts « avec les acteurs économiques ». Depuis 1997, il était employé comme médecin-conseil, d'abord par Elf Aquitaine, puis par le groupe Total. L'enquête a révélé que de 2012 à 2015, il a touché près de 100.000 euros par an de la part du géant pétrolier, soit près de la moitié de ses revenus annuels. Il a également reçu des actions.

« Le professeur Michel Aubier, et François Saint-Pierre qui assure sa défense, se réservent bien tendu le droit de faire appel de ce jugement, qui semble méconnaître un certain nombre de principes juridiques fondamentaux », a réagi l’avocat Sébastien Rideau-Valentini, qui remplaçait maître François Saint-Pierre.

« Une peine proportionnée à la gravité des faits »

La peine prononcée est supérieure au réquisitoire : lors de l’audience du 14 juin dernier, le procureur de la République avait seulement requis une amende de 30.000 euros. Selon la présidente, il s’agit d’une « peine que le tribunal estime proportionnée à la gravité des faits : un mensonge devant la représentation nationale ».

Dans cette affaire, le Sénat s'était porté partie civile, de même que les ONG Écologie sans frontière et Générations futures, et l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris.

« Une décision qui fera date dans l’histoire de nos institutions »

Selon maître Emmanuel Marsigny, l’avocat qui représentait la Haute assemblée, « le Sénat est extrêmement satisfait de cette décision » :

 « Pour la première fois, un faux témoignage devant une commission d’enquête parlementaire a été reconnu comme constituant un délit pénal et surtout, pour la première fois, le Sénat a été reconnu directement victime de cette infraction  et de ce faux témoignage. »

L’avocat ajoute que cette décision ne fait que souligner « l’importance du travail fait dans le cadre des commissions d’enquête parlementaires » :

 «  Que tous les gens qui viennent témoigner devant les commissions d’enquête parlementaires soient informés maintenant que toute fausse déclaration faite sous serment pourra entraîner leur condamnation au pénal. C’est une décision qui fera date dans l’histoire de nos institutions et qui souligne l’importance du travail fait par le Sénat. »

Procès Aubier : « Une décision qui fera date dans l’histoire de nos institutions », pour l'avocat du Sénat
01:10
Images : Jérôme Rabier

« Ce type d’agissement ne restera plus impuni »

Procès Aubier : « Ce type d’agissement ne restera plus impuni », pour Me Lafforgue, avocat de Générations Futures
00:42
Images : Jérôme Rabier

François Lafforgue, l’avocat de l’ONG Générations Futures, s’est dit également « satisfait » d’une condamnation qu’il juge « exemplaire. « Ce type d’agissement ne restera plus impuni comme cela a été le cas auparavant. » Un bémol toutefois pour le représentant des associations environnementales :

« On peut regretter que les associations aient été déclarées irrecevables. Est-ce qu’on était pas quand même dans une affaire en lien avec la protection de l’environnement ? Nous le pensions »

Un euro de dommages et intérêts à l'AP-HP

Le pneumologue n'avait pas non plus mentionné ses activités chez Total à son principal employeur de l'époque, l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, ni à la Haute autorité de santé dont il était membre. Le tribunal l'a condamné à verser un euro de dommages et intérêts à l'AP-HP.

Lors du procès, le pneumologue avait protesté de sa « bonne foi », et reconnu qu'il avait fait une « erreur ». Il s'est aussi défendu d'être un « négationniste» en matière de pollution, assurant notamment qu'il avait été « l'un des premiers » à étudier le lien entre le diesel et l'asthme.

Partager cet article

Dans la même thématique

ill_institution_assemblee_nationale_15
10min

Politique

Les pétitions, un nouvel outil de pression citoyenne sur le débat public ?

Du succès de la mobilisation contre la loi Duplomb au classement sans suite de la pétition sur la présomption de légitime défense des forces de l’ordre, les pétitions en ligne s’imposent comme un nouveau mode d’interpellation des élus. Sans portée juridique contraignante, elles peinent toutefois à infléchir le travail parlementaire. Leur succès révèle surtout l’aspiration croissante des citoyens à peser sur les décisions publiques entre deux élections, alors que les institutions peinent encore à leur ouvrir une véritable place.

Le

Recolte betterave 2020
7min

Politique

Projet de loi d'urgence agricole : une censure du Conseil constitutionnel est-elle envisageable ?

Mercredi, le Parlement a définitivement adopté le projet de loi d'urgence agricole qui prévoit l'utilisation à titre dérogatoire, pour certaines cultures, de deux néonicotinoïdes interdits en France. Un texte qui va faire l'objet d'une saisine du Conseil constitutionnel par différents groupes politiques. L'année dernière, les Sages avaient censuré une disposition similaire issue d'un texte d'origine sénatoriale, mais les parlementaires ont, depuis, revu leur copie.

Le

Paris : Weekly cabinet meeting at Elysee Palace
5min

Politique

Quels ministères ont connu le plus de ministres pendant les mandats d’Emmanuel Macron ?

Les deux quinquennats d’Emmanuel Macron ont été marqués par un nombre important de gouvernements. Sur ces neuf ans, c’est le ministère de la Santé qui a connu le plus de ministres, talonné par les ministères en charge des Collectivités territoriales ou de l’Environnement. Les Armées, l’Economie et les Affaires étrangères sont ceux avec le plus de stabilité. Le reflet de choix politiques ou le fruit d’une instabilité politique ?

Le